Cannes 2026 – On a vu « Histoires de la nuit », une adaptation sombre mais dégraissée

Alors que La Croisette commence à replier son tapis rouge, et que la clôture approche à grands pas, il nous reste encore quelques petits films à découvrir, et parmi ceux-là, une attente de la rédaction restait encore à voir. En effet, le retour de Léa Mysius, cette fois en Compétition Officielle, avait de quoi nous intriguer, la réalisatrice nous avait séduit avec Les Cinq Diables, présenté à la Quinzaine des Cinéastes en 2022, et revient donc cette année, avec un gros projet !

Car la jeune cinéaste vient se frotter à une adaptation d’un roman réputé inadaptable, Histoires de la nuit d’Alain Mauvignier et ces quelques 600 pages. Mais cela ne semble pas effrayer notre réalisatrice, qui s’entoure d’un casting luxueux : Hafsia Herzi, Monica Bellucci, Bastien Bouillon et Benoît Magimel. Avec cette ultime projection, est-ce que ce film va clore le festival sur un véritable coup de poing ? Ou bien est-ce le coup de massue qui assomme cette fin de compétition ? On vous donne notre avis à chaud !

Mais ça parle de quoi ?

Nora semble vivre une vie paisible à la campagne, avec son mari, Thomas, et leur fille, Ida, la petite famille vit un peu recluse dans une ferme, avec pour seule compagnie, leur voisine, Cristina, artiste-peintre en mal d’inspiration pour boucler sa dernière toile.

Tout ce petit monde semble mener une vie discrète, et simple, mais avec un bonheur somme toute mesuré. L’anniversaire de Nora sera ainsi l’occasion de remonter le moral de cette famille autour d’une soirée surprise. Cependant, la fête sera bien vite gâchée avec l’arrivée brutale de trois hommes, qui pourraient faire revenir avec eux, des fantômes du passé que certains auraient préférés oublier !

QU’est-ce qu’on en pense ?

Avec Histoires de la nuit, Léa Mysius nous plonge avec une certaine efficacité dans un tourbillon de ténèbres où le récit adapté se resserre majoritairement sur le personnage de Nora, et ses retrouvailles douloureuses avec son passé. Ici, le film embrasse avec force une atmosphère oppressante, où la photographie crépusculaire vient sublimer les contrastes, et donner une profondeur au noir dans les plans, donnant une atmosphère absolument envoûtante et toxique.

Dans ce thriller au goût sombre et terne, la tension ne quitte jamais l’écran, elle reste là, diffuse, tapie dans le moindre recoin des scènes, avant de prendre en ampleur, et de nous coincer dans son sillage. Dans cette ferme recluse, l’ambiance sonore jouera un rôle important dans la mise en place de cette virée oppressante, jusqu’à l’apparition de la fratrie menaçante, avec en point d’orgue, l’arrivée de Benoît Magimel. Ici, l’acteur se retrouve à être le véritable moteur de l’horreur qui va se déployer, avec une intensité dérangeante d’une puissance évidente, Magimel parvient à incarner la personnification d’un mal pervers avec brio.

Pourtant, ce n’est pas chose aisée, car le film souffre de certaines faiblesses qui vont porter atteinte à sa puissance évocatrice, mais aussi sa cohérence et sa densité narrative, certainement dues à des choix d’adaptation. Peut-être l’un des premiers écueils qui peut se faire ressentir dans l’épaisseur accordée à la caractérisation des différents personnages, parfois un peu légères, quand elle ne tombe pas dans sa plus simple réduction. Difficile dès lors, d’espérer des prestations fortes, quand le terreau n’est peut-être pas toujours très fertile, et malgré cela, le casting s’en sort globalement avec les honneurs.

Mais dans cette section de légèreté, étrange vu le ton du métrage, il semble tout aussi clair que le récit occulte ou survole volontairement une petite palanquée de sous-thèmes, qui devaient prendre plus d’ampleur dans le matériel littéraire. Que ce soit la question de la précarité agricole, le portrait d’une France oubliée, ou encore la symbolique artistique, ici réduite à une lourde métaphore sur un tableau. Nous ressentons un élagage massif du roman, action nécessaire pour transposer ce récit labyrinthique, mais qui malheureusement laisse de côté bon nombre de sujets et thématiques, laissant parfois sur le bas-côté la substance narrative au profit d’une tension plus tenue.

Note : 3 sur 5.

Histoires de la nuit se révèle assez brillant dans le déploiement de son récit vénéneux, où la suffocation des personnages nous entraîne totalement. Avec notamment de très belles idées de mise en scène, et un soin apporté à la photographie qui sublime la noirceur de ce projet, Mysius parvient à s’approprier le roman avec malice et maîtrise. Mais ses choix, de recentrer le récit au cœur allège trop les éléments gravitants autour de cette joyeuse fête, des personnages peu caractérisés, à des sous-thèmes survolés, le métrage se retrouve un peu (trop) vidé de sa matière.

Histoires de la nuit – Drame, Thriller – 1h54

En salles le 16 septembre 2026

De Léa Mysius

Avec Hafsia Herzi, Bastien Bouillon, Benoît Magimel, Monica Belluci…

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