Au cœur des terres reculées de l’Oklahoma rural, Amziah King, personnage charismatique au talent musical hors du commun, veille sur une bande de marginaux passionnés de bluegrass tout en supervisant la plus importante exploitation apicole de la région.
Le cinéma est une ruche où les artistes se croisent, partent, puis se retrouvent. C’est le cas d’Andrew Patterson et de Matthew McConaughey qui, ces derniers temps, se sont faits rares dans la communauté. Oklahoma Honey est la fleur dans laquelle ils ont butiné et, sur le chemin du retour, ils ont accueilli une nouvelle abeille du nom d’Angelina LookingGlass. La reine de la ruche cinématographique reste cependant le spectateur, et ce nouveau projet ne la satisfait que partiellement.
Un miel au plusieurs goûts
Oklahoma Honey possède une structure particulière, car il est scindé en deux, avec un véritable point de bascule au milieu. Cela fait que l’on se retrouve avec un projet aux tonalités très différentes selon les parties, avec, d’un côté, un film familial et, de l’autre, un film de vengeance.
Au sein même de ces parties, il y a des divergences, comme au tout début, qui vend un côté décalé avant de basculer totalement dans un autre genre. Idem pour la seconde partie, où l’on passe du drame au thriller.
Le passage d’un genre à l’autre est parfois gênant, voire même invraisemblable, notamment dans le développement de Kateri, ce qui est bien dommage.

Une reine cheffe d’orchestre…
La structure d’Oklahoma Honey impacte évidemment la réalisation et le montage. On se retrouve ainsi avec des séquences surdécoupées dignes des années 1980, en particulier lorsqu’elles montrent l’apprentissage de Kateri.
Le métrage gère en revanche très bien les moments calmes. Lorsque le groupe est au complet dans la séquence d’introduction ou lors des retrouvailles entre Amziah et Kateri, on retrouve une forme de béatitude bénéfique au film.
Ce dernier traitant symboliquement d’une abeille, il ne peut en être autrement. Elle peut suivre doucement sa reine, mais lorsqu’elle s’agite, l’abeille fait de même, et quand la reine n’est plus là, elle devient agressive.
Ce n’est alors pas étonnant que certains mouvements de caméra miment ceux des abeilles, comme lorsque Amziah et Kateri sont dans le champ, une séquence qui condense tous ces choix de réalisation et de montage pour créer une harmonie dans ce chaos. C’est clairement déroutant, mais la force d’Oklahoma Honey vient surtout de son message.
…qui apporte la paix à la communauté
Comme dit précédemment, le fil rouge du film est celui des abeilles, car elles incarnent le communautarisme de la bande d’Amziah. L’un des premiers plans du métrage forme sa note d’intention, car il montre des moustiques autour d’une lumière, une belle métaphore de ce qui advient par la suite.
Oklahoma Honey nous plonge littéralement dans une ruche composée d’une reine, de bâtisseuses et d’ouvrières. La photographie est d’ailleurs jaunâtre pour cette raison. Toutefois, on ne peut pas y entrer comme ça.
On découvre cette ruche par le biais de Kateri. Éloignée de cette communauté depuis longtemps, elle revient et se fait accepter. C’est par elle que passe la découverte de cet environnement, et il est essentiel que cela passe par son expérience dans un souci de transmission. Kateri use de ce qu’elle a appris dans la première partie dans la seconde, notamment lors de sa confrontation avec Dob, le rival d’Amziah.
Elle apporte, à l’instar de son mentor au début du film, la paix à la ruche, mettant ainsi un terme au montage frénétique et incohérent.

Une reine moderne
Kateri reste une reine assez différente d’Amziah, en particulier à cause de son âge. On voit que la jeune femme est davantage portée sur le consentement et le respect d’autrui, contrairement à ses pairs.
Cette différence se remarque à travers des séquences parallèles, telles que celles qui concernent la salle de spectacle, où l’histoire de la communauté est utilisée pour venger une jeune génération soumise aux vieux dogmes.
Ce côté vengeur est un peu trop stéréotypé, mais le contraste avec Amziah est bénéfique pour mettre un terme aux erreurs du passé.
Oklahoma Honey n’a cependant pas pour ambition de tout déraciner, le métrage restant ancré dans ses racines américaines profondes. Le film ne fait, par exemple, pas fi de son environnement.
Se déroulant dans les champs de l’Oklahoma, il possède ainsi un côté chaleureux et rustique très palpable. Cette ambiance change durant la seconde partie, mais c’est pour se rapprocher du western, un genre iconique américain.
C’est évidemment un western moderne, avec Kateri, qui est amérindienne et qui, contrairement aux films de l’âge d’or hollywoodien, parvient à abattre définitivement les figures légendaires du Far West.

La musique comme âme de la communauté
Ce qui participe majoritairement à l’identité d’Oklahoma Honey, c’est évidemment la musique. Celle-ci est présente du début à la fin, poursuivant le même objectif que le miel : celui de rassembler.
C’est littéralement un feu autour duquel la communauté se retrouve, peu importe qu’il soit intradiégétique ou extradiégétique. Dans la seconde partie, c’est surtout ce dernier cas qui est mis en avant, mais le feu persiste : Kateri s’assoit littéralement devant une torche, se faisant ainsi porte-flambeau de toute la communauté.
La musique n’est pourtant pas sa passion, mais elle se laisse emporter par celle-ci dans un souci d’héritage et de partage. Kateri crée ainsi sa propre mélodie tout en gardant la communauté unie.
Oklahoma Honey propose une partition désordonnée, où les changements de genre sont soit confus, soit artificiels. Le film fait malgré tout preuve de sincérité, montrant un véritable amour pour l’Oklahoma et ses différentes communautés. Sa musique vient du cœur et parvient à nous embarquer, même lorsque l’on pense à s’en aller.
19 août 2026 en salle | 2h 10min | Drame, Thriller
De Andrew Paterson | Par Andrew Paterson
Avec Matthew McConaughey, Angela LookingGlass, Kurt Russell

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