Babygirl : Romy a tout pour être heureuse : un mari aimant, deux filles épanouies et une carrière réussie. Mais un jour, elle rencontre un jeune stagiaire dans la société qu’elle dirige à New York. Elle entame avec lui une liaison torride, quitte à tout risquer pour réaliser ses fantasmes les plus enfouis…
AVIS GLOBAL
À l’aube des cérémonies de remise de prix, Babygirl était l’un des petits favoris. Primé à la Mostra de Venise en 2024, nommé aux Golden Globes, tout laissait à croire que ce film serait l’un des plus grands de l’année. Malheureusement, il n’en est rien. S’il a su trouver son public, il se révèle être une œuvre particulièrement ratée, qui brûle chaque bon point qu’il essaie de montrer à ses spectateurs.

Quelques bons points
Vous l’aurez compris avec la note, Babygirl n’est pas un film qui convainc. Cependant, on ne peut pas lui enlever quelques superbes idées.
En effet, la mise en scène de Halina Reijn est particulièrement belle, du moins d’un point de vue purement esthétique. La réalisatrice néerlandaise prend son temps pour nous proposer des plans assez bien cadrés qui mettent en valeur ses acteurs. Elle est une adepte des images colorées, ce quie entre parfaitement dans l’esprit du film. À noter une scène se passant dans une boîte de nuit. Elle est clichée et pas nécessaire, mais elle arrive à faire rentrer le spectateur dans la même transe que Romy.
Reijn fait également le bon (et seul bon) choix de filmer toutes les scènes d’intimité sans pour autant exploiter le corps des acteurs. Le female gaze est omniprésent et cela fait du bien, en particulier dans un film traitant d’un sujet qui pourrait être mis en scène de façon extrêmement grossière et putassière. Il est d’ailleurs tellement présent que même un spectateur qui n’y connaît rien pourrait s’en rendre compte.
Une émancipation sexuelle qui devient problématique
Si la mise en scène de Babygirl est plutôt réussie, c’est bien son scénario qui ne tient pas la route. Le film commence et on a l’impression d’assister plus à un téléfilm M6 de luxe qu’à un véritable thriller érotique comme seules les années 80/90 savaient les faire. Cela est à la fois un problème (le film a été vendu comme un thriller érotique) et un bon point (rare sont les films qui parodient les mauvais téléfilms). On se laisse donc porter par cette succession de petites scènes entre Kidman et Dickinson, un jeu de séduction qui commence dès les cinq premières minutes, mais qui finit par s’éterniser. On s’ennuie ferme devant le début du film. Il nous propose rien et tourne en rond alors qu’on ne connaît pratiquement rien sur les personnages.
Lorsque la liaison commence, au bout d’une vingtaine de minutes, on s’attend à une véritable relecture de ces jeux de dominations et soumissions qui ont été, jusque-là, traités de façon abjecte par des 50 nuances de Grey et autres 9 semaines 1/2. Mais il n’en est rien. Ces scènes semblent exister seulement pour créer des memes (la scène du verre de lait) et sont, surtout, extrêmement sages. Au final, la scène la plus intéressante à analyser sous un prisme sociologique est la toute première. À l’image d’Emmanuelle d’Audrey Diwan, la première scène de sexe de Babygirl nous propose un portrait de femme frustrée, qui ne sait pas comment aborder ses désirs et ses pulsions à son partenaire et qui s’efface complètement pour ne pas « gêner » son mari.
Cette liaison avec ce stagiaire peut être une belle occasion pour Romy d’être libre et de vivre une sexualité épanouie. Malheureusement, l’histoire va exactement là où vont les téléfilms M6 de l’après-midi. Sans vraiment de spoilers, cette liaison, comme la plupart des liaisons dans le cinéma, ne peut pas être positive. Cette « relation interdite » va d’ailleurs stagner pendant très longtemps sur une série de ruptures et de rabibochages jusqu’à ce qu’elle ne trouve son apogée et sa stabilité sur la base… d’un chantage de la part du personnage de Harris Dickinson ! Autant vous dire qu’après une scène aussi lunaire, suivie d’une longue scène de domination ou Nicole Kidman semble adorer ce qu’elle vit, le film nous perd complètement.
Si certains verront en Samuel un homme qui découvre ce type de sexualité, il est évident qu’il est toxique. Et cet homme toxique est romantisé jusqu’à la dernière minute. C’est un donneur de leçon qui fait des discours sur la sexualité et comment elle doit être perçue. On souffle devant ce film qui ne vaut pas mieux qu’un dans son intrigue qu’un thriller minable des années 80. Par ailleurs, la fin est présentée d’une certaine manière qui tombe comme un cheveu sur la soupe. En effet, Halina Reijn a réalisé qu’elle ne pouvait pas non plus être trop dure avec son personnage principal, sous peine de perdre tout son soit disant propos féministe.
Un casting gênant
Alors que sa performance est vendue comme l’une des plus grandes de sa carrière, Nicole Kidman est finalement extrêmement décevante. Parodiant une énième fois son rôle de prédilection (femme riche en proie à des problèmes dans ses relations), elle interprète également son personnage comme une enfant à certains moments, ce qui rend ses scènes d’intimité particulièrement gênantes, là ou elles étaient plutôt censées être montrées de façon positive. Cette façon de jouer pourrait être liée au passé souvent mentionné du personnage de Romy, encore faudrait-il le développer dans le long métrage.
Harris Dickinson, acclamé pour sa performance toute en subtilité, est lui aussi particulièrement malaisant. Il est fade la plupart du temps, et on ne croit presque pas à son personnage lorsqu’il s’agit d’être dominant. L’acteur britannique ne fait aucun effort pour rendre son personnage crédible. Il surfe juste sur son statut tout récent de sex-symbol sans montrer une seule émotion tout au long du film.
On ne parlera pas d’Esther Rose McGregor, qui était sympathique dans La Chambre d’à côté d’Almodóvar. Elle est le symbole d’une jeunesse libérée sur le plan sexuel qui devient malaisante lors de scènes avec sa mère. Au milieu de ce désastre, seul Antonio Banderas s’en sort avec les honneurs. Malgré tout, son rôle est terriblement rasoir et encore plus moralisateur dans sa symbolique qu’une Anne Archer dans Liaison fatale d’Adrian Lyne.
En conclusion
Babygirl est une qu’une grande déception, c’est un navet comme on pensait ne plus en faire. Faire du female gaze et maîtriser les scènes de sexe ne fait pas d’un film un symbole féministe. Tout comme le faisait la série Liaison fatale avec Joshua Jackson et Lizzy Caplan, le film brûle toutes ses bonnes idées de réalisation dans un scénario affligeant qui ne semble bien plus être là pour une énième mise en scène de fantasmes masculins qu’une véritable œuvre sur le désir féminin. Cela peut sembler un peu exagéré, mais Babygirl est quasiment au même niveau que 50 nuances de Grey..
Si vous voulez voir un film de ce genre, autant voir un téléfilm de l’après-midi. Pour voir un film où le BDSM est montré d’une belle manière, on vous recommande La Secrétaire de Steven Shainberg. Avec moins de budget et une excellente Maggie Gyllenhaal, ce film de 2002 vaut bien tous les Babygirls du monde.
15 janvier 2024 au cinéma | 1h54m | Drame, érotique
De Halina Reijn | Par Halina Reijn
Avec Nicole Kidman, Harris Dickinson, Antonio Banderas

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