Critique de Anges & Cie (2025)

Entre fantaisie métaphysique et humour ancré dans le quotidien, le premier film de Vladimir Rodionov, co-écrit avec Romain Lancry, explore avec originalité la destinée humaine… et ses anges gardiens.

Anges & Cie, part d’un postulat simple mais puissant : et si nos vies étaient secrètement orchestrées par des anges gardiens, aussi faillibles que bienveillants ? Inspiré par Un jour sans fin, Didier ou encore Une question de vie ou de mort (Michael Powell & Emeric Pressburger), Anges & Cie revendique une approche modeste du fantastique, sans débauche d’effets spéciaux. L’humour prime, mais jamais au détriment de l’émotion : au cœur du récit, des questions existentielles aussi universelles que profondes — croyons-nous au destin, à l’âme sœur, ou au pur hasard ?

Le film opère un savant mélange entre références cinématographiques classiques et mythologie revisitée. Exit la dimension religieuse : les anges de Rodionov et Lancry sont des travailleurs comme les autres, pris dans un système hiérarchique avec ses règles, ses grades et ses absurdités. Certains noms sont issus de la tradition (Gabriel, Raphaël), d’autres ont été inventés dans un esprit de cohérence poétique (toujours en -el ou -elle), et tous portent une combinaison violette – symbole de spiritualité – déclinée selon leur personnalité et leur rang.

Anges & Cie est le fruit de sept années d’élaboration, rythmées par les différences créatives du duo : Romain Lancry, instinctif et joueur, face à Vladimir Rodionov, plus analytique et méthodique. L’équilibre s’est consolidé avec l’arrivée du scénariste Bruno Muschio, alias Navo, qui a su apporter recul, clarté et rythme à un univers en gestation. Connu pour Bref, Bloqués ou Serge le Mytho, Navo a insufflé quelques-unes des scènes les plus marquantes du film.

Initialement imaginé comme un buddy movie masculin classique, le duo d’anges Gabriel et Raphaël s’est transformé lorsque les auteurs ont décidé de confier ce second rôle à une femme. Élodie Fontan incarne une Raphaëlle aussi rigide qu’émouvante, parfaite contrepartie au Gabriel lunaire et touchant joué par Romain Lancry. Ce changement de dynamique apporte fraîcheur et originalité à un genre souvent balisé.

Comment filmer des êtres que les humains ne peuvent ni voir ni entendre ? C’est le défi qu’a relevé Vladimir Rodionov en élaborant une grammaire visuelle et sonore spécifique : apparitions/disparitions, jeux de regards, scènes tournées deux fois (avec et sans anges), un travail d’orfèvre jusqu’au montage et au mixage. L’envers du monde devient ainsi un véritable terrain de jeu cinématographique.

Avec Anges & Cie, Vladimir Rodionov et Romain Lancry signent une œuvre drôle, tendre et intelligente, qui interroge la part de magie et de hasard dans nos vies. Soutenu par un casting inspiré et une approche narrative multiple, c’est une belle surprise dans le paysage de la comédie française contemporaine.

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