La Chambre d’à côté – Moore et Swinton contre la mort

Synopsis : Ingrid et Martha, amies de longue date, ont débuté leur carrière au sein du même magazine. Lorsqu’Ingrid devient romancière à succès et Martha, reporter de guerre, leurs chemins se séparent. Mais des années plus tard, leurs routes se recroisent dans des circonstances troublantes…

AVIS GLOBAL

Note : 3.5 sur 5.

Après deux courts-métrages en anglais, Pedro Almodóvar, roi du cinéma espagnol, s’attaque au long-métrage avec La Chambre d’à côté. Ce face-à-face entre Julianne Moore et Tilda Swinton s’avère-t-il être une réussite ?

La Chambre d’à côté | Sony Pictures Classic

Une thématique d’actualité

Pour ce film, Almodóvar s’attaque à un sujet sociétal particulièrement discuté depuis quelques années : la question de la fin de vie. Et il se trouve que le réalisateur espagnol aborde ce sujet, qui est malheureusement encore trop tabou, d’une façon telle qu’on ne peut qu’être ému lorsque défile le générique de fin.

Ce sujet est abordé avec une grande douceur et une grande tendresse, évitant tout le malaise qu’il peut créer, alors qu’il ne le devrait pas. Cela permet même de s’attacher encore plus aux deux protagonistes, dont l’écriture est particulièrement fine. Ce sujet donne par ailleurs lieu à des situations aussi drôles que bouleversantes. Almodóvar joue sur des éléments du quotidien, comme des portes ou des transats, qui deviennent, devant sa caméra, aussi bien synonyme de fatalité que d’espoir.

Par ailleurs, le film se divise en deux parties. La première, nous racontant des bribes de l’histoire du personnage de Tilda Swinton, est peut-être un peu trop longue et peu intéressante par rapport à la grandeur de ce que nous raconte la suite.

Une mise en scène toute en légèreté

Si elle se révèle particulièrement sobre comparée aux anciens films du réalisateur espagnol, la mise en scène n’en reste pas moins très efficace quand il s’agit de filmer les deux actrices principales. Le film est assez lent, contemplatif, notamment lorsqu’il s’agit de filmer la neige qui tombe aux moments clé. Ces scènes ajoutent de la poésie à ce film qui n’en manque déjà pas.

Almodóvar ne fait pas de grandes envolées avec sa caméra, préférant des plans fixes qui permettent d’arrêter le temps et d’observer les décors, qui sont extrêmement beaux. On a également l’impression que le temps s’arrête et l’ambiance générale du long-métrage est presque onirique, tout en gardant un pied dans le réel. Est-ce dû à un stade avancé de sa carrière que Pedro Almodóvar fait un film plus lent et contemplatif, lui qui fût, pendant longtemps, un des rois du style « camp » ? En tout cas, sa mise en scène correspond totalement à l’ambiance de l’intrigue, malgré quelques scènes un peu lunaires qui montrent qu’il y a toujours la patte du metteur en scène derrière la caméra.

La Chambre d’à côté | Sony Pictures Classic

Un duo exceptionnel

Une des grandes questions qui se pose lorsqu’un réalisateur étranger tourne avec un casting parlant une autre langue est celle de la compatibilité entre ces deux univers. En effet, un casting américain peut-il être à la hauteur de l’énergie d’un cinéma espagnol ?

La Chambre d’à côté étant un film plutôt lent en termes de rythme, le casting s’en sort très honorablement. Quelques seconds rôles sont d’ailleurs tenus par des acteurs hispanophones. Parmi les seconds rôles, très peu arrivent à se démarquer, étant principalement à l’écran le temps de quelques minutes. On peut noter tout de même John Turturro, très juste en ami et confident de Julianne Moore et Alvise Rigo dans le rôle d’un coach sportif qui a certainement l’une des plus belles scènes du film.

Mais il est impossible de parler de ce film sans parler des deux grandes femmes qui interprètent les personnages principaux : Julianne Moore et Tilda Swinton. Si Tilda Swinton avait déjà collaboré avec Almodóvar dans le court-métrage La voix humaine (très réussi), c’est une première pour Julianne Moore, qui se révèle être un excellent choix de casting. Elle s’intègre étrangement bien à l’univers du cinéaste et offre ici l’une de ses plus grandes performances, toute en sobriété et en finesse. Elle bouleverse à la moindre scène et donne une humanité folle à son personnage. Swinton, quant à elle, est également très bonne. Elle est un peu plus dans l’étrangeté que Moore, est parfois très lunaire, mais cela colle parfaitement à son personnage. Avec un seul regard elle nous transporte dans son for intérieur et on est immédiatement en empathie avec son personnage, malgré certaines de ses actions qui peuvent être discutables.

En conclusion

Malgré une première partie peut-être un peu trop longue et qui peine à introduire son concept, La Chambre d’à côté est définitivement un film à voir. Film très singulier dans la filmographie singulière d’un cinéaste unique, on est ému, on réfléchit et on finit emporté par cette œuvre d’une beauté et d’une poésie visuelle comme seules Almodóvar sait les faire. Julianne Moore et Tilda Swinton brillent dans leurs rôles et nous aident, spectateurs, à faire face à ce sujet si lourd qu’est la mort avec un peu plus de légèreté et de beauté. À voir d’urgence, au moins pour son duo d’actrices.

8 janvier 2024 au cinéma | 1h47m | Comédie dramatique

De Pedro Almodóvar | Par Pedro Almodóvar

Avec Julianne Moore, Tilda Swinton, John Turturro

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

categories

subscribe to my blog