André est en train de mourir parce qu’il n’a pas fait de coloscopie. Son diagnostic lui donne à réfléchir sans perdre son sens de l’humour.

Nous sommes tous égaux face à la mort, mais l’appréhension que nous en avons diffère d’une personne à l’autre. André Ricciardi, lui, a décidé de la mettre en scène dans un documentaire avec l’aide de Tony Benna. André Is an Idiot se présente comme une œuvre particulière, non seulement par son postulat, mais aussi par son sujet, car André est un véritable personnage qui écrit ici un requiem atypique.
l’éloge d’un original
Le documentaire est souvent utilisé pour faire l’éloge d’une célébrité ou pour en présenter une autre facette. Ici, et comme son titre l’indique très bien, André Is an Idiot montre les derniers instants d’un idiot. S’il l’est, c’est parce que l’idée même de ce documentaire, qui pourrait être assimilée à une blague, vient du fait qu’André n’ait pas fait de coloscopie à temps.
Ce terrible oubli résume à la perfection sa personnalité, extravagante et toujours propice au rire. Ce caractère si particulier est à l’image d’une existence qui ne suit pas un schéma classique, comme on le constate avec son mariage avec Janice, présenté au début et qui constitue une sorte de note d’intention du documentaire. Dans ce dernier, on découvre un homme qui a toujours tout fait à l’envers et à qui tout a fonctionné, même s’il aurait pu donner bien plus.
En effet, André est un publicitaire talentueux qui, toutefois, n’a jamais su exploiter son talent dans des domaines artistiques. André Is an Idiot est alors son œuvre d’art, celle qui lui permettra de devenir immortel.
Est-ce que ce documentaire deviendra aussi célèbre que la banane d’Andy Warhol, elle qui est accrochée chez lui ? Impossible de le savoir, mais le rapprochement entre cette œuvre iconique et André n’est pas anodin. Par ce plan mettant les deux en parallèle, nous pensons à l’œuvre complète du peintre, en particulier aux boîtes de soupe, car il s’agit d’un art créé à partir de l’outil de travail d’André, chose que celui-ci fait à son tour avec le documentaire.
Enfin, il y a le sujet représenté : la banane. Fruit assez banal, elle devient iconique puisqu’on découvre, lorsqu’on la pèle, qu’elle possède une couleur surprenante. Nous pourrions dire la même chose d’André, car si, de loin, il semble être un père de famille ordinaire, lorsqu’on le découvre, il s’avère être une personne étonnante.

un documentaire à l’image de son créateur
Derrière André Is an Idiot, il y a une démarche artistique forte, marquée par une personnalité qui l’est tout autant. André est producteur, réalisateur et acteur de sa propre création. Le documentaire possède alors la même excentricité et la même patte créative, avec notamment des séquences en stop motion.
Subsiste en revanche un point sur lequel il n’est pas totalement maître : le scénario. C’est la maladie qui le dicte et, plus le film avance, plus elle le contrôle. Ainsi, les marionnettes et le montage excentrique disparaissent peu à peu au profit de moments plus conventionnels. Pourtant, André ne souhaitait pas que son documentaire possède un scénario de film classique.
En tentant d’écrire sa propre version, celle de la vie l’a rattrapé et ne lui a pas offert de happy ending. Paradoxalement, cela rejoint son souhait initial. Conclure le documentaire de cette façon est la meilleure des conclusions, bien que ce scénario l’empêche d’être lui-même jusqu’au bout… ou presque. Effectivement, ce n’est qu’à la toute fin qu’André reprend son stylo. Il pose alors sa signature après avoir lutté entre ces différentes histoires.

un inconnu très familier
Un des hobbies d’André est d’acheter des albums photo de familles qu’il ne connaît pas. Eh bien, avec André Is an Idiot, nous faisons de même, la différence étant que nous voyons les coulisses et que le principal intéressé les commente.
Cette sensation est perceptible en particulier dans un plan où l’on voit la famille dans le salon comme sur une photo, mais où l’on sait que quelque chose cloche et qu’il s’agit d’une image révolue. Malgré tout, nous avons l’impression, en regardant le documentaire, qu’il ne nous est pas destiné.
André Is an Idiot est en réalité un testament vidéo qui est à l’image d’André et dont seuls ses proches peuvent comprendre toutes les subtilités. Néanmoins, le regard extérieur que nous y portons ne change absolument pas la manière dont nous recevons cet objet.
On observe la flamme d’un homme s’éteindre peu à peu et il n’y a pas besoin de pathos pour ressentir de la peine. On voit sa douleur à travers son corps qui change, mais surtout à travers ce qu’il fait. En effet, lorsqu’il prend sa fille dans ses bras, on sait instinctivement comment le documentaire va se terminer.
Si on le comprend, c’est parce qu’on ne voit plus André, mais un homme qui essaie d’exprimer des émotions qu’il n’a jamais montrées et qui tente de donner à sa famille l’opportunité de faire son deuil. Difficile alors de ne pas y voir un proche ayant fait de même, l’émotion dépassant l’individu. Voir André entouré de gens qui l’aiment est alors touchant et fait passer le documentaire d’un projet vaniteux à un film rassembleur.
André Is an Idiot est un testament réalisé par une personne qui nous est inconnue, à destination d’autres qui le sont tout autant. Malgré le caractère intimiste du projet, André nous ouvre la porte de son univers. Celui-ci est hors du commun, mais il possède un élément qui nous interpelle et nous fait couler des larmes au milieu de nos rires. Si la mort est effectivement une expérience commune à tous, c’est aussi le cas de l’amour, et André Is an Idiot en déborde.
1 juillet 2026 en salle | 1h 27min | Documentaire
De Anthony Benna | Par Anthony Benna
Avec André Ricciardi, Kyan Khojandi

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