Simon Mesa Soto a déclamé ses vers à deux reprises au Festival de Cannes, remportant la Palme d’or du court métrage en 2014 avec Leidi, puis le prix Fondation Louis Roederer de la Révélation, attribué à l’actrice Sandra Melissa Torres en 2021 pour Amparo. Avec Un Poeta, le réalisateur entre dans la sélection officielle Un Certain Regard 2025, une section qui possède sa propre poésie et qui mérite d’être entendue. Cette fois-ci, Simon Mesa Soto a-t-il commis des fautes de rimes, ou a-t-il, une fois encore, touché la grâce ?
Mais du coup, ça parle de quoi ?
Oscar Restrepo est un poète maudit portant sur ses épaules tous les malheurs du monde… du moins, c’est ce qu’il croit. En réalité, c’est un poète raté, alcoolique et au chômage, ayant perdu sa femme, son enfant, sa mère, sa sœur et son frère. C’est alors qu’intervient Yurlady, une poétesse talentueuse qu’il va prendre sous aile, pour le meilleur, mais surtout pour le pire.
Qu’est-ce qu’on en pense ?
Le poète révèle le réel à travers ses mots. De par sa nature, nous pourrions penser que le cinéma est l’art qui se rapproche le plus de la réalité. Eh bien, pas vraiment. Dans Un Poeta, nous suivons Oscar Restrepo, un poète persuadé de toucher le réel, mais qui, alors qu’il en est, en réalité, très éloigné. Si c’est le cas, c’est parce que c’est un cliché ambulant. Par son apparence négligé, son physique disgracieux et son attitude, il est incarne à la perfection le poète raté. Simon Mesa Soto, avec ce personnage, prend le contre-pied du concept de cinéma-vérité, tout en adoptant ses codes : caméra branlante, zooms excessifs, faux effet pellicule… Un Poeta cherche par tous les moyens à capturer le réel, mais réussit, au fond, à faire ce qu’il vise vraiment en filmant son quotidien : s’en éloigner.
S’il montre un poète raté, Simon Mesa Soto est, lui, loin d’en être un . Un Poeta est l’un des films les plus drôles de toute la sélection cannoise, mais le cinéaste parvient, à travers sa caméra à dresser un portrait nuancé de la Colombie. En explorant le milieu de la poésie, le réalisateur met en lumière les jeux de pouvoir qui traversent toutes les strates de la société, qu’elle soit colombienne ou non. Ce cas colombien n’en est que plus absurde avec des gros poissons se trouvant dans une très petite mare. Simon Mesa Soto réussit néanmoins à soulever la bâche tendue par Oscar Restrepo pour révéler la crasse d’un système dans lequel le peuple colombien, plongé dans la misère, continue pourtant d’y puiser. En revanche, sur certains sujets comme les VSS, le réalisateur vise moins juste avec sa caméra poétique. À l’instar de son protagoniste, il en fait parfois trop avec un message essentiel, desservant un message essentiel qui, faute de justesse, peine à atteindre toute sa portée.

La poésie peut sembler hors de portée pour celui qui n’y est pas familier, mais elle peut aussi devenir indicible pour celui qui la pratique. Simon Mesa Soto, lui, est un poète intelligible ayant saisi l’essence de son art. Un Poeta est des poèmes cinématographiques les plus saisissants de ces dernières années, un chant qui a su toucher nos cœurs lors ce Festival de Cannes 2025.
Prochainement en salle | 2h00 | Comédie dramatique
De Simon Mesa Soto | Par Simon Mesa Soto
Avec Ubeimar Rios, Rebeca Andrade, Guillermo Cardona

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