A Holy Family –  Ma famille d’abord

Synopsis : Après 20 ans d’absence, le réalisateur A-Liang revient auprès de sa famille qui vit dans une zone rurale reculée de Taïwan. Il filme au jour le jour ces retrouvailles, bien décidé à les confronter aux superstitions qui semblent guider leurs vies – en particulier leur croyance obstinée dans les pouvoirs de médium du grand frère. Il réalise peu à peu que son départ est, lui aussi, une plaie béante pour sa famille…

AVIS GLOBAL

Note : 4 sur 5.

Le documentaire peut être un genre qui peut rebuter. En effet, cette particularité de filmer le réel, sans aucune trame narrative peut être déstabilisant et rapidement ennuyeux pour de nombreuses personnes. Ainsi, bon nombre de documentaires tentent de capter notre attention en nous proposant un montage faisant en sorte que les événements soient linéaires et ressemblent le plus à un film de fiction. Dans Don’t F*** with Cats, série Netflix de type true crime, on nous proposait un récit à twist sans pour autant être fictionnel. Mais le film dont nous allons parler dans cette critique n’a aucun twist. Il nous propose un concept simple et minimaliste : le réalisateur filmera la vie sa famille à Taïwan, et en fera un film documentaire. Alors qu’en est-il de cette Holy Family ? Est-ce un film ennuyeux à mourir ou une œuvre singulière qui nous offrirait un splendide moment d’humanité ?

A Holy Family | Films de Force Majeure

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A Holy Family nous montre une famille taïwanaise, vivant en milieu rural. L’un des fils est agriculteur, alors que le plus jeune, derrière la caméra, est parti pour poursuivre une carrière de metteur en scène. Les parents, quant à eux, vivent comme ils peuvent, avec le fils qui est resté. La mère passe son temps à râler alors que le père espère toujours que son « don » pour deviner les chiffres du loto lui fera gagner quelque chose un jour.

C’est avec une caméra impavide que Elvis A-Liang Lu nous présente ses proches. Dès la première minute, on entend un message vocal laissé par sa mère lui demandant d’être prudent en scooter, parce qu’une divinité aurait laissé un signe. Le metteur en scène n’hésite pas à montrer le côté plus dérangeant de ses parents, celui qu’on ne souhaiterait pas exposer au public, dans des scènes qui frôlent le malaise constant.

Il n’hésite pas à montrer à quel point son père est pathétique et qu’il ne réussit qu’à ruiner un peu plus sa famille chaque jour. Il n’hésite pas à montrer sa mère, sur-protectrice et aigrie ou encore son frère, qui se tue à faire marcher son exploitation (il est en partie agriculteur). Il montre surtout la croyance aveugle que vouent les membres de sa famille quelque peu dysfonctionnelle à la religion, et comment elle dicte certaines parties de leurs vies depuis longtemps.

Mais s’il montre à quel point sa famille peut être compliquée, Elvis A-Liang Lu le fait néanmoins avec une vraie tendresse. Malgré tous leurs défauts, même s’ils sont souvent insupportables sans le vouloir, on ne peut que s’attacher à ces personnes, qui ne connaissent rien d’autre que leur situation et qui s’aiment profondément, peu importe les épreuves.

A Holy Family | Films de Force Majeure

Un film bouleversant

Le film se suit comme un film de fiction, un drame familial comme on pourrait en voir des centaines. Le fait que ce soit un documentaire rajoute donc quelque chose en plus, qui en fait une œuvre bouleversante devant laquelle il est impossible de rester insensible.

On ne s’ennuie jamais, malgré un rythme lent, dû au fait qu’il ne se passe pas grand-chose dans le quotidien de cette famille. Certaines scènes, cependant, resteront longtemps dans la tête des spectateurs, en particulier sa séquence finale, qui fera verser plus d’une larme. Le réalisateur nous offre des images léchées sans être trop esthétiques, qui nous font vivre avec lui la beauté de ce qu’il se passe à l’écran, aussi terrible soit-elle.

On notera tout de même que Elvis A-Liang Lu s’autorise quelques irruptions dans son propre film (alors qu’il est le plus souvent derrière la caméra), essentiellement pour des scènes avec son père. Ces scènes introduisent du malaise chez le spectateur plus qu’autre chose, le réalisateur pouvant se montrer assez injuste et dur avec son paternel, en particulier face à ce qui lui arrive tout au long du récit. Certaines de ces mêmes séquences semblent parfois voyeuristes, et l’on aurait aimé ne pas voir certains passages pour laisser un peu de dignité à cet homme. Certaines scènes semblent vraiment être de trop, ce qui est dommage parce que dans sa globalité, le documentaire est une immense surprise.

En conclusion

A Holy Family est très joli documentaire, qui, s’il ne restera sûrement pas dans les mémoires, aura le mérite de capturer à l’écran la beauté d’une famille complètement dysfonctionnelle. Le fait qu’il puisse ressembler parfois à un film de fiction est un point bénéfique, pour ceux qui seraient rebutés par le genre du long métrage. C’est un petit bijou, un petit moment de grâce qui se déroule dans un pays qu’on ne voit pas assez au cinéma. Regardez ce film, au moins pour le fait qu’il sorte au milieu de tous les films qui concourront pour les Oscars et autres cérémonies de remise de prix, et qu’il risque, de ce fait, de complètement passer inaperçu, malheureusement.

27 novembre 2024 au cinéma | 1h28m | Documentaire

De Elvis A-Liang Lu | Par Elvis A-Liang Lu

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