Les Femmes au balcon : Trois femmes, dans un appartement à Marseille en pleine canicule. En face, leur mystérieux voisin, objet de tous les fantasmes. Elles se retrouvent coincées dans une affaire terrifiante et délirante avec comme seule quête, leur liberté.
AVIS GLOBAL
Déjà présenté à Cannes en Séance de Minuit, Les Femmes au Balcon marque un tournant dans la carrière de Noémie Merlant, connue pour son jeu d’actrice dans Portrait de la jeune fille en feu ou Tár. Avec ce film, elle propose une expérience hybride où les genres se mêlent pour mieux ébranler le spectateur.
Une forme qui bouscule
En jouant sur la mélancolie, la comédie romantique et l’horreur gore, Noémie Merlant offre un récit qui refuse les étiquettes. Le spectateur est d’abord introduit à une ambiance légère, presque insouciante, rappelant l’univers d’Almodóvar avec ses couleurs chaudes et ses dialogues mordants. Puis, l’œuvre bascule, intégrant des éléments horrifiques et fantastiques qui plongent dans un registre rappelant les thrillers coréens comme The Strangers ou Ichi the Killer de Takashi Miike.
La musique de Uèle Lamore accompagne cette exagération à dessein. Les choix sonores appuient les ruptures de ton, ajoutant une énergie punk et un rythme presque chaotique. Ce débordement visuel et auditif fait de Les Femmes au Balcon une œuvre qui ne craint ni le mauvais goût ni la vulgarité émancipée, à l’image des corps montrés sans filtres.
Une déconstruction du patriarcat
Sur le fond, le film s’attaque frontalement à des thèmes sociétaux majeurs. En confrontant les violences sexistes et sexuelles, notamment le viol conjugal souvent invisibilisé, Merlant cherche à inverser les perspectives. Ses personnages féminins, interprétés par Souheila Yacoub, Sanda Codreanu et elle-même, sont autant d’incarnations des oppressions patriarcales. Chacune porte un éclairage différent : Ruby, la camgirl libre et insoumise, Nicole, l’écrivaine réfléchie et utopiste, et Élise, l’actrice vulnérable en quête de libération.
La réalisation refuse le politiquement correct. Tous les hommes présents à l’écran sont vecteurs de domination ou d’oppression. Cette approche pousse le spectateur à une introspection inconfortable, mais n’épargne pas les zones grises. Le mari d’Élise, par exemple, est montré comme un personnage aimant mais prisonnier de ses propres schémas toxiques.
Des scènes fortes, mais un ensemble inégal
Le principal reproche à adresser à Les Femmes au Balcon réside dans sa structure. Si certaines scènes frappent par leur puissance et leur sens du détail, l’enchaînement manque parfois de fluidité. L’exubérance stylistique peut aussi diluer l’émotion brute. Pourtant, ce chaos narratif semble refléter le désir de Merlant de casser les codes.
Un message puissant
Malgré ses défauts, Les Femmes au Balcon est une œuvre d’une ambition rare. Noémie Merlant explore ici les limites du langage cinématographique pour livrer un manifeste à la fois politique et émotionnel. En mêlant humour, horreur et fable, elle réinvente les codes du regard féminin, tout en interrogeant les dynamiques de pouvoir et les rapports de genre. C’est un film imparfait, mais courageux et déroutant, qui mérite d’être vu autant pour ses qualités que pour ses audaces.
11 décembre 2024 en salle | 1h 43min | Comédie
De Noémie Merlant | Avec Souheila Yacoub, Sanda Codreanu, Noémie Merlant

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