Gladiator II – Ridley Scott radote un peu dans une suite mineure mais plaisante

Synopsis : Des années après avoir assisté à la mort du héros vénéré Maximus aux mains de son oncle, Lucius est forcé d’entrer dans le Colisée lorsque son pays est conquis par les empereurs tyranniques qui gouvernent désormais Rome d’une main de fer. La rage au cœur et l’avenir de l’Empire en jeu, Lucius doit se tourner vers son passé pour trouver la force et l’honneur de rendre la gloire de Rome à son peuple.

AVIS GLOBAL

Note : 3 sur 5.

Ridley Scott revient sur un de ses films les plus célèbres, plus de 20 ans après ! Alors que le réalisateur britannique peine à retrouver son souffle avec ses films récents, la nostalgie semble le gagner avec ce projet de suite aussi inattendu que douteux. Car après tout, pourquoi revenir sur un projet qui semblait se suffir avec un unique volet ? C’est la question qui est posée ici, alors que nous replongeons dans ce Rome gangrené, dans cette arène violente… Et un Paul Mescal qui promet de la furie !

Douze ans après les événements du premier volet, la rage d’un homme qui a tout perdu pourrait bien être le départ d’une chute encore plus grande, celle de Rome. Est-ce que cette suite sera le retour surprise de Scott ? Ou bien, la preuve que notre bon Ridley arrive bel et bien en bout de course ?

Gladiator II est, sans grande surprise, une suite évidemment dispensable, mais qui semble conscient de son incapacité à dépasser son héritage. Si Scott peine à retrouver un souffle épique empli de tensions, il compense par la surenchère un poil régressif. Dans ce film, où le récit fleure bon le réchauffé, et où les quelques idées nouvelles manquent un peu de profondeurs, mais pas d’intérêt, une lueur vient tout éclairer. Cette lueur est évidemment Paul Mescal, qui explose de rage, et nous envoie de la sueur face à un Denzel Washington délicieux. Dans ce flot de sang et de CGI, en ressort un film tiède mais pas déplaisant.

Gladiator II | Paramount Pictures

Scott plonge dans le divertissement décomplexé, mais pas enragé

Bien rapidement, le métrage donne sa tonalité, qui est de livrer un divertissement de grande ampleur. En cela, le pari semble plutôt réussi, car Scott nous livre certainement son film le plus divertissant depuis un moment ! Alors que le métrage enchaîne ses scènes d’action, on y sent un également un sens de la surenchère qui peut prêter à sourire, mais qui a au moins le don de nous réjouir un peu.

Cette surenchère se fait surtout ressentir dans l’arène, que ce soit dans l’abondance de CGI, la profusion de combats et d’ennemis de toute sorte. C’est là que le divertissement explose littéralement, dans ces batailles où le sang jailli et les glaives se fracassent. On ne peut pas reprocher au film sa générosité, allant toujours plus loin dans ses combats.

Là où le premier volet mettait l’épique et la tension au premier plan, ici, c’est davantage la démesure ! Et cela se met en place par des scènes d’affrontements face à un rhinocéros, à des singes, ou bien encore une bataille maritime dans une arène inondée ! Eh oui, la notion de retenue n’est pas vraiment présente, et vient nous faire oublier le temps, dans ce métrage de presque 2h30.

Mais si le spectacle est là, on se rend vite compte que l’ensemble peine un peu à nous subjuguer, en nous livrant un ensemble aseptisé sous son vernis numérique. La caméra de Scott semble manquer cruellement d’âme, où la bouillie numérique vient lisser le tableau, et la tension n’arrive jamais à se tenir. Au fil du métrage, on ne peut que regretter de ne pas retrouver le souffle du premier film, où ses scènes d’arènes étaient des leçons à elles seules… Mais où le tout est ici, convenable, mais tout à fait oubliable.

