Synopsis : Emmanuelle est en quête d’un plaisir perdu. Elle s’envole seule à Hong Kong, pour un voyage professionnel. Dans cette ville-monde sensuelle, elle multiplie les expériences et fait la rencontre de Kei, un homme qui ne cesse de lui échapper.
AVIS GLOBAL
En 1974 sortait un film qui changerait à jamais une part du cinéma toute entière. Ce film : Emmanuelle. S’il n’est pas le film érotique le plus inintéressant, notamment par rapport à la question de plaisir féminin, le long-métrage de Just Jaeckin n’en demeure pas moins un spectacle empli de male gaze et très libéré lorsqu’il s’agit de banaliser le viol.
On ne peut pas entièrement lui en vouloir, le film est une œuvre de son époque, mais la question d’une nouvelle adaptation s’est finalement posée. Alors qu’en est-il, de cette adaptation, réalisée par Audrey Diwan, à une époque beaucoup plus éclairée sur les questions des violences sexistes et sexuelles et de la question des représentations du féminin au cinéma ?

Un remake bavard
Il n’y a aucun doute sur le fait que cette « odyssée érotique » est beaucoup plus cérébrale qu’à l’époque. Diwan nous propose une succession de dialogues interrogeant la question du sexe et du plaisir. Ces monologues sont tantôt très pertinents et extrêmement bien écrits (le monologue final du personnage joué par Naomi Watts), tantôt très lourds et assez indigestes (Naomi Watts, encore une fois, qui, au début du film, reprocherait presque à Emmanuelle d’être un peu trop « coincée »).
Parfois, donc, on a vaguement l’impression qu’Audrey Diwan nous fait la leçon. Pourtant, en matière de sexualité, il n’y a presque jamais de mauvaise réponse. Ceci n’est cependant l’affaire que de deux ou trois scènes un peu pompeuses, le reste étant beaucoup plus intrigant.
Il faut tout de même le préciser : le sexe est presque totalement absent pendant une grande partie du métrage. Si ce fait peut en décevoir plus d’un, c’est bien dans ces scènes dénuées de tout élément érotique que l’érotisme est le plus fort. En témoigne une longue scène d’errance dans Hong Kong, rappelant tour à tour la majesté d’un Wong Kar-wai et la tension d’un Brian de Palma.
Alors que chaque personnage parle énormément, Diwan finit par trouver un juste-milieu. Elle nous propose des scènes quasiment silencieuses qui se révèlent plus charnelles, laissant au spectateur le plaisir du regard et de l’observation de chaque détail présent sur l’écran.
Emmanuelle…
Si dans le film original, le personnage d’Emmanuelle était déjà assez intéressant, notamment grâce à son couple, libre et plutôt moderne pour l’époque, la Emmanuelle 2.0 est très dans l’air de son temps. C’est une femme célibataire, employée par une prestigieuse chaîne d’hôtels de luxe pour noter les prestations qui y sont proposées.
Si cela est assez regrettable au départ (l’étude du couple libre en 2024 aurait pu être passionnante), on finit par se faire à cette Emmanuelle là, assez froide, déçue par sa vie sexuelle qui se résume à des rapports banals là ou elle voudrait réaliser des fantasmes merveilleux (la scène d’ouverture dans l’avion, par exemple).
Ainsi, on peut se concentrer sur la découverte solitaire du plaisir par notre héroïne, avec toute sorte de personnes, mais avant tout avec elle-même. Car, si son objectif principal dans l’intrigue est de comprendre et de séduire le bel et mystérieux inconnu de l’hôtel ou elle séjourne, Emmanuelle découvre par elle-même les différentes possibilités qui s’offrent à elle, en particulier toute seule, ce qui est un nouveau très bon point. La sexualité est représenté de façons douce, belle et complètement décomplexée au fur et à mesure que le personnage principal, joué par Noémie Merlant, ne découvre et comprenne ce qu’elle veut vraiment.
On déplorera peut-être le fait que la Emmanuelle de Noémie Merlant soit bien moins attachante que celle de Sylvia Kristel, mais c’est encore une fois pour nous montrer la progression d’un personnage prêt à remettre toute sa vision de la vie en question pour mieux satisfaire ses désirs.
La question du female gaze se pose également. Comment embrasser complètement un regard féminin avec sa caméra, alors que l’objectif premier d’un film érotique et de sexualiser les corps ?

Montrer l’érotisme
Audrey Diwan y arrive presque à la perfection. Avec des plans justes assez sexualisés pour tenir le spectateur, mais sans tomber dans le vulgaire, Emmanuelle offre un spectacle aussi torride qu’intelligent.
