Cannes 2025 – On a vu « Eddington », le chaos caustique de Ari Aster

Alors que les journées s’enchaînent, sans se ressembler, la sélection cannoise continue de se dévoiler au fil des projections. Et nous avons pu découvrir le dernier long-métrage d’Ari Aster, le jeune réalisateur qui avait marqué avec « Hérédité » et « Midsommar« , puis divisé avec « Beau is Afraid« . Cette fois-ci, le réalisateur nous entraîne dans un tout nouveau trip, au milieu des paysages désertiques et des fake news, avec « Eddington« . Avec ce nouveau projet, oscillant entre la comédie acide et le thriller, est-ce qu’Ari Aster va réussir à nous emporter ? Ou bien, est-ce un nouveau débat qui va encore diviser sur la cinématographie du réalisateur ? On vous donne notre avis à chaud !

Alors, ça parle de quoi ?

Dans la petite ville d’Eddington, au Nouveau-Mexique, alors que la pandémie de COVID frappe le monde de plein fouet, ce petit monde est secoué par la rivalité entre le Shérif Joe Cross, et le maire Ted Garcia. Et alors que la bataille entre ses deux hommes fait rage, laissant ressurgir quelques fantômes du passé, la ville sera aussi le terrain de bons nombres d’événements. Entre bataille électorale, anarchie des réseaux sociaux, montée du complotisme, manifestations sociales et règlements de compte… La vie à Eddington est loin d’être tranquille, mais comment le Shérif va-t-il gérer la situation ?

Eddington | A24

Et du coup, qu’est-ce qu’on en a pensé ?

Qu’il est difficile de pouvoir condenser un avis sur ce film, tant ce dernier ne parvient pas à condenser sa propre essence ! Dans son ensemble, un constat semble indéniable : Ari Aster a les ingrédients pour pouvoir faire un grand film, mais ce beau projet sur le papier se perd dans son résultat final. Peut-être que le chaos scénaristique y tient une place prépondérante, ou peut-être sa durée, absurdement allongée. Il n’en reste pas moins que « Eddington » est sans doute le projet le moins abouti du cinéaste, sans pour autant être un naufrage total.

Là où le métrage vient prendre en consistance, voire en intérêt, c’est dans son aspect caustique face à l’état de la société américaine, qui se fracture toujours plus. Très rapidement, le film ne s’embarrasse pas de principe de précaution, il fonce dans le tas, ouvre le feu ouvertement, et sur une multitude de sujets : L’Amérique de Trump, la dérive des réseaux sociaux, la prolifération des fake news et théories du complot… Tout y passe ! Cela donne naissance à des scènes et des répliques plutôt savoureuses, qui touchent dans le mille, mais sans venir apporter un véritable ajout au débat. Dans cet élan, Aster ne reste qu’en surface des sujets qu’il critique, et retombe, inexorablement, dans une globalité un peu oubliable. Dans une époque où le débat intellectuel semble de plus en plus en danger, où la menace des fakes news et le débat sur les réseaux sociaux est permanent, peut-être que nous avons besoin d’une vision plus élevée, mais ce n’est pas forcément ici que nous l’aurons, bien que les graines y soient plantées.

Mais comment réussir à faire grandir cette charge pamphlétaire, quand cette dernière doit également cohabiter avec une superposition presque absurde, et définitivement contre-productive, de sous-intrigues ? La réponse tombe sous le sens, : cela est quasiment impossible, et pour « Eddington » cela ne fait qu’accentuer le chaos qui règne dans ce métrage. Au fur et à mesure du récit, les intrigues s’empilent, avec sa propre thématique associée, pour ne former qu’un amas confus, qui parvient pénible à trouver sa cohérence. Après presque 2 h 30, assez poussives, il est regrettable de voir qu’une bonne partie des sous-intrigues restent inabouties, sous-exploitées, pour ne pas dire complétement inutiles au récit principal, qui aurait pu, de fait, être bien plus court (et certainement plus digeste).

Mais si ce chaos n’est pas des plus plaisant, il comporte aussi ses moments de bravoures ! Ne serait-ce que convoquer les thématiques du western, pour les mêler à la comédie noire vient ici donner un cocktail assez cruel. Et dans cette Amérique fracturée, le regard d’Ari Aster vient en dresser un portrait acide. Et de cette cruauté, la folie vient se rajouter, que ce soit dans l’enchaînement des événements, leurs proportions, les retournements de situation joyeusement absurde… Nous avons un joli programme, accompagné par la mise en scène d’Ari Aster, qui parvient à faire ressortir le meilleur de certaines scènes.

Au final, c’est tout ce mélange qui fait de « Eddington« , un objet foncièrement imparfait, mais qui avait toute la capacité de nous livrer un véritable uppercut ! Mais dommage, le métrage rate un peu son coup, malgré ses frasques folles, et son sous-texte ultra caustique. Si vous vous demandez comment va l’Amérique, ce film est pour vous. Si vous aimez un récit fluide, en revanche, il le sera peut-être moins !

Le 16 Juillet 2025 en salles | 2h25 | Comédie, Western, Thriller

De Ari Aster | Par Ari Aster

Avec Joaquin Phoenix, Pedro Pascal, Emma Stone…

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