Priscilla : Quand Priscilla rencontre Elvis, elle est collégienne. Lui, à 24 ans, est déjà une star mondiale. De leur idylle secrète à leur mariage iconique, Sofia Coppola dresse le portrait de Priscilla, une adolescente effacée qui lentement se réveillera de son conte de fées pour prendre sa vie en main.
PRISCILLA
Se rapprocher des femmes des hommes qui ont fait l’Histoire est une lubie de Sofia Coppola. Du roi de France avec Marie-Antoinette au « King » avec Priscilla, la réalisatrice s’attarde de nouveau à l’existence cachée d’une femme des grands palais. De Versailles à Memphis, la différence ne réside que par le fait que Priscilla Presley possède toujours la tête sur ses épaules et qu’elle peut ainsi conter par la caméra de Coppola l’histoire de sa vie de reine. Ce biopic américain sort au cinéma le 3 janvier 2024.

La réponse de la Queen au King
D’Elvis à Priscilla ; de Baz Luhrmann à Sofia Coppola ; d’un monde à un autre. Priscilla est à la fois une réponse totale et une œuvre complémentaire à Elvis. Les deux longs-métrages forment les deux faces d’une même pièce, ou plutôt d’une même histoire.
À l’extravagance et aux paillettes de Baz Luhrmann répondent la douce mélancolie de Sofia Coppola. Les moments clé de la vie du couple sont présents dans les deux œuvres, mais traités différemment. La carrière d’acteur d’Elvis et son retour à la télévision sont tous les deux vus à distance, que ce soit en la voyant au travers d’une télévision ou en ne la voyant pas du tout.
L’absence de Priscilla à ces événements équivaut à celle du colonel dans le film. Son importance dans l’œuvre de Baz Lurhmann détrône quasiment celle du King, tandis que chez Coppola il n’est qu’une présence extérieure, une sorte de figure divine contrôlant l’existence du chanteur. Priscilla ne s’intéresse pas au show-business, le film préfère l’intimité.
C’est dans cette optique que le service militaire prend une place conséquente dans le métrage. Il marque la naissance de l’amour que porte la jeune fille pour le chanteur, loin des projecteurs américains. Nous sommes ici pour contempler l’histoire de derrière les rideaux, celle d’une Priscilla Presley délaissée par l’idole américaine
La princesse enlevée
Priscilla est un conte d’apprentissage sur une petite fille qui grandit. En Allemagne, elle est une chose minuscule enfermée dans une famille militaire. Le grand Elvis, prince à la voiture luxueuse, vient la sauver pour l’emmener dans le monde des adultes.
Priscilla est une enfant que l’on sort de force du berceau pour la mettre à l’arrière de la voiture, sans qu’elle ne puisse jamais la conduire. La confrontation entre le monde de l’enfance et celui des adultes est montré astucieusement par un parallèle entre le montage de l’attente en Allemagne et celui du casino.
Il n’y aucune différence entre les deux, ceux-ci étant l’un comme l’autre des jeux. Elvis peut ainsi être considéré comme un grand enfant. Il ne voit pas en Priscilla une mère de substitution, mais plutôt une fille avec qui jouer.
Lorsqu’il est présent à ses côtés, il préfère s’amuser avec ses amis, et quand ils sont seuls, idem, ils font une bataille de coussin au lieu de consommer leur amour. À ses yeux, Priscilla est une poupée de vertu qu’il manipule à sa guise.
Relation militaire
Dans cette relation de dominant/dominée, Priscilla n’a aucune faute, celle-ci étant tombée sous l’emprise d’un chanteur à succès. Elvis profite du culte que lui voue cette jeune fan, et ce quasi naturellement. Il possède un pouvoir sur elle qui lui permet de faire du chaud/froid, s’ouvrant et se refermant subitement, se rapprochant et s’éloignant à sa guise.
C’en est d’autant plus terrible dans l’intimité car Elvis refuse de coucher avec Priscilla, ou plutôt veut décider quand ils le feront, réprimant ainsi les désirs de la jeune femme comme pour le reste de la relation.
