Synopsis : L’épopée de George, un garçon de neuf ans vivant à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale et que sa mère Rita envoie se réfugier dans la campagne anglaise.
AVIS GLOBAL
Chaque décennie a son grand film de guerre qui marque encore les esprits des années après sa sortie.
Certains marquent par leur violence très réaliste, d’autre par la folie et l’absurdité des combats. D’autres s’éloignent des champs de bataille pour mieux montrer la souffrance de ceux qui n’y sont pas. C’est le parti qu’a pris Steve McQueen pour son nouveau film : Blitz. Se déroulant dans une Angleterre meurtrie par les constants bombardements, le réalisateur de 12 Years a Slave nous propose de vivre la Seconde Guerre mondiale avec les yeux d’un jeune enfant de couleur, envoyé dans un train par sa mère pour qu’il soit en sécurité loin de la ville. Alors qu’en est-il de ce film ? Sera-t-il oublié dans les prochaines semaines ? Offrira-t-il une cinquième nomination aux Oscars à Saoirse Ronan ?

Une fable sur fond de guerre
Blitz se déroulant du point de vue d’un jeune garçon, le film ne tient pas à être très réaliste. Même si l’on ressent la vie qu’ont pu mener les Anglais pendant cette horrible partie de l’histoire, on ressent dans le scénario une envie de réadapter certaines œuvres de la littérature pour enfants. En effet, les personnages qui croisent le chemin du jeune George ressemblent en tout point à ceux que rencontre Pinocchio, et le ton de l’intrigue est très proche des romans de Charles Dickens.
Cet aspect de fable que prend le long métrage est original et plutôt bien pensé. Sans être aussi fantaisiste qu’un Labyrinthe de Pan (il n’y a aucun élément surnaturel), le film mélange ambiance sombre et moments de lumière qui sont propres aux films de Noël du vieil Hollywood, tout en gardant en fil conducteur une aventure à travers le pays qui rappelle bon nombre d’œuvres pour enfants et jeunes adolescents.
Le film se veut également être un portrait du racisme qu’ont pu subir les personnes de couleur dans le Royaume-Uni de la première partie du XXème siècle. Peu de films ont été faits sur ce sujet, qui a été beaucoup plus traité aux États-Unis. Cela aurait donc pu être passionnant si McQueen avait développé cet aspect-là de son intrigue. Malheureusement, il le laisse rapidement tomber pour se concentrer sur le chemin parcouru par le personnage principal. C’est bien dommage parce que cela aurait pu ajouter une grille de lecture supplémentaire au long métrage.
Un film qui ennuie
Si le film capte parfois l’attention de son spectateur, il ne le tient pas en haleine tout du long. A la fin, on ne peut que se dire qu’il ne s’est pas passé énormément de choses palpitantes.
Pourtant, le film ne manque pas de scènes brillantes. En effet, McQueen nous offre dans Blitz certaines des scènes de guerre les plus dures du cinéma. Ceux qui ont vu Reviens-moi de Joe Wright sauront pertinemment où ira le film à partir du moment où l’un des protagonistes entre dans la station de métro. La tension qui se dégage de cette séquence, en partie dû à la terrifiante musique de Hans Zimmer, est insoutenable. Il faut également mentionner une séquence où George rencontre trois frères qui se sont également enfuis du train qui les amenait dans leurs familles d’accueil. Cette scène rappelle la brutalité et l’horreur qu’on peut retrouver dans certains contes pour enfants. Elle est tragique, glaçante et elle reste très longtemps dans la tête du spectateur après le visionnage.
Malgré ces quelques réussites, le film n’arrive jamais à être assez intéressant pour que le public soit entièrement conquis. En témoigne une très longue séquence ou notre héros se retrouve coincé avec une bande de pilleurs après un bombardement. Cette scène rallonge seulement un film déjà bien long et n’apporte pas grand-chose, si ce n’est une nouvelle connexion avec les contes pour enfants.
Malgré tout, le film est assez déprimant, et on s’en aperçoit une fois le générique de fin terminé. On peut tout de même remercier Steve McQueen de ne pas l’avoir rendu trop déprimant. Ce n’est clairement pas un film qui mérite une conclusion entièrement atroce et sans espoirs.

Côté casting
Jouant ici dans son premier film, le jeune Elliott Heffernan porte une partie du long métrage avec une composition pleine de sincérité. Il est très bon dans son rôle de petit garçon et convainc le spectateur à chacune de ses scènes.
D’un autre côté, Saoirse Ronan revient en force dans un rôle de mère, dont elle n’a pas l’habitude, elle qui ne jouait jusqu’alors que de jeunes adultes. Elle apporte la tendresse et la rage nécessaire pour faire de son personnage un personnage consistant. Elle ne sera très certainement pas nommée aux Oscars cette année, malgré une campagne acharnée pour ce film et The Outrun, mais sa performance dans Blitz vaut bien le détour.
Ronan et Heffernan sont secondés par un bon casting de seconds rôles. Harris Dickinson interprète un jeune soldat qui aide le personnage de Saoirse Ronan a retrouver son fils. Le rôle n’est pas développé, donc si vous voulez le voir dans un rôle plus conséquent, attendez janvier avec Babygirl..
Paul Weller, Benjamin Clémentine et Thomas Aitch sont très touchants dans leurs rôles respectifs de grand-père, de soldat devenant figure paternelle et de jeune garçon ne voulant pas être séparé de ses frères. Ils apportent un peu plus d’humanité au film, sans avoir un énorme temps d’écran. Kathy Burke et Stephen Graham, quant à eux, brillent par leurs performances sur-jouées de pseudo-antagonistes.
En conclusion
Blitz ne restera malheureusement pas dans les mémoires. Malgré la solide réputation de son réalisateur et son casting irréprochable, on s’ennuie pendant une grande partie du métrage. Le côté fable n’est jamais assez prononcé et les quelques tentatives d’intégration de discriminations de la part de McQueen, afin de les dénoncer, ne sont pas assez développées. Nous sommes donc face à un film, qui, sans être particulièrement raté, n’est pas à la hauteur de son postulat de départ, qui avait énormément de potentiel. Assez de potentiel, en tout cas, pour être l’un des films de guerre les plus marquants de la décennie.
22 novembre 2024 sur Apple TV+| 2h | Drame, guerre
De Steve McQueen | Par Steve McQueen
Avec Elliott Heffernan, Saoirse Ronan, Harris Dickinson
Vous pouvez continuer à nous suivre sur Instagram , Twitter et Facebook.

Laisser un commentaire