Le Royaume – Un récit initiatique envoûtant

Synopsis : 1995, en Corse. Une adolescente se lance dans une cavale avec son père, contraint de fuir une guerre qui vient d’éclater entre plusieurs clans rivaux.

AVIS GLOBAL

Note : 4 sur 5.

Après Borgo et À son image, la Corse est une nouvelle fois mise à l’honneur au cinéma cette année. Et à l’instar du film de Thierry de Peretti, c’est à travers les maux qui l’ont gangrénée dans les années 90 (violence et règlements de compte sur fond de guerre des clans) qu’elle est représentée. Avec ce film, Julien Colonna décide de se réapproprier le récit de son île, « trop souvent galvaudé par des gens traitant d’une culture qu’ils ne connaissent absolument pas », selon lui. Il mise lui aussi sur un casting composé d’acteurs non professionnels, des personnages choisis pour leur authenticité, renforçant ainsi l’immersion du spectateur dans cette Corse à feu et à sang, rythmée au son des journaux télévisés qui affichent avec une régularité déconcertante les visages de ceux tombés sous les balles.

Une relation père-fille pleine de tendresse et d’intensité

Dès la scène d’ouverture, où elle éviscère, sans ciller, un sanglier pendu par les pieds, la jeune Ghjuvanna Benedetti (étonnamment absente de la liste des pré-nommés au César de la Meilleure Révélation) impressionne par la profondeur de son regard. Plus le film avance, plus il devient noir et intense.

De son côté, Saveriu Santucci déjoue les codes du traditionnel mafieux corse, souvent représenté en figure ultra virile et insensible. En embarquant avec lui sa fille dans sa cavale, il souhaite avant tout la protéger et lorsqu’elle mettra en péril leur sécurité, il ne saura lui en tenir rigueur. Les deux forment un tandem père-fille touchant, qui, malgré le contexte qui les contraint à vivre cachés, cherche à construire une relation, avec la mort comme épée de Damoclès et la violence pour héritage.

Le Royaume | Ad Vitam Distribution

Un mélange des genres particulièrement réussi

Tour à tour film de gangsters, thriller, film noir et drame familial, Le Royaume n’est jamais vraiment là où on l’attend. Avec son rythme particulier, il plane en permanence sur le film une forme de torpeur teintée de mélancolie, renforcée par la chaleur assommante d’un été sous le soleil de plomb de l’Île de Beauté et par une bande originale hypnotique à souhait, très réussie, composée par Audrey Ismael. Les envoûtantes nappes de synthé associées aux très belles images de la nature corse emportent le spectateur dans cette fresque mise en scène avec beaucoup d’élégance.

En reléguant les histoires de mafia en toile de fond et en adoptant le point de vue de l’adolescente pour focaliser son récit sur la relation qu’elle tente de construire avec son père, le film surprend et se transforme en véritable récit d’apprentissage. Comme la jeune fille, le spectateur ne sait jamais trop de quoi il retourne vraiment, mais ce n’est tant l’intrigue politique qui compte ici, que les conséquences dramatiques sur les vies de chacun.

Le Royaume | Ad Vitam Distribution

Conclusion

À 42 ans, Julien Colonna, lui-même fils d’une légende du grand banditisme corse, Jean-Jé Colonna, tragiquement disparu en 2006, signe là un premier long métrage assez brillant, forcément inspiré de sa propre histoire. Co-écrit avec Jeanne Herry, réalisatrice des films aux succès publique et critique, Pupille et Je verrai toujours vos visages, Le Royaume sera à coup sûr nommé dans la catégorie Meilleur Premier Film aux prochain César.

Le 13 novembre 2024 en salles | 1h48 | Drame

De Julien Colonna | Par Julien Colonna & Jeanne Herry

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