Synopsis – Mahnaz, une infirmière de 40 ans, élève seule ses enfants. Alors qu’elle s’apprête à épouser son petit ami Hamid, son fils Aliyar est renvoyé de l’école. Lorsqu’un un accident vient tout bouleverser, Mahnaz se lance dans une quête de justice.

Si Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof se sont imposés comme les figures centrales du cinéma iranien, Saeed Roustayi a probablement déjà rejoint ses aînés. La Loi de Téhéran et Leila et ses frères ont été des succès critiques et publiques fabuleux, plaçant le réalisateur aux côtés des plus grands noms du septième art. Woman and Child intervient ici comme le film de la confirmation, celui qui doit faire la passe de trois – bien que ce soit son quatrième long-métrage –, mais il est aussi, et surtout, le troisième outil critique du réalisateur envers la société iranienne.

Seules face aux hommes
Le titre Woman and Child est presque annonciateur de ce qu’il contient : c’est un brûlot contre le patriarcat. Tous les hommes y sont détestables, du grand-père frappant son petit-fils à Hamid qui souhaite épouser la sœur de celle qu’il devait initialement marier et qui veut une femme-enfant pour mieux la contrôler, jusqu’aux institutions, constamment opposées à Mahnaz.
Aliyar, son fils, subit lui aussi cette violence à travers son directeur d’école, mais il est également conditionné par la société patriarcale pour qu’il devienne comme eux. Le métrage prend donc clairement le parti d’une femme, voire des femmes, qui se dressent contre cette misogynie systémique.
À cet effet, le premier plan du film est un dézoom montrant Mahnaz au milieu de femmes portant un masque blanc. Celui-ci vise à cacher leurs visages et à les uniformiser, mais le blanc, et l’effet d’accumulation, fait ressortir leur force, d’autant plus que ce masque est un soin marquant leur émancipation.
Sur ce point, la fin est très évocatrice puisqu’elle montre la volonté de changer les hommes par le biais du fils de Mehri, la sœur de Mahnaz, mais rien ne garantit que cela fonctionne. Malgré l’espoir, le parallèle avec le début indique qu’il est possible que tout recommence. Le deuil, l’un des symboles du blanc, risque de se reproduire pour Mahnaz, rendant son combat éternel.

un modèle carcéral
Le deuil est l’une des causes de l’enfermement, thème central du film, mais il n’est pas le seul. Mahnaz et Aliyar sont tous deux prisonniers du mari/père.
Pour l’enfant c’est flagrant car il est entouré de motifs hérités de la prison, tels que sa chambre aux allures de cellule et les grillages qui le suivent, notamment lorsqu’il est puni à l’école ou a l’usine avec des plans typiquement « carcéraux ». En réalité, il est prisonnier de la mémoire de son père en agissant comme lui. Il en a hérité ses travers et est même comparé à Hamid dans leurs activités illégales.
Pourtant, Aliyar reste un bon garçon, sauf qu’il ne fait que suivre un modèle prédéfini qui ne peut que le mener à sa perte. C’est là qu’intervient le symbole du cercle.
Présent dans la toupie mais aussi dans d’autres objets, il illustre la répétition des actions et des événements. Ainsi, certaines séquences se répondent, à l’instar du début et de la fin, la vue en plongée de l’immeuble, l’hospitalisation d’Aliyar et celle du grand-père. Cette répétition enferme soit dans le même schéma, soit suggère une évolution.
Mahnaz se retrouve elle aussi prise dans ce cercle, d’abord en croyant Hamid, puis avec le deuil. Elle ne parvient malheureusement pas à en sortir, et même à la fin, lorsque la situation semble s’améliorer, le regard extérieur d’Hamid sur la scène est annonciateur de nouvelles barrières.
Certains ont toutefois pu s’en extraire comme le directeur d’école. Lorsqu’il quitte le tribunal, un gardien referme derrière lui une porte à barreaux, plaçant Hamid de l’autre côté. Woman and Child est ainsi une œuvre étouffante, mais cette asphyxie tient à la maîtrise de Roustayi dans ce registre.

diviser pour mieux régner
Si la réalisation sert l’enfermement, elle souligne aussi la séparation. Roustayi use de plusieurs surcadrages pour isoler les personnages. C’est le cas entre Mahnaz et de son fils lorsqu’ils font les devoirs ensemble, mais surtout entre elle et sa sœur, en particulier lorsqu’elles apprennent qu’Hamid souhaite changé d’épouse, Mehri se retrouvant par ailleurs dans la « cellule » d’Aliyaz, et donc dans un modèle toxique.
Face à une famille et, plus généralement, une caste soudée, le seul moyen de régner pour Hamid et les hommes est de les diviser. Séparées les unes des autres, les hommes pensent pouvoir davantage les contrôler. Mahnaz parvient à s’émanciper, mais cela fait malheureusement d’elle la femme la plus isolée.
La fin est parlante de cet état de fait, la séquence étant d’une profonde tristesse, condensant tous les symboles du métrage entre le cercle, l’enfermement et la séparation.

Avec Woman and Child, Roustayi fait effectivement la passe de trois. Il poursuit sa dépiction de la famille iranienne entamée dans Leila et ses frères, mais cette fois avec une famille quasi entièrement composée de femmes contraintes d’affronter une société patriarcale. La critique de cette dernière, inhérente à sa filmographie, se révèle ici, une fois encore, cinglante.

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