Anora – Un conte explosif rempli de paillettes et d’émotion

Synopsis : Anora, jeune strip-teaseuse de Brooklyn, se transforme en Cendrillon des temps modernes lorsqu’elle rencontre le fils d’un oligarque russe. Sans réfléchir, elle épouse avec enthousiasme son prince charmant ; mais lorsque la nouvelle parvient en Russie, le conte de fées est vite menacé : les parents du jeune homme partent pour New York avec la ferme intention de faire annuler le mariage…

AVIS GLOBAL

Note : 4.5 sur 5.

C’est le film qui a fait chavirer le cœur du jury au dernier Festival de Cannes, et qui est reparti avec la palme ! En effet, le dernier métrage de Sean Baker, après Red Rocket ou encore The Florida Project, a su faire parler de lui dès ses premières projections cannoises. Et à la lecture du synopsis, on y retrouve rapidement la patte Baker, qui continue son exploration de l’Amérique des laissés-pour-compte, de ce rêve américain désenchantée… Avec le récit de cette jeune Ani, et de son prince, presque charmant ! Drame social ? Comédie caustique ? Eh bien, un peu tout ça à la fois peut-être ! Mais est-ce que le cocktail tragi-comique fait chavirer nos cœurs ?

Anora est un conte où les paillettes se mêlent au désenchantement de cette Amérique délaissée. Tel un trip halluciné, Baker nous entraîne dans un récit qui nous fait rire autant qu’il nous fait serrer les dents, sans jamais tomber dans une volonté moralisatrice. Alors que le film nous entraîne dans son rythme déroutant, parfois troublant, peut-être un poil excessif (dans sa durée), il y a une force qui se dégage peu à peu ! Peut-être est-ce grâce à son actrice principale rayonnante, Mikey Madison ? Ou bien à l’émotion indéniable qui nous gagne au fil d’un récit teinté d’humour noir ? C’est sans aucun doute ce mélange qui fait de ce conte sur ces vies désenchantées un instant de réflexion plein d’émotion, où la lumière est rivée sur ces figures que l’on croise, mais où on préfère détourner le regard.

Anora | Le Pacte

Mikey Madison est explosive…

Si le film, aussi réussi soit-il, plonge dans cette Amérique désenchantée, on aperçoit rapidement un rayon de soleil. Et ce dernier a un nom : Mikey Madison ! En effet, la jeune actrice américaine qui tient le rôle principal est une véritable révélation. C’est en insufflant une fougue dans son jeu, qui vient immédiatement irradier le moindre plan dans lequel elle apparaît, que la jeune actrice donne à Ani une vitalité sans pareille.

Très vite, il est impossible de ne pas voir que c’est cette actrice qui porte à elle seule toute la force de jeu du métrage, oscillant entre fougue libératrice et fureur bouillonnante. Dans ce rôle, la jeune actrice brille de mille feux ! Face à elle, Mark Eydelshteyn, incarnant Ivan, ce petit prince russe à la crédulité désarmante, parvient à donner la réplique, créant une dynamique quasi infaillible !

… dans cette montagne russe désenchantée

De dynamisme, le film n’en manquera pas. Avec son récit qui nous relate cette histoire éphémère, mais ô combien intense, entre Ani (ou Anora), jeune strip-teaseuse de Brooklyn, et Ivan, fils d’un oligarque russe. Alors que la vie d’Ani, entre les néons, les salles de shows privés et les tenues brillantes, semblent au final bien précaire, cette rencontre ressemble de prime abord à une bénédiction.

Tandis qu’Ivan souhaite une exclusivité avec Ani, cette dernière saisit l’opportunité, mais le récit ne tombe à aucun moment dans la marchandisation du corps, ni dans le jugement. Au-delà de cette matérialité, et d’une relation où le sexe exulte sans pudeur, c’est une parenthèse un peu insouciante qui s’ouvre. Un trip entre plusieurs genres commence à se dessiner, oscillant entre la romance moderne, le récit d’un amour juvénile, la comédie plus grinçante et l’exploration de cette Amérique où tout est chaos et désenchantée.

Bien vite, le film bascule dans une virée à la sauce des frères Coen ! Une course dans les rues de Brooklyn à une baston dans cette grande bâtisse d’ultra riche… Le récit déraille, Ani se révolte et Ivan se carapate. C’est dans tout ce manège que le réalisateur nous entraîne, avec sa mise en scène léchée, et son sens comique aiguisé ! Alors que les scènes s’enchaînent, Baker s’attelle à juxtaposer le flamboyant au déprimant, les rêves et le scintillant aux désillusions et à la peur du déclassement, le tout sans oublier d’y ajouter une dose de comédie et d’ironie. Car, quoi de mieux qu’un sens bien pensé de la mise en scène ? Ou bien d’un bon usage de la comédie noire pour, peut-être, mieux faire exploser son propos ? C’est ce que le film fait !

