The Substance – Une Palme d’Horreur amplement méritée

Synopsis : Avec The Substance, vous pouvez générer une autre version de vous-même, plus jeune, plus belle, plus parfaite. Il suffit de partager le temps. Une semaine pour l’une, une semaine pour l’autre. Un équilibre parfait de sept jours. Facile n’est-ce pas ? Si vous respectez les instructions, qu’est ce qui pourrait mal tourner ?

AVIS GLOBAL

Note : 4 sur 5.

Avant qu’Anora de Sean Baker ne fasse son entrée dans la compétition, The Substance de Coralie Fargeat était favori à la victoire de la Palme d’Or. Le miroir cannois a désigné le plus beau comme vainqueur, toutefois le plus vilain ne sera pas oublié au vu du choc qu’il a été. Si Blanche-Neige a survécu, c’est bien la vieille sorcière qui est restée dans les mémoires.

The Substance | Metropolitan Films

Un nouveau monstre sur le boulevard

Les monstres ont toujours leur place au cinéma, en particulier sur la croisette là où ils se logent. The Substance est une sorte de créature difforme se piquant constamment dans le but d’obtenir la jeunesse éternelle. Cette quête est vieille comme le monde, d’autant plus dans l’art de l’image. Ce n’est donc pas un hasard de voir chez Elisabeth Sparkle un peu la Norma Desmond de Boulevard du Crépuscule.

Le personnage de Demi Moore, au même titre que celui de Gloria Swanson, est une star déchue enfermé chez elle nourrissant l’envie de retrouver le succès. Ce dernier, que ce soit dans un film ou dans l’autre, passe inévitablement par les caméras. Elisabeth les regarde durant son émission d’aérobic, mais les reconquiert véritablement lorsque Sue les observe directement après son premier tournage. Toutefois, le succès a un prix qui dépasse le cadre de l’humanité.

Chez Billy Wilder, Norma est un monstre inspiré des Universal Monsters opérant même une transformation physique, mais chez Coralie Fargeat cela va plus loin. Par cette substance que s’inocule Elisabeth nous pouvons y retrouver du Dr. Jekyll et Mr. Hyde ou même du Le Portrait de Dorian Gray avec le tableau sortant du cadre.

Dans sa séquence finale, la réalisatrice fait même appel à David Cronenberg et David Lynch en plaçant Elephant Man dans une conclusion entre Carrie et le Suspiria de Luca Guadagnino. En docteur Frankenstein, Coralie Fargeat récupère les morceaux d’un lourd héritage cinématographique pour créer un monstre énergique qui transforme même son médium.

Un-défectible

Dans le cinéma fantastique, la question du double a toujours été posée, voire fantasmé. Dans le cas de The Substance, c’est un thème plus que central car en lien avec l’unicité du personnage. « Remember you are one » répète la société derrière cette substance. C’est une phrase qui revient souvent dans le métrage, que ce soit directement ou dans notre esprit, et souvent lorsqu’il est question de lier ou de séparer Elisabeth et Sue.

Le plan en plongée initial sur les deux œufs revient naturellement pour marquer le lien entre les deux femmes notamment avec l’étoile sur le Hollywood Boulevard ou dans la douche. Réponds à cette union la séparation par le plan dans la cuisine avec les deux ouvertures qui montre la disparition de l’affiche d’Elisabeth dans le salon et l’apparition du panneau de Sue à l’extérieur. C’est un développement paradoxal, car, à l’image du personnage, tout change et rien ne change.

L’émission d’aérobic à la Jane Fonda n’est pas supprimée, elle est juste modifié pour coller à un public moderne. D’ailleurs, il en va de même pour la musique qui n’est juste qu’un remix de Pumped It Up. Elisabeth et Sue, tout comme le show-business, sont les produits de leur temps mais sont formées de la même moelle.

L’image du couloir, récurrente dans le métrage, est le symbole de ce temps qui change mais qui reste inchangé. Il est la colonne vertébrale qui lie les deux femmes car leurs parcours sont semblables, il n’y a juste que les cadres qui changent. Cependant, dans la quête du succès, il n’en peut rester qu’une bien qu’elles soient la même personne.

