Tandis que nous entamons la deuxième semaine pour cette 78e édition du Festival de Cannes, il était temps de découvrir un film qui nous faisait espérer un choc lors de sa projection. En effet, la réalisatrice Julia Ducourneau revient sur la croisette, après avoir reçu la Palme d’Or pour « Titane« , qui avait offert au festival une séance mémorable et intense ! Il était évident qu’avec l’annonce de son retour en compétition avec son troisième film, « Alpha« , les attentes allaient être hautes ! Mais après sa présentation, que reste-t-il ? Est-ce que Julia Ducourneau aura su bouleverser la croisette pour briguer le palmarès ? Ou bien, le métrage est-il choquant de par son mauvais goût ? On vous donne notre avis à chaud !
Mais du coup, ça parle de quoi ?
Alpha est une jeune adolescente de 13 ans, elle vit seule avec sa mère, qui est médecin. Cette bulle familiale instable se voit encore plus fragilisée, le jour, où Alpha rentre avec un tatouage au bras, résultat d’une fête trop arrosée. Mais alors qu’un étrange virus fait ravage, se transmettant notamment par voie sanguine, comme par exemple une aiguille sale pour se faire tatouer, la peur qu’Alpha soit contaminée va bouleverser le quotidien de cette petite famille. Et alors qu’Alpha attend ses résultats, une vieille figure refait surface, Amin, son oncle, et qui semble revenir dans un état critique. Comment cette famille va survivre à tout cela ?
Qu’est-ce qu’on en pense ?
Le visionnage de « Alpha » donne le vertige, tant la chute est haute, tant l’effondrement du métrage est intense ! Après deux longs-métrages, qui avaient pu commencer à forger à Ducourneau une place de choix parmi la nouvelle génération de cinéastes, lui permettant de décrocher notamment une Palme d’Or, ou encore des nominations pour le César de la Meilleure Réalisation. Et au-delà du choc que la réalisatrice a pu proposer à travers ses deux premiers longs-métrages, c’est avant tout une cinéaste qui non seulement propose une véritable expérience, mais aussi vient déployer un cinéma qui mélange des hommages à tous les réalisateurs. Mais ici, au fil des choix techniques aberrants, d’un récit à la dérive, on ne fait que se poser une seule question : « Comment cela a-t-il pu arriver ? »

Car avant tout, « Alpha » semble se déformer sous le poids de ses défauts, pour donner naissance à un métrage informe, confus, et tout de même assez interminable. Tout d’abord, sur le côté technique, le métrage souffre honnêtement d’un traitement un brin dépassé. Que ce soit du coup de sa mise en scène, de son montage, ou bien de sa photographie, rien ne permet au film de gagner en force, et encore moins en cohérence. Alors que ses métrages précédents pouvaient jouir d’une maîtrise technique percutante, ici, le ton n’est pas le même. Dans ce film, la photographie nous ramène dans les productions des années 2000, ou la saturation et le choix de lumière vient appuyer l’artificialité des décors, mais ne vient à aucun moment sublimer la moindre scène. Ici, le métrage ne parvient pas à nous emporter visuellement, et on ne peut pas dire qu’il se donne beaucoup de mal pour essayer de le faire. Car ces choix artistiques ne rendent le film que plus navrant, que ce soit par le peu d’inventivité, l’accompagnement musical totalement incohérent, le mixage son charcuté… Si on sauvera l’esthétisme des corps transformé par ce mystérieux virus, on ne peut nier qu’il ne s’agit que d’un choix esthétique vain, tant rien n’est expliqué.
En complément de cela, comme si la chute n’était pas suffisamment rude, le récit, lui aussi vient nous entraîner encore un peu plus dans la déception. Car son intrigue, aux thématiques difficiles comme le deuil, mais surtout la drogue et un parallèle avec le SIDA, auraient pu donner une dimension sombre et puissante au film, mais il n’en sera rien hélas. Trop rapidement, l’intrigue se perd, se disperse, s’éparpille dans ses flash-back obscurs, et ne prends pas ses thématiques avec suffisamment de consistance. Dans cette société où un virus se transmet par le sang, et créé une peur panique sur les aiguilles et blessures, le parallèle avec le VIH est clair, mais ne reste qu’en surface. Il en résulte un petit empilement de clichés qui s’éparpillent sur toutes les thématiques, et où le métrage ne s’acharnera jamais à aller plus loin. Cette volonté, de constamment rester en survol vient habiter le récit de bout en bout, et la dynamique entre les personnages (pour ceux qui auraient au moins un nom, et pas juste une fonction) va subir ce même traitement. C’est avec tous ces problèmes que le casting doit composer au mieux pour maintenir le bateau à flot, mais la dérive étant déjà tellement forte, on retrouve un cast qui ne brillera pas, et ce n’est pas une transformation physique extrême pour Tahar Rahim qui viendra rattraper le tout. Au final, il ne reste que des ficelles scénaristiques bancales, servies par des dialogues creux, et envoyés un peu aléatoirement, et le tout continue de sombrer au fur et à mesure pour se fermer sur une conclusion qui ne fera sens pour personne.

Au final, lorsque le visionnage de « Alpha » se termine, la tristesse nous gagne avant la colère. Une tristesse liée à la dérive d’une cinéaste au potentiel indéniable. Mais ce potentiel ne se retrouve aucunement ici, tant le résultat final est à des années-lumière du niveau de qualité et de finitions que la réalisatrice nous a offert. On se retrouve face à un projet charcuté, informe, presque brouillon… En aucun cas un métrage qui saura nous frapper au cœur, mais qui saura nous hanter pendant quelques nuits. Après le vertige de cette chute, il ne nous reste qu’à espérer un retour en force pour la réalisatrice, qui doit revoir sa copie pour peut-être nous offrir une version « Bêta » plus aboutie.
En salles le 20 Août 2025 | 2h08 | Drame
De Julia Ducourneau | Par Julia Ducourneau
Avec Mélissa Boros, Golshifteh Farahani, Tahar Rahim

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