Nosferatu – Un remake qui se casse les dents

Nosferatu : Remake du film « Nosferatu le vampire ». Hutter est envoyé par son maître pour finaliser un accord avec le comte Orlok. Cependant, il apprend bientôt qu’Orlok est un vampire qui a les yeux rivés sur Ellen, la femme de Hutter.

AVIS GLOBAL

Note : 2.5 sur 5.

Nosferatu est au cinéma ce qu’est Dracula à littérature, c’est-à-dire une œuvre fantastique charnière à laquelle tout réalisateur doit se confronter, consciemment ou non. En 1979, Werner Herzog a décidé le faire directement via un remake du chef d’œuvre de Murnau, un choix audacieux qui a payé. 45 ans plus tard, il faut être encore plus téméraire pour passer après deux monuments du cinéma. Robert Eggers l’est, mais contrairement à son prédécesseur cela n’a pas payé.

Nosferatu | Universal Pictures France

Nosferat-où ?

Avec les trois Nosferatu il est possible de tracer une ligne droite vers Dracula. Chaque film reprend de plus en plus la trame du roman de Bram Stoker. Est-ce véritablement un problème étant donné que ce sont des œuvres identiques ? Et bien, oui. Murnau n’avait aucunement le choix de modifier le récit original. Herzog, lui, n’avait pas ce problème et a même repris les noms originaux des personnages.

Cependant, le réalisateur allemand a tout de même détourné l’histoire, notamment les caractères de Dracula et Van Helsing, pour lui offrir une nouvelle interprétation rendant son Nosferatu plus proche de celui de Murnau que du roman. Il a même eu le génie de reprendre des plans iconiques du classique de l’expressionnisme pour se les réapproprier, ce qu’Eggers ne fait pas.

Le réalisateur américain revient certes aux noms de 1922, mais il plonge à bras ouvert dans le roman, ou plutôt dans son adaptation la plus célèbre. En effet, il y a beaucoup du Dracula de Bram Stoker dans son film, en particulier dans la relation très sexualisé entre Ellen et le comte Orlock. Eggers place certes par-ci par-là des plans faisant référence à Herzog, mais dans tous les cas il ne fait que singer sans comprendre ce qui a été fait avant. Nous avons juste l’impression de regarder quelque chose que nous avons déjà vu, mais en moins bien. À l’instar d’Orlock, le Nosferatu d’Eggers manque d’âme.

Un vampire violent et sensuel… encore

Dans cette nouvelle adaptation, Eggers y ajoute du gras avec du sexe et de la violence. Comme pour la filiation avec Dracula, à chaque Nosferatu il est possible de tracer une ligne vers ces thèmes. Les précédentes œuvres ont eu l’intelligence de ne pas arriver à destination. Cela peut être vu par Eggers comme un moyen de se démarquer, toutefois en agissant de la sorte il a plutôt fait preuve de facilité.

Le réalisateur reste en revanche un très bon faiseur d’image avec des plans symétriques millimétrés et des mouvements de caméra toujours précis. Il faut cependant avouer que cela devient très vite lassant. Nous retrouvons par exemple souvent le champ contrechamp suivi d’un panoramique pour lier deux espaces scindés. Nous comprenons que ce mouvement de lier des idées contraires comme la vie et la mort, toutefois il le fait si régulièrement cela devient fatigant.

Eggers agit globalement presque mécaniquement. Il met une musique forte pour renforcer l’effroi parce qu’il doit la mettre, il met un jumpscare parce qu’il faut le mettre, il met une séquence mystique parce qu’il en faut au moins une, il représente l’enfermement de Thomas par des surcadrages parce que c’est comme ça qu’il faut faire… Tout ceci participe au manque de personnalité du métrage et c’est bien dommage car le cinéaste n’est pas en manque d’idées.

Eggers entre deux canines bien aiguisées

Eggers essaie tant bien que mal de mélanger les deux précédents Nosferatu, en jonglant entre le gothique et l’expressionnisme du premier, et le mysticisme et l’austérité du second. Pour ce dernier, le réalisateur contrebalance souvent le gris de l’image par des teintes chaudes qui, au lieu d’être rassurantes, plongent le métrage en Enfer. Néanmoins, c’est dans son rapport avec le film de Murnau que ce remake est plus fort.

