Synopsis : « Qu’est-ce que c’est, aller au cinéma ? Pourquoi y allons-nous depuis plus de 100 ans ?Je voulais célébrer les salles de cinéma, leurs magies. Aussi, j’ai suivi le chemin du jeune Paul Dédalus, comme le roman d’apprentissage d’un spectateur. Nous avons mêlé souvenirs, fiction, enquêtes… Un torrent d’images qui nous emporte. »
AVIS GLOBAL
Présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, le dernier film d’Arnaud Desplechin est loin d’être son plus accessible. En plus des quelques scènes de fiction durant lesquelles l’on suit Paul Dedalus, le personnage qu’il a créé en 1996, dans « Comment je me suis disputé… ma vie sexuelle », et fait évoluer tout au long de sa filmographie, le film convoque également le documentaire, l’essai et l’autoportrait pour nous proposer une oeuvre d’une très grande richesse.

Aller au cinéma, c’est quoi ?
Une large partie du long métrage est en effet consacrée à une vaste réflexion sur le cinéma et sur ce que représente le statut de spectateur pour le réalisateur, mais également pour des intervenants à qui il a décidé de donner la parole.
Ultra théorique, le film en refroidira certainement plus d’un, mais en passionnera d’autres, notamment lorsqu’il nous livre de véritables leçons de cinéma, comme si nous étions étudiants à la Fémis. Une séquence avec Micha Lescot en Professeur des Universités nous raconte de manière éclairante, par exemple, que le passage du théâtre au cinéma correspond dans l’Histoire à l’introduction de la démocratie participative. Ainsi, de la même façon que chaque électeur délégue désormais son vote à un député, le spectateur délégue son point de vue au réalisateur. Ce point de vue ne dépendant plus, comme au théâtre, de l’endroit depuis lequel il appréhendait le spectacle depuis la salle. Passionnant.
Voilà donc le genre de réflexions développées tout au long de ce film tout à fait singulier qui fait se mêler interviews et souvenirs personnels à des extraits de films cultes (53 sont cités dans le film !), illustrant la richesse de ce média qui nous réunit tous dans les salles obscures et nous fait tant vibrer.

5 Paul Dédalus pour le prix d’1
Dans les passages fictionnels, l’originalité réside dans le fait que l’on suit le personnage mythique de Paul Dedalus, double fictionnel du réalisateur, interprété par cinq acteurs, à différents moments de sa vie, du petit garçon qui découvre la salle de cinéma au cinquantenaire, joué par celui qui lui a le plus prêté sa voix à l’écran, Mathieu Amalric.
Parmi les autres, l’on est heureux de retrouver le jeune Milo Machado-Graner, qui nous avait impressionné dans Anatomie d’une Chute, en adolescent qui cherche à obtenir un ticket pour voir Cris et Chuchotements alors qu’il n’a pas encore l’âge. Quel plaisir également de revoir la toujours exceptionnelle et bouleversante Françoise Lebrun, en grand-mère qui emmène ses deux petits enfants pour la première fois au cinéma.
« Spectateurs ! » ou « Spectateur ?«
Ces acteurs professionnels ne sont pas les seuls personnages du film, ce dernier donne aussi la parole à des spectateurs lambda, en les interrogeant sur leurs habitudes et souvenirs de spectateurs, ainsi qu’à toutes sortes d’intervenants. Mais c’est petit à petit autour des propres souvenirs du réalisateur que le film s’articule, notamment lorsqu’il évoque longuement Jacques Lanzmann et la première projection de son monumental documentaire Shoah.
En rendant hommage aux salles de cinéma et en s’interrogeant sur les motivations de ceux qui s’y rendent, le film parvient, à défaut d’émouvoir, à produire une pensée et des réflexions qui résonneront chez tout cinéphile. Comme par exemple, lorsqu’il nous explique pourquoi il peut être important parfois d’aller voir un même film trois fois : la première pour découvrir, la deuxième pour admirer et la troisième pour apprendre.
Pour autant, certains reprocheront au réalisateur d’imposer ses propres références pour, au final, parler essentiellement de lui et réduiront le film à un plaisir personnel et auto-centré qui finit par délaisser les spectateurs pourtant mis en avant dans le titre.
En conclusion
Spectateurs ! est un film qui assume totalement son côté « intello » et foisonnant mais aussi et surtout une belle déclaration d’amour au cinéma qui parviendra malgré tout à toucher les plus passionnés de par la finesse de son propos et la nostalgie véhiculée par les images qu’il convoque, qui donnent envie de se précipiter dans les salles pour toujours plus d’émotions.
15 janvier 2025 au cinéma | 1h28m | Drame, documentaire, essai
De Arnaud Desplechin | Par Arnaud Desplechin
Avec Françoise Lebrun, Mathieu Amalric, Milo Machado-Graner & Micha Lescot

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