Certes, la plupart des spectateurs ont été particulièrement agacés par la froideur du film, en partie dû à son côté « intellectuel » tendant vers le prétentieux. Il se trouve pourtant qu’on peut facilement trouver son compte si l’on se laisse emporter par l’œuvre. L’érotisme se cache partout, de façon plus ou moins subtile, et même à des endroits qu’on n’imaginerait pas.
Et lorsqu’il s’agit de faire de l’érotisme frontal, la réalisatrice n’hésite pas à mettre le paquet. Sans être particulièrement révolutionnaires, ces scènes ne sont pas moins extrêmement sexy, en témoigne une scène ou Emmanuelle se prend en photo dénudée, les flashs de son téléphone donnant le tempo d’une montée en puissance assez étonnante et terriblement efficace.
Il faut tout de même parler des trente/quarante premières minutes. Certainement le moment du film où l’on trouve le plus de scènes de sexe. Si la première que l’on voit est très pertinente dans la façon dont elle est mise en scène, les autres sont au mieux peu crédibles (elles arrivent comme un cheveu sur la soupe, sans aucune fluidité par rapport au récit, tout comme l’original), au pire vite expédiée, comme la scène de masturbation dans la remise avec la jeune escorte. Dans cette première partie, Diwan semble ne pas réussir à trouver d’intérêt dans le sexe, impactant donc le visionnage.
Diwan fait cependant le (bon) choix de laisser tomber le sexe frontal à partir du milieu du film, pour mieux nous proposer des scènes magnifiques à la fin de ce dernier.
En plus de la découverte du plaisir, le Emmanuelle de Diwan propose une véritable sous-intrigue dans son film, chose qui manquait peut-être au film original. Ici, Emmanuelle se retrouve à devoir faire des choix par rapport à un personnage en particulier qui font tourner le film vers une sorte de drame d’entreprise. Force est de constater que malgré la simplicité de ce concept, il n’en reste pas moins aussi intéressant que l’érotisme.
Côté casting…
Contrairement à toutes les critiques assez odieuses qu’elle a pu se prendre lors de l’annonce de sa participation au film, Noémie Merlant est parfaite dans le rôle d’Emmanuelle. Elle a su retranscrire parfaitement le côté « control-freak » de son personnage tout en y apportant une sensibilité qui fait qu’on peut tout de même la comprendre, malgré le fait qu’elle reste une femme riche dans un hôtel de riches.
Will Sharpe (qu’on a pu voir il y a deux ans dans la deuxième saison de The White Lotus), joue quant à lui un homme qui s’avère être un mélange de plusieurs personnages du film original. A en faire pâlir tous les bad boys des dark romances, il instaure un charisme subtil à son Kei Shinohara qui fait qu’il nous attire dès qu’il est à l’écran.
Le film est également l’occasion à Naomi Watts de retrouver des rôles intéressants, elle dont la carrière battait malheureusement de l’aile depuis le milieu des années 2010. Cette année semble marquer un potentiel retour en force, notamment depuis qu’elle soit devenue l’une des muses de Ryan Murphy, puisqu’on la voyait déjà en février, dans la deuxième saison de Feud ou elle y était déjà merveilleuse. Dans Emmanuelle, Watts n’a pas énormément de choses à jouer, mais on s’attache immédiatement à son personnage qui arrive à montrer toute la force tranquille et la sensibilité de sa Margot Parson.
Reste encore le pauvre Jamie Campbell Bower, qui, même si sa présence fait sourire, après avoir joué un méchant qui semble avoir fait chavirer tous les cœurs dans la saison 4 de Stranger Things, ne sert absolument à rien dans le récit, n’ayant même pas la chance d’avoir des monologues captivants.
En conclusion
Malgré toutes les mauvaises critiques, Emmanuelle est une réinterprétation passionnante et nécessaire d’un film qui a vieilli comme du bon lait.
Certes, il s’oublie (trop) facilement, et il ne marquera pas l’histoire comme aura pu le faire son prédécesseur, mais il n’empêche qu’Audrey Diwan a réussi son pari, faisant d’un simple film d’exploitation prometteur une œuvre avec une véritable identité, aussi bien visuelle que scénaristique.
Porté par un casting aussi sexy que charismatique, le film est un véritable rêve éveillé qui ne manquera pas de vous faire vivre une expérience sensorielle très agréable, sans oublier l’érotisme retravaillé aussi efficace que malin.
Ce sera sûrement l’une des rares critiques à prendre sa défense, mais foncez voir Emmanuelle, ne serait-ce que pour constater par vous-même la qualité du film.
25 septembre 2024 au cinéma | 1h47m | Érotique, drame
De Audrey Diwan | Par Audrey Diwan
Avec Noémie Merlant, Will Sharpe, Naomi Watts
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