Le comte, comme de coutume, est assimilé à l’obscurité. C’est par elle qu’il domine les autres comme nous pouvons le constater avec Thomas qui est plongé dans le noir lorsqu’il signe le contrat, ou plus directement avec l’ombre de sa main s’emparant de la ville. Telle l’obscurité, il est partout et agit en conséquence. Du voyage de Thomas dans les Carpates jusqu’à sa fuite, c’est là où le surnaturel fait le plus d’effet. Le vampire brise l’espace et le temps dans de longs plans où soit lui, soit Thomas, passe d’un lieu à un autre dans des transitions parfaites. Cependant, c’est sur Ellen qu’il a le plus d’influence.

Le comte agit différemment avec la jeune femme car nous sommes face à un cas de possession. Nous retrouvons donc des séquences rappelant L’Exorciste bien qu’elle soit moins impactantes que dans le classique de Friedkin. Le travail de l’ombre d’Orlock reste dans l’ensemble efficace bien qu’il s’efface dès qu’il est visible. Le vampire se dévoile de plus en plus au cours du métrage, nous révélant ainsi son étrange physique. Nous comprenons l’idée de la moustache rappelant Vlad Tepes, l’homme à l’origine du mythe. Il en va de même pour le souhait d’Eggers de s’éloigner de Max Schreck.

Ce sont des choix louables, toutefois, ils ne fonctionnent pas. Les précédentes interprétations du personnage étaient davantage effrayantes, tandis que là, il est ridicule. C’est dommageable, car même s’il ne supporte pas la comparaison avec les deux autres, nous ne pouvons que saluer la volonté de changer.

Nosferatu | Universal Pictures France

Romance mortellement toxique

Cette volonté de changement est symbolisée par celui mineur de la relation entre Ellen et Orlock. Elle est ici explicite comme en témoigne la première séquence totalement inédite. Ce Nosferatu aborde plus profondément le thème de la frustration déjà abordé dans le film d’Herzog. Nous pouvons le voir lors du réveil d’Ellen avec la caméra qui sort du lit quasiment en même temps que Thomas qui sort de la pièce. Dès cette séquence, nous comprenons que le métrage va tourner autour du lit conjugal.

Dans cette optique, Orlock est la représentation des envies d’Ellen. Le comte pourrait presque être considéré comme un ex petit ami dont l’ombre plane toujours. Il la possède encore, et notamment le lit qui a une forme de château. Ainsi, ce n’est clairement pas le terrain de Thomas. C’est même dit explicitement – voire même trop – lorsque le couple se dispute.

Le mari est tout aussi victime que sa femme de la masculinité toxique d’Orlock. Au château, il est littéralement soumis à lui au point de lui offrir Ellen sur un plateau. Si on ajoute ce qu’il fait subir aux Harding, le vampire se présente alors comme le destructeur des familles, et par la même occasion celui de Noël. Le métrage se déroulant durant cette période, nous voyions beaucoup le symbole de la croix au détour des portes et des fenêtres. Ces éléments, censés stopper le comte, sont des barrières qu’Orlock franchit aisément ce qui lui permet de pénétrer dans les familles et de les briser.

Conclusion

Au cinéma, le péché d’orgueil n’existe pas lorsqu’il est question de réadapter un chef d’œuvre comme Herzog a pu le prouver. Néanmoins, il est essentiel d’apporter sa propre vision pour que cela fonctionne, et Eggers en manque. Le cinéaste s’embourbe dans un hommage vide tout en grossissant le trait sur des thématiques déjà évidentes. Dommage pour un réalisateur dont l’ombre de Nosferatu a toujours plané sur sa filmographie.

25 décembre 2024 en salle | 2h 12min | Epouvante-horreur

De Robert Eggers | Par Robert Eggers

Avec Lily-Rose Depp | Nicholas Hoult | Bill Skarsgard

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