Adapté du roman éponyme de Luc Blanvillain, Le Répondeur est une œuvre singulière et audacieuse signée Fabienne Godet, portée par le duo étonnant Salif Cissé / Denis Podalydès. Le film explore, sous les apparences d’une comédie pleine de quiproquos, les notions d’identité, de reconnaissance et de transformation personnelle.
Une idée de roman qui devient cinéma
Tout commence par une intuition : celle du producteur Bertrand Faivre, convaincu du potentiel du roman avant même d’en tourner la dernière page. C’est à Fabienne Godet qu’il confie le projet, séduite par ce pitch invraisemblable mais profondément évocateur : un écrivain célèbre, Pierre Chozène, confie son téléphone à un jeune imitateur, Baptiste, pour fuir les sollicitations et écrire enfin son œuvre la plus intime. Baptiste devient alors littéralement son répondeur… et bien plus.
Une comédie qui interroge notre époque
Sous ses airs de fable burlesque, Le Répondeur pose un regard critique et tendre sur notre rapport au monde connecté. La réalisatrice y voit une « comédie sociale et contemporaine », où les téléphones portables symbolisent notre difficulté à rester connectés à nous-mêmes. Le film devient alors un jeu de miroir : Baptiste se transforme en Chozène, au point de redéfinir sa vie à sa place. Mais cette mise en abyme ouvre aussi des chemins d’émancipation pour les deux personnages.
Une performance vocale et physique hors norme
Le cœur du film, c’est la performance de Salif Cissé, dont c’est le premier grand rôle au cinéma. L’acteur incarne un Baptiste aussi vif que touchant, qui passe sans cesse d’une voix à une autre. Pour atteindre ce niveau d’authenticité, un travail colossal a été engagé : coaching avec Michaël Gregorio, Fabian Le Castel et Eklips, apprentissage de chansons, imitation des gestes, synchronisation parfaite avec la voix post-enregistrée de Podalydès. Un travail d’orfèvre, jusque dans le mixage où les voix de Cissé et Podalydès se fondent dans une harmonie troublante.
Le pouvoir transformateur de la rencontre
Si la mécanique de l’imitation fait le sel du film, Le Répondeur raconte aussi une histoire de transmission. Celle d’un homme en quête de reconnaissance (Baptiste), et d’un autre, figé par la solitude et les blessures anciennes (Chozène). L’un pousse l’autre à sortir de sa torpeur ; l’autre transmet l’idée qu’il faut vivre ici et maintenant. Ce va-et-vient donne au film sa profondeur émotionnelle. La relation entre Baptiste et Elsa, la fille de l’écrivain, ajoute un nouveau niveau de complexité, notamment à travers une réflexion sur le genre et la représentation dans l’art.
Une mise en scène sensible
Fabienne Godet dirige avec une attention rare. Chaque matin, elle réunit ses comédiens pour discuter des scènes en toute intimité, sans techniciens, privilégiant l’échange à la répétition stricte. Ce souci du vivant se ressent à l’écran : les improvisations, les regards, les gestes trahissent une liberté de jeu peu commune. La scène du tableau inspiré de L’Allégorie de la simulation de Lorenzo Lippi en est une belle illustration : subtile métaphore de tout le film, entre masque, vérité et apparences.
Un casting juste et inspiré
À côté de Salif Cissé et Denis Podalydès, magistral dans la retenue, Le Répondeur peut compter sur la justesse d’Aure Atika et la sensibilité de Clara Bretheau. Le film repose sur une troupe soudée, où chacun incarne un fragment de cette fable morale sur la place qu’on occupe dans la société et le besoin d’en sortir, parfois.
Conclusion
Le Répondeur est un film qui amuse autant qu’il émeut, porté par une mise en scène délicate et une performance d’acteur mémorable. Fabienne Godet signe ici une comédie audacieuse, subtilement politique, où l’on rit d’un dispositif absurde tout en méditant sur ce qu’il dit de nous. Une belle surprise, résolument originale dans le paysage du cinéma français contemporain.

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