
La compétition cannoise se poursuit, et avec elle, les projections s’enchaînent, mais est-ce que les surprises sont au rendez-vous ? Comment être certain de ne pas passer à côté du métrage qui pourrait faire chavirer la Croisette ? Voilà l’angoisse de tout festivalier, et si la Compétition Officielle reste pour le moment entre puissance formelle ou ennui académique, on pouvait commencer à se demander : Quand est-ce que nos regards vont s’arrêter sur le petit vent frais ?
Peut-être avec le premier long-métrage de Jordan Firstman, Club Kid, présenté dans la sélection « Un Certain Regard » ? Le scénariste et acteur, que l’on a notamment pu découvrir dans la série de Rachel Sennott I Love L.A passe donc derrière la caméra et nous plonge dans les tribulations New-Yorkaises et sans angoisses, mais peut-être aussi sur une rencontre qui pourrait ouvrir d’autres horizons. Alors est-ce que ce premier essai est une réussite totale ? On vous donne notre avis à chaud !
Mais du coup, ça parle de quoi ?
Peter est un New-Yorkais qui aime, organisant des soirées avec son amie d’enfance, Sophie, mais en profitant tout aussi intensément, la vie de Peter est brûlante, insouciante et peut-être bloquée à un stade où la réalité et les responsabilités sont effacées, aux dépends de ses proches parfois. Mais tout va basculer lorsqu’un matin, alors encore embrumé de ses excès de la veille, il se retrouve face une visite impromptu et découvre qu’il a un fils… Dont il va devoir prendre soin !
De là, l’ancien fêtard va devoir plonger dans le monde de la parentalité, mais pour peut-être aussi mieux apprendre de soi et s’élever face à ses angoisses.
Qu’est-ce qu’on en pense ?
Club Kid est indéniablement un énorme coup de cœur, en plus d’être le vent frais que l’on espérais plus sur cette Sélection Officielle ! Ici, la fraicheur du film vient nous faire un bien fou, mais en plus de cela, le métrage déploie une myriade de merveille à l’écran, tant sur l’humour, efficace à souhait, que l’émotion, diffuse et précise. Et cela pour notre plus grand plaisir ! En nous offrant un beau récit sur la parentalité, mais en le couplant au questionnement sur l’acceptation de soi dans le milieu vibrant des scènes LGBT New-Yorkaises, où Jordan Firstman, se pose en guide ultime.
Et sur ce premier point, qu’il est beau de voir qu’aucun voyeurisme n’est déployé sur ce style de vie, où les parties dansantes, la sexualité, prennent une place prépondérante dans la vie de Peter, mais venant aussi faire le portrait d’une certaine génération, sans y apposer un regard biaisé ou moralisateur.
Ici, l’accent est plutôt mis sur l’immaturité festive du personnage principal, un trentenaire qui continue de vivre comme à l’aube de ses vingt ans. Mais est-ce que cette instabilité de vie, cette volonté de fuir les responsabilités, ne cacherait pas un motif plus profond, plus intime ? Ici, on sort, on danse, on boit, et pleins d’autres joyeusetés, comme un échappatoire à un mépris personnel.
C’est alors que la parentalité arrive, pas nécessairement comme un passage forcé vers l’âge adulte pour Peter, mais plutôt un voyage d’apprentissage, et cela à plusieurs niveaux. Il y a évidement l’apprentissage à devenir une figure paternelle (peut-être un peu rapide parfois), qui se fera au détour de scènes amenant toujours une touche d’humour, que ce soit sur le remplissage de formulaires, une commande de pizza, mais aussi où le moindre faux pas peut aussi avoir de lourdes conséquences sur cette bulle familiale en pleine construction.
Mais il y a aussi un apprentissage personnel pour Peter, qui au travers de son parcours, mais aussi d’autres figures gravitant autour de lui, formant un paysage coloré, frivole, mais surtout où l’illusion du bonheur est omniprésente. C’est un apprentissage d’acceptation, de changement qui s’opère sous nos yeux, où au fil de rencontres (quelles joyeuses, tendres, ou parfois plus abruptes), Peter renaît peu à peu de ses cendres.
Avec Club Kid, Jordan Firstman vient nous plonger dans un récit d’une grande fraîcheur, mêlant l’humour aux larmes, la parentalité à la reconstruction. Sans jamais tomber dans un voyeurisme pourtant si commun lorsqu’on aborde ce milieu, le film embrasse cette vie bouillonnante, parfois pleine d’excès mais aussi de bienveillance. Une bulle de vie qui fait du bien au coeur, et entraîne nos zygomatiques !

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