Gladiator II | Paramount Pictures

Le réchauffé prend vite le dessus dans cet opus un peu creux

Ainsi, le divertissement parvient à nous satisfaire, même si l’ampleur du projet et la caméra de Scott viennent nous rappeler que l’ensemble est convenable, mais un peu décevant. On suit donc des combats plutôt divertissants, et surtout, nous retrouvons des acteurs qui viennent relever le tout ! C’est en particulier le cas pour le duo Denzel Washington/Paul Mescal, où la paire brille à l’écran. Pour le premier, Washington plonge à cœur joie dans ce rôle joyeusement détestable, quant au second, il explose de rage dans la moindre scène. C’est sans aucun doute ce duo qui nous permet de nous impliquer un peu dans ce récit… peu inspiré.

Dans sa construction, cette suite fait preuve d’une certaine paresse, en reprenant, quasi à l’identique, la structure du premier opus ! Oui, on retrouve bien vite des similarités assez flagrantes ici, de cet homme qui perd tout sous le joug romain, l’arène en temple salvateur, la défiance de l’élite… On retrouve les mêmes ingrédients, et c’est ici que le film se casse les dents, sur l’autel de son propre héritage. Si le film semble tout à fait conscient de son incapacité à rivaliser avec son opus originel, sa narration n’en reste pas moins d’une vacuité évidente ! En nous expliquant comment Maximus junior a survécu, pour revenir sur les traces de son père, allant jusqu’à reprendre les armes du paternel, Scott plonge la tête la première dans le sequel facile. Dans le fond, peu de choses changent dans ce scénario, et le peu de nouveauté semble bien superficiel.

Tandis que notre personnage principal se calque avec la représentation de son paternel, une légère brise de nouveauté vient souffler sur un regroupement du cinéma de Scott. Tandis que Rome touche à sa fin, le chaos étant aux portes de la ville, peut-être est-ce aussi le signe de la chute du cinéaste… Cette chute, elle prend forme avec le personnage de Macrinus. C’est au travers de cet ancien gladiateur, transformé en esthète et en sélectionneur de gladiateurs, représente toute la dualité de cette Rome qui érige son propre bourreau. Avec ce personnage, couplé au duo d’empereurs, bien peu présents hélas, viennent pousser le récit vers son précipice, peut-être consciemment. Car, si le projet semble se rapprocher de la nécromancie plutôt que du renouveau, il apparaît presque conscient de sa profanation.

Gladiator II | Paramount Pictures

Au final, on fonce ? Ou on trace ?

Parvenant à être une anomalie d’une vacuité troublante, Gladiator II est aussi imparfait que divertissant. Si Ridley Scott parvient à nous livrer un métrage divertissant, son manque d’âme devient vite flagrant. Alors qu’il semble totalement conscient de cette impasse dans laquelle le film se trouve, le contrepoids se trouve dans son sens du spectacle. Peut-être qu’il ne s’agit là que d’un subterfuge facile, pour dissimuler l’apparente facticité de cette suite inutile à souhait, mais il n’empêche que ce petit tour n’est pas foncièrement déplaisant.

Si la caméra de Scott continue de perdre ce souffle épique qui a pu le traverser par le passé, la surenchère, presque décérébrée qui est proposée ici, parvient à convaincre. Si notre bon tonton Ridley parvient à nous livrer un métrage divertissant, presque régressif dans ses combats, c’est peut-être aussi pour nous cacher, à l’image de cet empire romain, la décadence de son propre empire cinématographique. Car ce retour aux sources ne cacherait-il pas un manque d’inspiration ? Si le réalisateur n’a plus rien de neuf à nous raconter, il recopie quasiment à la lettre le récit d’un de ses plus gros succès, pour tenter de réitérer l’exploit. Et si Scott commençait à tourner en rond ?

Peut-être bien, et c’est bien malheureux tout de même ! Car, au final, Gladiator II déçoit quand on se rappelle de qui est à la barre de ce projet. Mais sauve tout de même les meubles, en offrant à son spectateur la dose d’action dont on avait besoin. Et la dose de charisme et de sueur, avec Paul Mescal et Denzel Washington, qui nous permettent de passer un agréable moment… Mais qui sera vite oublié, contrairement à son premier volet !

Le 13 novembre 2024 en salles | 2h28 | Action, Drame, Péplum

De Ridley Scott | Par David Scarpa

Avec Paul Mescal, Denzel Washington, Pedro Pascal, Connie Nielsen

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