Synopsis : France, 2039. Une nuit, des activistes traqués par l’Etat, disparaissent sans laisser aucune trace. Julia Bombarth se trouve parmi eux. A son réveil, elle se découvre enfermée dans un monde totalement inconnu : PLANÈTE B.
AVIS GLOBAL
Dans cet univers oppressant, les militants cherchent désespérément à comprendre comment s’échapper. Parmi eux, Julia Bombarth, une militante renommée dans son domaine, est prête à tout pour retrouver le monde réel. Entourée de plusieurs compagnons de lutte, elle s’efforce de décrypter les mystères de cette prison virtuelle, de plus en plus angoissante et traumatisante.
Parallèlement, l’histoire nous mène à Nour, une migrante ayant fui la guerre dans son pays, qui travaille comme femme de ménage dans une base militaire. Le destin de Nour et Julia finit par s’entrelacer dans une intrigue captivante et poignante.
Avec ce film, Aude Léa Rapin nous livre un véritable bijou du cinéma de genre, une rareté en France. Elle explore des thématiques brûlantes telles que le traitement des migrants, le réchauffement climatique et la dérive autoritaire d’une classe politique tyrannique.

Des personnages féminins forts
L’un des grands atouts de ce film réside dans son casting majoritairement féminin. Les rôles principaux sont interprétés par les talentueuses Adèle Exarchopoulos, récemment vue dans L’amour ouf, et Souheila Yacoub, remarquée dans Les femmes au balcon. En outre, les personnages féminins secondaires prennent aussi une place essentielle dans le récit, portés par des actrices comme India Hair, Eliane Umuhire et Léo Chalié.
La science-fiction étant un genre encore trop souvent dominé par des personnages masculins, la réalisatrice casse les codes et met en lumière des figures féminines fortes, marquantes et essentielles dans cet univers futuriste. Chacune, à sa manière, incarne une forme de résistance, qu’elle soit active sur le terrain ou plus subtilement dans les coulisses.

Des enjeux sous-exploités
Si l’univers de la prison virtuelle et des tortures numériques est particulièrement bien développé, offrant une immersion fascinante, le film pèche par un manque de profondeur concernant le monde de 2039. On découvre un groupe de résistants écologistes, mais les enjeux politiques et le pouvoir en place restent trop flous.
Quelques éléments de contexte sont tout de même abordés, notamment à travers le personnage du père de Julia, qui évoque les ravages écologiques et sanitaires causés par le régime. Toutefois, hormis cette scène et une ouverture saisissante montrant les militants en action, le reste manque de substance. Ce défaut rend difficile une immersion complète dans les problématiques de 2039, pourtant très proches des préoccupations de 2024.
Une prison virtuelle terrifiante
Le véritable point fort du film réside dans son exploration de la prison virtuelle. Ce lieu, qui pourrait au premier abord sembler luxueux en comparaison des prisons classiques, se révèle être un outil de torture psychologique sophistiqué. Les détenus, coupés du monde extérieur et de leurs proches, subissent des cauchemars oppressants destinés à les briser mentalement et à les « punir » pour leurs actions militantes.
Enfermés dans cet univers sans espoir, ils sont incités à se dénoncer mutuellement, créant des divisions et les poussant peu à peu vers la folie. Pire encore, leurs proches ignorent tout de leur sort, plongés dans une détresse insoutenable à chercher des disparus que personne ne sait où trouver. Pendant ce temps, le monde extérieur reste dans l’ignorance totale de l’existence de cette prison virtuelle.

Une immersion saisissante
Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce film, c’est la richesse de sa réalisation. Que ce soit la conception du monde futuriste, l’intrigue haletante et oppressante qui nous tient en haleine, ou encore la musique captivante, tout contribue à une immersion totale. Chaque détail de cet univers a été travaillé avec soin, nous projetant dans une vision troublante et crédible de ce que pourrait devenir la France dans un futur proche si aucune action n’est entreprise face aux crises actuelles.
En fin de compte, ce film est une véritable réussite. Aude Léa Rapin ose prendre des risques en offrant un thriller de science-fiction à la française, un genre peu exploré dans le cinéma français. Avec des thématiques actuelles et une narration percutante, ce pari audacieux se révèle captivant. Espérons que cette œuvre incitera à réfléchir sur l’avenir qui nous attend si nous restons inactifs face aux enjeux climatiques, sociaux et politiques.
25 décembre 2024 en salle | 1h 58min | Science Fiction, Thriller
De Aude Léa Rapin | Par Aude Léa Rapin
Avec Adèle Exarchopoulos, Souheila Yacoub, Eliane Umuhire

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