Cannes 2026 – On a vu « Colony », un divertissement énergique et chaotique

Si la croisette brille de par ses paillettes et son tapis rouge, il y a des événements qui rassemblent tout autant, et ce sont les fameuses « Séances de Minuit ». Des projections tardives, qui proposent en général un programme plus régressif, décalé, venant s’essayer au genre, à la comédie, qu’aux grands films dramatiques montrés habituellement pendant la compétition. Ces projections sont l’occasion de prendre le large, pour se plonger dans une ambiance souvent plus électrique et libérée qu’à l’accoutumée.

Et pour cette année, la sélection semble plonger dans des univers variés, de l’animation queer au trip Fellinien, en passant par le zombie carnassier, sujet du film du jour, ou plutôt de la nuit. Avec Colony, ce nouveau long-métrage marque le retour sur grand écran du réalisateur Coréen Sang-Ho Yeon, le papa du génialissime Dernier Train pour Busan, qui avait gentiment dynamité le genre « zombiesque ». Le cinéaste continue donc l’exploration de son univers horrifique, après un deuxième essai plus inégal, Peninsula, sorti en 2020 . Il est donc temps de revenir manger un peu de viande, mais en se frottant à un nouvel environnement, et une nouvelle menace.

Mais alors, est-ce que ce troisième long-métrage sur nos morts-vivants adorés va permettre au réalisateur de revenir à une forme mordante ? Ou bien est-ce une nouvelle tentative qui continue de tituber ? On vous donne notre avis à chaud !

Mais ça parle de quoi ?

Nous sommes à Séoul, dans un grand building d’affaires, alors qu’une conférence bat son plein, une menace d’attentat bioterroriste plane, jusqu’à ce qu’un scientifique déchu par son ancien employeur, ne décide de libérer son virus, qui pourrait bien redessiner les contours de l’humanité. Alors que le virus se propage à une vitesse éclair, le bâtiment est bien vite condamné, laissant les survivants face à leurs sorts, entourés d’infectés rampants, mais qui deviendront peut-être plus que cela…

En effet, au fil du temps, le virus semble muter, les infectés évoluent, et si la menace semblait donc inarrêtable ?

Qu’est-ce qu’on en pense ?

Avec Colony, Sang-Ho Yeon revient en forme dans ce genre qu’il affectionne particulièrement. À l’image de ses infectés hybrides, où une conscience collective devient la source d’évolution de cette menace mortelle, le métrage se retrouve à être lui-même une hybridation entre plusieurs registres, et peut-être même plusieurs inspirations.

En reprenant une nouvelle fois, la base du huis clos pour recentrer sa force horrifique, le métrage plonge dans un Die Hard morbide et gluant, où la verticalité du bâtiment vient se transformer en dédale mortel, avec un environnement urbain se transformant à la fois en terrain de chasse, où l’homme perd le contrôle face à la fureur, et en la ressourcerie vers une survie potentielle. Des panneaux d’affichages aux produits ménagers, le moindre ustensile devient une arme de protection, ou un levier de survie.

Partant de ce point, le métrage démarre assez fort, ne venant pas s’embarrasser d’une exposition trop longue avant de lâcher ses joyeuses bêtes affamées dans la nature. Après une brève introduction des protagonistes principaux, le métrage passe directement la troisième pour insuffler un rythme effréné, où l’infection semble hors de contrôle, et la nécessité de survivre s’impose comme une claque inexorable. En épousant cette urgence, la caméra est nerveuse, mordante et carnassière, venant au plus proche du carnage et nous imposant sa tension, idée brillante !

De là, le film se mue peu à peu en s’inspirant du jeu vidéo, notamment de la saga culte Resident Evil, avec ses infectés modifiés biologiquement, et venant être des créatures à la conscience collective, où chaque interaction leur permet d’évoluer. Le métrage ouvre donc une voie à double tranchant. À la fois, la menace mute, permettant au métrage de sortir des sentiers battus, assez inhérent au genre et la figure ultra usée du zombie/infecté, où la chorégraphie impose une menace intelligente, terriblement efficace, mais avec pour revers, celui de potentiellement glisser rapidement vers la surenchère un peu foutraque.

Et c’est un des écueils que Colony essuie : celui de perdre le contrôle de sa mutation, qui ira jusqu’à frôler le contrôle mental à la Vecna de Stranger Things, une comparaison source d’épouvante à elle seule. Les apprentissages s’enchaînent, avec de nouvelles facultés, mais également un lore qui souhaite, sans grande raison, se complexifier avec un être en guise de simili guide suprême des bébêtes.

Et quel dommage que le métrage enclenche cette dérive progressive, qui se rapproche peu à peu du concept un brin neuneu, mais qui assume ouvertement ce parti-pris, et donc logiquement, en pousse les limites jusqu’à la déraison. Si cela ne serait que le seul écueil, nous serions encore ravis, car cette proposition a pourtant tout pour être un divertissement horrifique à la croisée de la tension et de la bêtise jouissive. Mais si l’écriture de l’infection pèche, cette dernière n’est au final qu’un symptôme d’un problème plus grand, celui d’un récit qui n’a pas le souffle suffisant et qui semble perdre son équilibre, pourtant si malin au départ.

Alors que l’intrigue démarre sur une note forte, ne laissant que peu de répit à ses personnages, comme au spectateur, tous pris dans cet engrenage apocalyptique, le rythme baisse vite de régime, et peinera à le reprendre véritablement. De là, des dialogues souvent peu inspirés prennent une place plus ou moins imposante, et viennent définitivement alourdir le dispositif narratif. Et le tout s’enlise peu à peu, en suivant une troupe de survivants, certainement moins mémorables que son modèle originel, et surtout un lore zombiesque qui frise le risible dans sa surenchère. Partant d’une horde qui se synchronise de plus en plus, et qui se renforce au fil des scènes, l’ensemble dérape un peu lorsque le dispositif s’emballe et que les capacités se « complexifient », notamment avec la question du patient zéro/chef de la horde, qui semble se transformer en centre de contrôle, une surenchère qui ne sert pas vraiment le métrage, qui se conclut sur un climax peut-être un brin poussif, ce qui pourrait en dérouter plus d’un.

Note : 3 sur 5.

Mais malgré ces défauts d’écritures, et ses grossièretés un peu trop appuyées. Colony permet à Sang-Ho Yeon de reprendre du poil de la bête ! En délivrant un buffet de charcuterie putréfié à souhait, le métrage nous régale avec une générosité folle, notamment dans ses scènes tendues, aux chorégraphies absolument maîtrisées ! Un joli bal de cadavres, aux influences réjouissantes, et à la bisserie assumée, pour le meilleur et pour le mort.

Colony – Horreur/Epouvante – 2h02

En salles le 27 mai 2026

De Sang-Ho Yeon

Avec Gianna Jun, Kyo-hwan Koo, Ji Chang-Wook…

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