Telle une poupée, il va l’habiller et la coiffer à son goût, et décider pour elle ce qu’elle doit faire. La séquence du shopping est terrible pour ça, le chanteur ayant la main sur elle, et cette dernière acceptant tout ceci par peur de le perdre. De sa prison allemande, elle passera à celle de Graceland. Priscilla est une Rapunzel aux cheveux bruns errant dans une grande maison de poupée, sans rien pouvoir faire.

L’amour dans les magazines
Cette existence sied à merveille au cinéma de Sofia Coppola. La réalisatrice s’approprie sa vie pour l’ajouter à sa liste de personnages mélancoliques, bien que nous aurions préféré qu’elle suspende davantage ce temps. La réalité que vit Priscilla est alors différente de celle de l’extérieure.
Au-delà du portail se trouvent les autres femmes, celle qu’elle voit dans les magazines aux côtés de son homme. Ce monde inconnu pour elle entretient sa jalousie quand bien même elle accepte les différentes tromperies.
Pourtant, lorsqu’Elvis revient à la maison, rien ne change. Son retour s’opère souvent de la même manière avec Priscilla entrant dans le salon et le chanteur qui se trouve avec amis, le couple étant séparé par deux plans distincts.
Cet aspect est d’autant plus fort lorsque le King revient pour la première fois à Graceland après qu’elle ait emménagé. Les retrouvailles ne sont aussi bien qu’espérée, la jeune femme n’étant pas intégrée dans le repas, en témoigne ce plan qui ne filme qu’elle.
La chambre forme alors la dernière chance pour elle d’être avec lui. C’est un cocon qui les coupes du monde extérieur, ils y passeront d’ailleurs plusieurs jours d’affilées sans sortir. Cela reste cependant un lieu où Elvis renforce son emprise sur sa femme.
En plus de la délaisser et de ne pas subvenir à ses besoins sexuels, le chanteur est violent. Cette relation amoureuse n’est belle qu’au travers des photos qu’ils se font, des vidéos familiales au bord de la piscine ou au mariage. À vrai dire, la différence avec les femmes de l’extérieur est moindre, ce n’est qu’une image que se donne Elvis, une image douloureuse pour elles.
Dans l’ombre de la reine
Le titre du métrage est plus qu’explicite sur la figure qui y est traitée. Toutefois, l’homme derrière la femme est grandement évoqué. Le chanteur est dépeint comme une personne possédant un gros complexe de supériorité au point de se prendre quelques fois pour Jésus.
C’est un faux prophète ne se montrant puritain qu’avec sa femme. C’est en parti pour avoir cette image qu’il se met avec elle. À ses côtés il est tout puissant. Le shooting photo avec elle et sa fille est très représentatif de ce trait de caractère, Elvis étant fier comme un roi.
La vérité derrière cette image est qu’il est en fait esclave de sa notoriété, des drogues et du colonel. Il va embarquer dans cette spirale Priscilla sauf qu’elle va réussir à s’en détacher. Sa performance à Las Vegas est représentative de son problème. La caméra placée derrière lui le filme à contre-jour ce qui donne la sensation qu’il a atteint la toute puissance, sauf qu’il est seul et qu’il ne voit plus le public.
Une vérité faussée ?
Si le chanteur appose son emprise sur sa femme, Priscilla fait de même sur Sofia. Cette dernière use un schéma et des tropes bien connus de sa filmographie. Le métrage est une partition parfaite de sa part, toutefois pour un biopic de la sorte il aurait fallu davantage de ratures.
La relation entre Elvis et Priscilla est toxique, et le métrage le montre bien. Cependant, cette dépiction du couple n’est pas acerbe. L’adaptation du livre de Priscilla Presley est-elle édulcorée ? Le final peut nous le laisser croire. La rapidité du dernier tier n’offre pas la portée dramatique nécessaire pour marquer le changement de vie de la jeune femme.
Cela donne un film restant constamment sur le même ton – à quelques variations prés –, devenant presque insignifiant à la longue. La véritable Priscilla ne s’en cache pas, Elvis est l’amour de sa vie et on sent que, malgré tout ce qu’il a pu faire, elle n’a pas voulu égratigné totalement son image.
Priscilla est dans la lignée de la production cinématographique de Sofia Coppola. Ses capacités sont mises à dispositions pour soutenir le regard de Priscilla Presley. Le soutien global est réel même s’il aurait fallu porter un regard aiguisé.
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