The drama – pour le meilleur et seulement le meilleur

Synopsis – La relation d’un couple heureux et fiancé est mise à rude épreuve lorsqu’une révélation inattendue vient bouleverser leurs préparatifs de mariage.

Note : 4 sur 5.

Réalisateur norvégien, Kristoffer Borgli a posé ses valises aux États-Unis en 2023 pour débuter une nouvelle histoire d’amour cinématographique. Avec Dream Scenario, le cinéaste s’était montré un peu timide en n’exploitant pas assez son concept. Trois ans plus tard, pour The Drama, cette timidité semble avoir disparu, le cinéaste proposant une œuvre aussi grinçante que ses productions norvégiennes.

comédie aromantique

Le thème de prédilection de Kristoffer Borgli est la célébrité, mais avec The Drama, il abandonne son sujet fétiche pour parler du couple.

Zendaya et Robert Pattinson en forment un très beau, mais leur présence est trompeuse vis-à-vis des attentes que l’on pourrait avoir. En effet, le réalisateur vicie la comédie romantique en brisant l’image du couple et du mariage, tel un miroir dont les morceaux reflètent un mal américain et sociétal profond.

Les personnages opèrent une hiérarchisation du mal en pointant du doigt, de manière hypocrite, celui qu’ils ont décidé de placer en haut de la pyramide. La séquence de révélation d’Emma, l’une des rares à être calme, dévoile lentement le piège qui se referme sur la jeune femme, l’ambiance bon enfant devenant asphyxiante. Charlie, son futur mari, devient un témoin impuissant placé entre sa compagne et sa dénonciatrice.

La confiance maritale vacille alors et s’enferme dans un labyrinthe psychanalytique où il ne semble pas y avoir d’échappatoire. Sous la pression de la société, Charlie doit-il continuer à susurrer des mots doux à l’oreille de la discorde ou ravaler ses paroles ?

la rencontre en l’imaginaire et la réalité

Dans The Drama, Kristoffer Borgli fait s’entrechoquer l’imaginaire et la réalité. L’imaginaire est bien évidemment celui de la comédie romantique classique, celle que l’on voit avant la fameuse révélation. Néanmoins, même dans cette période de bonheur, le montage haché montre que quelque chose cloche. Il donne l’impression de feuilleter un album photo où l’on aurait collé les images les unes sur les autres. Ces dernières ne sont pourtant pas idéalisées, au contraire, elles sont parfois embarrassantes.

La rencontre entre Emma et Charlie en est l’exemple parfait, car si elle peut paraître mignonne, le comportement de l’homme reste discutable. Ce malaise devient quasiment palpable lors de la révélation, la réalité surgissant pour tout parasiter. Le métrage illustre ce choc par le symbole du miroir, présent notamment durant le générique. La danse d’Emma et Charlie y est assez classique pour une préparation de mariage, mais la jeune femme « traverse le miroir » en proposant des pas peu conventionnels.

La rupture de ton est constante dans le film et constitue l’une de ses forces. On l’observe notamment lorsque les deux discutent le lendemain de la révélation, avec des flashs de moments joyeux, filmés caméra à l’épaule et pleins de vie, qui contrastent avec une réalité très froide.

Il arrive aussi que fiction et réel se mélangent, comme durant le shooting photo. Le malaise atteint ici son paroxysme avec une séquence pure de comédie romantique qui ne fonctionne pas. La frontière entre les deux mondes disparaît presque, l’imaginaire se pervertissant, tandis que le réel devient de plus en plus pesant, comme en témoignent les fantasmes parfois délirants des personnages.

Malgré tout, la fin marque la victoire de l’imaginaire sur le réel. La cérémonie de mariage, proche de l’esprit de Festen de Thomas Vinterberg, bien que moins radicale, est tellement hors norme qu’elle en devient presque irréelle. On y retrouve les flashs des séquences précédentes lorsque Charlie revient à l’appartement en sang pour révéler l’origine de ses blessures. Tout cela fait que la « pièce » jouée par le couple fonctionne finalement, car le réel et l’imaginaire se sont inversés. Précédemment, cette même représentation échouait, faute d’un équilibre entre les deux.

The Drama se conclut sur une séquence finale réussie, notamment parce qu’elle s’avère très éloquente sur les personnages, mais aussi sur l’idée de faire fi du passé pour avancer en tant que couple.

un jeu de rôle marital

Lorsqu’il est question d’imaginaire, et plus précisément de fiction, le titre du film prend tout son sens. Le drame désigne les événements qui suivent la révélation d’Emma, mais aussi le métrage dans son ensemble. Il s’agit d’un drame au sens théâtral du terme.

Le rapport au jeu est constant dans The Drama. Charlie joue un rôle au début pour séduire Emma, puis pour améliorer sa relation avec ses proches. Emma, quant à elle, incarnait déjà des personnages durant son adolescence, et tous deux jouent même ensemble. Le film devient presque une pièce de théâtre, le mariage constituant la représentation, tandis que les étapes qui le précèdent comme le shooting photo ou le choix du DJ participent à sa mise en place.

La cérémonie devient une scène où chacun joue un rôle, avec des monologues adressés à un auditoire, jusqu’à ce que les masques tombent et que le public intervienne pour interrompre les comédiens. Néanmoins, avant d’être jouée, une pièce doit être écrite et ici, elle l’est par le couple.

une pièce qui s’écrit devant nous

Le couple formé par Charlie et Emma est une construction fictive. En rédigeant son discours, Charlie crée presque une œuvre de fiction. Il couche sur papier sa vision de leur relation et sa perception d’Emma. Il lui attribue une histoire et des caractéristiques, se positionnant tel un Pygmalion.

Lorsqu’il susurre des mots doux à l’oreille de la discorde, il évolue pleinement dans cette bulle fictive. Celle-ci éclate lorsqu’il découvre le passé de sa partenaire, qu’il n’avait pas anticipé. La crise qu’il traverse est alors autant psychologique que narrative. Son imagination s’emballe, comme s’il réécrivait le « personnage » d’Emma. Le problème est qu’il expose ce « texte » aux autres, ce qui ne peut qu’engendrer des conflits et lui faire perdre le contrôle de sa création. En s’enfonçant dans l’imaginaire sans maîtriser son œuvre, il se place dans une situation inextricable.

Quid d’Emma dans cette histoire ? Elle s’accommode d’abord de la narration de Charlie, mais c’est en replongeant dans son passé qu’elle parvient à reprendre la main sur l’écriture de son personnage et à imposer sa vision du drame. À la fin, c’est bien elle qui écrit la pièce du couple et impose son jeu à Charlie, alors qu’auparavant il refusait d’endosser ce rôle.

Le véritable alter ego créatif de Charlie n’est cependant pas Emma, mais Rachel. Cette dernière se construit une image vertueuse, tout en attribuant des rôles stéréotypés et peu flatteurs à Emma et à Mike, son mari. Elle ne retient, pour son récit, que les éléments qui l’arrangent et qui lui permettent de masquer ses propres fautes.

Avec The Drama, Kristoffer Borgli met en scène une œuvre dérangeante, aussi bien pour les spectateurs que pour les personnages. La vie se compose de rêveries et de faux-semblants, des éléments que le film retranscrit avec justesse, les protagonistes les acceptant, pour le meilleur comme pour le pire.

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