Les filles d’Olfa : La vie d’Olfa, Tunisienne et mère de 4 filles, oscille entre ombre et lumière. Un jour, ses deux filles aînées disparaissent. Pour combler leur absence, la réalisatrice Kaouther Ben Hania convoque des actrices professionnelles et met en place un dispositif de cinéma hors du commun afin de lever le voile sur l’histoire d’Olfa et ses filles. Un voyage intime fait d’espoir, de rébellion, de violence, de transmission et de sororité qui va questionner le fondement même de nos sociétés.

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Les filles d’Olfa
Le nouveau film de la cinéaste tunisienne Kaouther Ben Hania. a été présentée au Festival de Cannes au sein de la sélection officielle, mais a surtout remporté le grade du meilleur film lors de l’édition 2023 du Festival du film de Munich. Si ce film est à ce point remarquable, c’est bien en raison de l’audace de son dispositif qui permet de traiter à bras le corps l’ensemble conséquent de thématiques convoquées. Ce documentaire franco-tuniso-germano-saoudien est sorti au cinéma le 5 juillet 2023.
Travail de reconstruction
Dans son démarrage, s’installe un dispositif hybride extrêmement saisissant, le documentaire verbalise son ambition de superposer fiction et documentaire dans le même champ en s’adressant à la fois au spectateur et à Olfa (la mère). Cette double communication déclenche un intérêt spécial du spectateur à l’histoire, puisqu’une puissante connexion de proximité a été tissée entre Olfa et le spectateur.
Mais, au delà de la proximité que la mise en scène implique, elle œuvre aussi sur la question de la représentation de souvenirs douloureux à l’écran. En effet, le film se permet de recomposer scéniquement certains moments de vie de la famille Chikaoui, en faisant appel à trois actrices. Cela instaure un dialogue atemporel avec soi-même pour Olfa qui devant la réincarnation d’instants de sa vie passée, se met à en regretter certains avec une tristesse naturelle. Mais surtout, cela intensifie les plans qui sont autant chargés de strates que d’émotions, la proximité étant nouée d’office, le spectateur est plongé dans un très fort bouleversement en observant les réminiscences transformées par la reconstitution.
Il faut dire que le film fait preuve de justesse en parvenant à combler par sa documentation, et à plaire de par la pertinente charge émotionnelle apportée par son empreinte fictionnelle. Ici, vous ne verrez pas de plans larges asphyxiants comme dans « Il Buco » ; un autre cinéma vous est proposé. Celui-ci est moins ancré dans le réel mais certainement emprunt d’une plus grande émotionnalité. Les échanges entre les actrices et non-actrices sont particulièrement sensibles, même si la lumière qui les capture paraît très fade, assez banale, le caractère véritable des discussions parvient à faire surgir de l’honnêteté et de la vie de ces dialogues.
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Un espace discursif intéressant
Vous devez certainement vous dire qu’il manque dans cette critique un élément inhérent à la nature discursive du film : le terrorisme. Le scénario étudie le cheminement vers cet extrême, dans sa troisième partie accrochée à la religion et à son expression, Kaouther Ben Hania délivre sa réthorique sur la naissance et la croissance d’un mal, ici l’extrémisme religieux. Ce qui est assez habile, c’est que la scénariste ne peut pas se tromper puisqu’elle ne prétend pas donner une réponse universelle et collective à comment les idées terroristes parviennent, elle ne présente rien d’autre que le cas duel de Rahma et Gohfrane. Dans ce cas, ce sont la reclusion et non-affirmation de leur identité propre qui les ont menées au basculement. Mais, fort heureusement, le film n’a pas que cela a proposé en terme de discours.
Ses sentiments sont puisés dans le relationnel. Si le film a une telle puissance, c’est bien parce que les questions qu’il éveille chez nous sont très lourdes. Quel lien entretiendriez-vous avec l’un de vos proches s’il commettait des actes hautement répréhensibles ? Comment vivriez-vous en sachant que vous avez mis au monde deux terroristes ? De quelle nature pourrait être le poids de la culpabilité personnelle face à ces situations ? Tant de questions qu’on se pose pendant à la fin de la séance. Ces questions qui envahissent véritablement notre champ personnel, qui montrent et illustrent combien l’humanité est disparate mais surtout dérivable. Combien elle peut se confondre dans la dangerosité la plus totale, à l’échelle tunisienne logiquement puisque le cadre géographique du film y est implanté. Mais cette idée de déchéance de l’humanité, on peut facilement l’appliquer au reste du monde dans toute la dureté qu’il laisse passer.
Pour conclure
Les filles d’Olfa est un film absolument passionnant qui exploite l’actorat avec beaucoup d’intelligence, travaille un dispositif scénique extrêmement frais, et qui délivre toute sa couche émotionnelle dans son caractère hybride à mi-chemin entre la fiction et le documentaire.

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