BIRD – Un conte social qui s’envole vers le fantastique

Bird : À 12 ans, Bailey vit avec son frère Hunter et son père Bug, qui les élève seul dans un squat au nord du Kent. Bug n’a pas beaucoup de temps à leur consacrer et Bailey, qui approche de la puberté, cherche de l’attention et de l’aventure ailleurs.

AVIS GLOBAL

Note : 4 sur 5.

Après Fish Tank et American Honey, la réalisatrice britannique continue de s’intéresser à une jeunesse marginale et en construction. Elle pose cette fois-ci sa caméra dans une banlieue du sud de l’Angleterre, pour nous proposer une fable contemporaine marquante, à travers une histoire d’amitié originale.

Bird | Ad Vitam Distribution

Mélange des genres

Bird est l’histoire du passage à l’adolescence d’une jeune fille qui doit chaque jour lutter et composer avec les lourdes chaînes de son environnement social et familial. Elle y parvient en se réfugiant dans l’imaginaire, par une sorte de sublimation de son quotidien, retranscrite dans des scènes très poétiques où elle filme ce qui l’entoure avec son téléphone portable puis le projette sur le mur de sa chambre, ou dans l’amitié si particulière qu’elle noue avec cet homme-oiseau, que l’on ne peut s’empêcher de se demander s’il est bien réel.

C’est aussi un film passionnant d’un point de vue sociologique, dans la façon qu’il a de dépeindre la misère sociale dans laquelle vivent les classes anglaises les plus populaires. Il serait d’ailleurs sacrilège de regarder le film en VF, tant l’accent des personnages se révèle être un marqueur social à part entière. Outre l’accent, c’est au détour de petits détails ou de plans furtifs qu’est illustré ce déclassement social : des enfants livrés à eux-mêmes qui dorment sous des couettes sans draps, des ados qui dorment tout habillés, des petites filles en surpoids, des jouets en plastique abandonnés dans un jardin défraîchi… autant d’instantanés qui ont une valeur quasi documentaire. Ici, aucune scène témoignant d’une quelconque forme de structuration sociale (on ne mange jamais, on dort à peine…).

Le film a donc l’originalité de coupler une chronique sociale à un récit plus onirique, qui ose même injecter une touche de fantastique. Il alterne donc entre le sordide et des parenthèses d’une belle poésie où chaque détail, aussi glauque soit-il, est sublimé soit par la caméra de la réalisatrice, soit par celle du téléphone portable de son héroïne, moments durant lesquels une part belle est faite aux animaux (oiseaux, bien sûr, mais aussi chevaux, mouches, papillons…) et aux éléments de la nature (le vent, les champs, la mer…).

Bird | Ad Vitam Distribution

Une mise en scène virevoltante

Si l’on peut reprocher au film quelques tics de réalisation comme cette caméra à l’épaule utilisée de manière excessive (mais qui cherche à retranscrire toute la fougue, la rage et l’électricité de son personnage principal), ainsi que quelques longueurs, ces défauts sont compensées par une bande son rock et déjantée très présente qui vient apporter beaucoup d’énergie et de rythme.

Certains trouveront que ces deux éléments de mise en scène ont pour effet d’un peu trop styliser et rendre « cool » une réalité sociale et un quotidien qui ne le sont pas. D’autres diront que cela résulte d’une volonté de ne pas tomber dans le misérabilisme et de diffuser un message optimiste, comme les deux séquences karaoké du film qui viennent apporter lumière et émotion, et à l’image de l’expression « Don’t you worry », que l’héroïne rencontre plusieurs fois sur son chemin, taguée sur un mur ou gravé dans un ascenseur.

Le film repose aussi sur la singularité de ses interprètes. L’on retrouve avec plaisir le toujours très intriguant Franz Rogowski, déjà repéré dans Disco Boy et Passages en 2023, acteur décidément atypique qui vient une fois de plus marquer le film de son empreinte. La jeune Nykiya Adams, pourtant non professionnelle, impressionne par l’intensité de son regard et de son jeu. Elle ne correspondait pourtant pas à l’image qu’Andrea Arnold avait en tête pour ce rôle, alors cette dernière a réécrit le scénario pour elle. Quant à Barry Keoghan, révélé par ses rôles dans The Banshees of Inisherin et le sulfureux Saltburn, il parvient à rendre ce jeune père largué et totalement immature, très attachant.

Bird | Ad Vitam Distribution

CONCLUSION

Bird fut l’un des coups de cœur de la sélection cannoise 2024 mais il ne figura malheureusement pas au palmarès. Il reste néanmoins la première claque ciné de cette nouvelle année. Un film « coming of age » qui reste en tête longtemps après l’avoir vu.

1er janvier 2025 en salle | 1h58min | Comédie dramatique

De Andrea Arnold | Par Andrea Arnold

Avec Nykiya Adams, Franz Rogowski et Barry Keoghan

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