Tandis que le rythme du récit ne cesse de changer de vitesse, le film ne manque de livrer des scènes aussi exaltantes que déjantées. Que ce soit une scène de baston où les hommes de main sont aussi doués que Mister Bean, ou encore une petite régurgitation dans une recherche désespérée… Le film regorge de scènes et d’idées pour y insérer un comique assez caustique, qui permet également de mieux amener son propos.

Anora | Le Pacte

L’Amérique délaissée plus brillante que jamais !

Mais au-delà de cette Cendrillon 2.0, Baker nous raconte tout un pan de la société américaine. Au travers du personnage d’Ani, c’est la représentation du « Rêve Américain » désenchanté qui apparaît ! Il s’agit d’une thématique qui traverse plus ou moins les différents métrages de Sean Baker. Ici, c’est avant tout le personnage d’Ani qui l’incarne le plus au travers de son parcours. Alors que son quotidien, sans éclats, où la volonté de s’élever passe par un travail précaire, son prince « charmant » vient la chercher, avant que ce soit l’inverse.

C’est une vie sans paillettes, loin de la vie de rêve idéalisée aux Etats-Unis que Baker nous montre au fil de ses métrages, mettant en lumière ses groupes sociaux en marge de la société. Dans Anora, la déconstruction continue, où la fougue qui se dégage de cette jeunesse est aussi assombrie par une réalité plus sombre, où la différence sociale vient rattraper le conte de fées.

La crédulité d’Ivan, enfant de l’oligarchie russe, vient créer l’illusion qu’Ani peut s’attacher à ses rêves, oublier ses origines ouzbèkes, et peut-être, enfin s’élever socialement. Évidemment, il n’en sera rien, le mépris de cette « classe supérieure » vient faire retomber les espoirs, et tandis qu’Ivan fuit, Ani s’accroche encore en lui trouvant des raisons… Jusqu’à la réalisation finale et la fin de ce conte. Car la lâcheté d’Ivan explose au grand jour, sa sincérité fuyante est claire, mais est-ce la fin pour Ani ? Pas vraiment !

C’est la force du récit d’élever son personnage principal et de la rendre autosuffisante. Si le film, et Ani, citent Disney, c’est pour mieux marquer sa différence avec ces contes où la princesse attend sagement le prince. Ici, Ani est la princesse, mais devient aussi son prince, elle dicte sa destinée, éduque ces hommes aussi lâches que gauches. Loin d’être cette princesse qui vit son rêve, elle se retrouve être la figure de tête, éduquant le jeune Ivan (dans sa vie sexuelle notamment), tenant tête à ces hommes de main un peu balourds, et venant même confronter la matriarche russe. Au final, cette figure, pourtant méprisée, est plus lumineuse que jamais !

Anora | Le Pacte

Au final, on fonce ? Ou on passe ?

On peut souvent reprocher au Festival de Cannes son palmarès, un poil élitiste, mais il n’en est rien ici ! Anora est une Palme d’Or flamboyante, grand public, et pleine de vitalité. Ici, le métrage oscille entre la comédie noire, le conte moderne, et avec des pointes de thriller. C’est un cocktail revigorant et émouvant qui se compose devant nos yeux ! Si la comédie n’est jamais loin, Baker n’oublie pas l’émotion et la réflexion, tant dans le parcours d’Ani, symbole brillant d’une Amérique désenchantée, que dans la mélancolie qui traverse certaines scènes.

En tête de prou, nous avons la rayonnante Mikey Madison, qui insuffle toute cette vitalité au film, et qui donne vie à cette Cendrillon moderne. Il est clair que l’actrice brille de mille feux dans ce rôle, et porte littéralement le film, faisant de cette figure de l’ombre, la source de lumière, mettant tout à nu, même ses émotions. Ani est libre de fabriquer sa vie, libre de faire exploser ses émotions, et surtout libre, tout court.

Avec ce film, Sean Baker tient peut-être l’un de ses meilleurs films, où sa déconstruction du rêve américain, et la mise en lumière de ses figures de l’ombre, ressortent avec brio ! Avec sa mise en scène ultra maîtrisée, son sens comique aiguisé, mais aussi sa capacité à nous faire serrer les dents pour ne pas vomir… Il y trouve ici une force particulière, la force de frapper juste, et de nous faire ouvrir sur des sujets où on préfère généralement les fermer.

Le 30 octobre 2024 en salles | 2h19 | Comédie Dramatique

De Sean Baker | Par Sean Baker

Avec Mikey Madison, Mark Eydelshteyn, Yura Borisov

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