En Fanfare – Quand la musique est bonne

Synopsis : Thibaut est un chef d’orchestre de renommée internationale qui parcourt le monde. Lorsqu’il apprend qu’il a été adopté, il découvre l’existence d’un frère, Jimmy, employé de cantine scolaire et qui joue du trombone dans une fanfare du nord de la France. En apparence tout les sépare, sauf l’amour de la musique. Détectant les capacités musicales exceptionnelles de son frère, Thibaut se donne pour mission de réparer l’injustice du destin. Jimmy se prend alors à rêver d’une autre vie…

AVIS GLOBAL

Note : 3 sur 5.

Une comédie sociale sympathique, dont la vocation première est de fédérer autour de valeurs telles que la fraternité et la solidarité, tout en rendant un bel hommage à la culture de la fanfare. Les ficelles laissent cependant transparaître que tout est un peu trop calibré pour cartonner auprès du grand public.

Deux acteurs au diapason

Après son très beau rôle dans Jeanne du Barry, quel plaisir de voir Benjamin Lavernhe s’éloigner une nouvelle fois des personnages odieux ou manipulateurs dont il fut un temps coutumier (Antoinette dans les Cévennes, De Grandes Espérances…). Confondant de naturel, il démontre une fois de plus l’étendue de son talent et le film aurait vraiment pu basculer dans quelque chose de nettement plus grossier avec un autre acteur, moins subtil et ne partageant pas la même sensibilité.

Il est décidément un très grand comédien qui donne ici parfaitement la réplique à son partenaire, Pierre Lottin, très touchant, et qui brille également par son authenticité, même si l’on peut regretter de le voir ne pas s’éloigner de sa zone de confort et incarner une fois de plus le même genre de personnage d’écorché provincial. Un rôle qui devrait toutefois valoir à son interprète une nomination en tant que Révélation Masculine aux prochains César.

La complicité des acteurs grandit au fil que le film avance, notamment lors d’une jolie scène sur fond de Laissez-moi danser de Dalida, et lorsqu’ils se découvrent des passions et des goûts communs, de manière assez inattendue, tant pour eux que pour le spectateur, grâce à une caractérisation des personnages plus fine que celle à laquelle l’on pouvait s’attendre.

Un film au fond pas si prévisible…

L’on peut mettre également au crédit du film sa volonté de ne pas tomber dans la caricature lorsqu’il s’agit d’aborder la question des rapports de classes. Il reste en permanence sur une ligne de crête qui pourrait le faire basculer à tout moment vers le téléfilm TF1 du lundi soir (avec des dialogues parfois maladroits comme « Si tu avais été élevé ici, tu aurais eu un prénom normal, genre Jordan, un truc comme ça »), mais il parvient à sauver les meubles en ne tombant pas dans la facilité d’une histoire convenue qui serait écrite d’avance (le frère chef d’orchestre bobo qui coache et mène à la victoire la fanfare « plouc » du frère après moult péripéties) et grâce à un regard sur les classes populaires qui se veut toujours tendre et jamais moqueur ni condescendant.

Pour autant, les scènes qui reposent sur des interactions entre les vrais membres d’une fanfare locale se révèlent les plus faibles car elles pêchent par un jeu peu convaincant de la part de ces derniers, non professionnels. Autant de personnages traités avec respect et humanisme néanmoins et qui permettent de mettre en avant une pratique tellement ancrée dans la culture des régions du nord de la France.

… mais avec trop de facilités dans la forme

Si certains apprécieront que le récit à un rythme assez soutenu, d’autres reprocheront au scénario d’abuser de l’ellipse pendant toute une première partie assez bâclée, pour ensuite faire du sur place et ne miser que sur un sursaut scénaristique final, qui ne peut laisser insensible. Le film se conclut d’ailleurs par un modèle de scène « tire-larmes », sur fond de Boléro de Ravel, qui exaspérera autant de spectateurs qu’elle en fera chavirer.

Nombreuses sont les séances qui se terminent par les applaudissements de la salle, mais des applaudissements provoqués davantage par la façon dont est construite cette scène (montage, musique…) que par les qualités du film dans son ensemble.

CONCLUSION

En Fanfare incarne une forme de cinéma populaire (au sens positif du terme), au succès garanti, qui fédère en véhiculant de belles valeurs de fraternité, tout en restant assez faible cinématographiquement parlant et plutôt convenu dans son propos, mais dont la mission première est de réchauffer les cœurs. Il ne sert donc pas à grand chose de trop théoriser ni décortiquer, au risque de gâcher le plaisir de ceux qui se laisseront embarquer. Et ils sont déjà très nombreux.

27 novembre 2024 en salle | 1h44min | Comédie dramatique

De Emmanuel Courcol | Par Emmanuel Courcol et Irène Muscari

Avec Benjamin Lavernhe, Pierre Lottin et Sarah Suco

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