Donner son corps au diable

L’inoculation de ce liquide verdâtre est une réinterprétation moderne du pacte faustien. Dans ce cas précis, Elisabeth ne peut goûter à la jeunesse que par procuration mais, tout comme dans la légende allemande, cela a un prix. Sue, vêtue de sa combinaison écailleuse, est un serpent qui, à chaque mue, dévore Elisabeth.

Cela aurait pu être évité si l’équilibre avait été respecté. En effet, l’une ne peut vivre sans l’autre, mais cela pose problème lorsque les deux haïssent une existence en particulier. La balance étant déséquilibrée, cela ne peut que finir mal… ou presque.

The Substance | Metropolitan Films

L’usine à poupée

Durant l’âge d’or hollywoodien, vieillir pour une femme était synonyme de fin de carrière. En 2024, cela n’a pas changé. Avec The Substance, Fargeat critique la place de la femme dans le show-business, et particulièrement la date de péremption que l’on lui colle sur le corps. Cette date ne vient pas d’une force surnaturelle, mais est bel et bien humaine car elle provient des hommes.

Dans le métrage, ces derniers sont exagérément vieux et la réalisatrice appuie fortement dessus. À l’instar de Revenge, l’image et le son se joignent pour rendre compte de leur monstruosité, eux qui pourtant veulent des stars jeunes et belles alors qu’ils sont décrépis et ignobles. La femme n’est pour eux qu’un objet affichable lorsqu’il est neuf et jetable lorsqu’il est usé.

Le film représente cette idée par un filtre lissant rendant tout ce qui est visible « faux ». La différence entre affiche photoshopé et réalité n’existe pas, en témoigne Sue qui est une poupée de plastique totalement irréelle. Le traitement d’Elisabeth est différents car elle ne ressemble plus à ses affiches. Pourtant, de par son naturel, elle est la plus belle.

Lorsqu’elle se prépare pour son rendez-vous, elle n’a jamais été aussi sublime, mais dans un monde de l’image où des panneaux géants se trouvent juste en face de chez soi, difficile de ne pas complexer. Le basculement vers l’horreur est alors extrême et rappelle grandement le segment « X pour XXL » de The ABC’s of Death avec la saleté prenant le dessus sur la propreté.

L’horreur ubérisé

Que ce soit dans The Substance ou dans notre monde, il n’y a pas que les corps qui doivent se soumettre à l’esthétisme extrême. Cette substance, qui est au centre du métrage, reprend les codes des grandes firmes de la publicité jusqu’au packaging. Fargeat dresse un terrible portrait de ces grandes entreprises qui, en vendant du beau, vendent du moche.

Ainsi, tout ce qui entoure ce liquide verdâtre est pourri jusqu’à la moelle. Cela passe par la déshumanisation totale du service client, du lieu malfamé où sont entreposés les colis, jusqu’aux conséquences de la prise du produit. The Substance révèle la laideur de ces procédés et de nos modes de consommations en retirant avec hargne ce bel emballage qui nous fait face depuis trop longtemps.

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup de sang

Dans un conte de fée, la princesse parvient à retrouver son beau prince et à vivre heureuse pour le restant de ses jours. Dans The Substance, il n’y a ni prince, ni vie heureuse. C’est un conte macabre où l’héroïne est à la fois Blanche-Neige et la méchante reine, et où l’une veut tuer l’autre.

La beauté n’est même plus le nerf de la guerre, Elisabeth se transformant en vieille sorcière simplement pour récupérer ce qui lui appartient : son corps et sa vie. Fargeat s’amuse, tout comme pour les films de monstre, avec ses références pour créer son propre conte. Ici, les douze coups de minuit n’ont pas encore sonné que Cendrillon s’est déjà transformé.

« The Substance » est le reflet déformé de notre monde. Le liquide n’est que le condensé de la misogynie qui régit la société. C’est un poison que Coralie Fargeat peint d’un vert vif, car en dehors de la fiction elle se terre dans des nuances de gris imperceptibles.

6 Novembre 2024 en salle | 2h20 | Drame, Epouvante-horreur

De Coralie Fargeat | Par Coralie Fargeat

Avec Demi Moore, Margaret Qualley, Dennis Quaid

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