The Apprentice – Un biopic clinquant et cinglant mais inégal

Synopsis : Véritable plongée dans les arcanes de l’empire américain, The Apprentice retrace l’ascension vers le pouvoir du jeune Donald Trump grâce à un pacte faustien avec l’avocat conservateur et entremetteur politique Roy Cohn.

AVIS GLOBAL

Note : 3.5 sur 5.

Voilà un film qui pouvait nous vendre du rêve, autant que nous faire craindre le pire : se lancer dans un biopic sur un gentil Monsieur, qui n’est nul autre que Donald Trump ! Un projet intrigant, mais qui pouvait tomber dans de nombreux pièges en voulant porter à l’écran une figure aussi polémique et ouvertement outrancière. Loin de se focaliser sur sa carrière politique, le réalisateur iranien Ali Abbasi, connu notamment pour son dernier film, Les Nuits de Mashhad, décide de relater ses jeunes années et son ascension en tant que businessman.

Est-ce un choix douteux ? Pas tant que ça ! Le film va avoir l’occasion de retracer, ce qui semble être, la période qui aura donné naissance à la figure que l’on connaît aujourd’hui. Au travers de ce biopic, le réalisateur souhaite mettre en avant ce que l’on pourrait appeler l’origin story du « phénomène Trump », notamment au travers de sa relation avec son mentor, Roy Cohn. Mais est-ce un biopic aussi lourd que son personnage principal ? Ou au contraire un véritable biopic politique caustique ?

The Apprentice est dans son ensemble, une incursion plutôt réussie dans le cinéma américain pour Ali Abbasi ! Alors que ses deux premiers films se penchaient déjà sur une certaine idée du « monstre », que ce soit sur la figure du freak avec Border, ou bien au tueur froid et cruel dans Les Nuits de Mashhad… C’est une nouvelle figure monstrueuse qui est portée à l’écran, celle de l’ogre, en la personne de Donald Trump ! Patine vintage, mentorat diabolique, transformation physique et quête de pouvoir… Le cocktail concocté par Abbasi parvient à convaincre, malgré quelques faux pas.

The Apprentice | Metropolitan Films

Esthétique rétro et alliances de monstres… Un combo explosif !

Il est clair que le film vient nous emporter dans un essai visuel qui n’a pour but que de nous immerger davantage dans son époque. Et pour cela, Abbasi compile les effets de style, en confrontant l’effet VHS à la texture du 16mm très 70’s. Il est clair que l’intention de styliser le métrage est présente, quitte à appuyer à fond cet élan !

Cela se voit dès son introduction, volontairement excessive, comme dans ses choix musicaux, qui appuient très fortement l’esthétique et l’imaginaire de cette époque. Mais n’est-ce pas là une manière d’appuyer toute l’absence de subtilité de son personnage principal ? Que ce soit pour mettre en parallèle cette époque Reaganienne, comme pour coller avec l’image clinquante de Trump, son esthétique est pensée pour appuyer son récit et ses thématiques.

Mais bien que le vernis soit brillant, sa mise en scène, plus académique ne sera pas l’aspect le plus fascinant du métrage. Loin de la force viscérale de son précédent film, la caméra sert ici de support à un portrait de monstres dans une société qui leur permet d’atteindre les sommets. Oui, nous parlerons bien de plusieurs monstres car, ici, le métrage s’intéresse sur la relation entre Trump et son mentor, l’avocat Roy Cohn. Voilà donc le conte désenchantée, où ce n’est pas un, mais deux ogres qui font la loi !

Dans sa première partie, le récit nous entraîne dans cette rencontre, qui changera la vie du jeune Donald, qui devient le petit protégé de cet avocat véreux qui modèlera le Trump que l’on connaît. En venant nous plonger dans cette relation aux allures faustiennes, c’est une ivresse qui vient nous prendre, cette ivresse du pouvoir !

The Apprentice | Metropolitan Films

C’est ici le plus grand morceau de bravoure du métrage, ainsi que la source de sa force, dans son arc autour de ces deux monstres. Au travers de ces comparses, qui viennent mettre en lumière toutes les failles du capitalisme, le récit étrille ses figures qui marchent sur les autres, et notamment le terrible Roy Cohn. En étant peut-être le personnage le plus abject du film, on y comprend mieux son importance dans la construction du personnage de Donald Trump. Ce business-man qui ne parvient pas à s’intégrer dans la haute rencontre un véritable vampire qui va le modeler. C’est une initiation maudite, où les trois règles d’or deviendront le mantra de notre homme à la mèche blonde, et où le film vient en épouser pour les contours, pour à son tour, attaquer, attaquer, attaquer !

Au fil de coups foireux, de parties débridées où l’homophobie de Cohn explose, et où Trump devient l’ogre qui vient tout dévorer : les affaires, sa femme, son mentor… Dans cette relation, l’élève dépasse le maître, et l’écrase ! Car là où Cohn apparaît comme un vampire triomphant au départ, il s’affaiblit au fur et à mesure du récit, notamment à cause de sa maladie, qui fera des ravages : le SIDA. Alors que cet avocat, ouvertement homophobe, clame qu’il souffre d’un cancer du foie, son « ami » Donald ne manquera pas de le traiter en pestiféré, son ignorance et son mépris du sujet venant montrer sa vraie nature…

Donald Trump est le produit de l’individualisme, d’un capitalisme fourbe et exacerbé, où tout est sacrifié sur l’autel de la gloire et de l’enrichissement personnel. Et Abbasi met un point d’honneur à exposer la transformation quasi-monstrueuse du personnage au travers, notamment, de ses relations intimes.

The Apprentice | Metropolitan Films

Un récit peut-être plus inégal, qui perd un peu en mordant !

En passant du nigaud qui gère un petit empire immobilier locatif familial, au requin des affaires gras et détestable. Cette métamorphose s’opère avec froideur et humour noir, bien que de manière un peu inégale. Car là où le métrage faiblit, c’est que ce duo Cohn/Trump n’est pas à l’écran, passage logique où le petit Donald prend son envol, et dévoile toute sa bêtise monstrueuse. C’est peut-être un passage plus poussif, moins bien rythmé, et montrant également toutes les limites d’interprétations de Sebastian Stan.

On ne peut que regretter que l’interprète du Soldat de l’hiver ne parvienne complètement à sortir de l’ombre de son comparse, Jeremy Strong, qui vient absorber toute notre attention en Roy Cohn. Ainsi, que se passe-t-il quand on passe du duo au solo ? Eh bien, la composition brille moins, et l’attention redescend un brin. En effet, Stan ne parvient pas tout à fait à jouer avec la limite de la surenchère, restant enfermé dans une prestation, certes convenable et solide, mais jamais à en crever l’écran. Cela est d’autant plus flagrant dans la deuxième partie du récit où l’attention est portée sur l’ascension de Trump.

The Apprentice | Metropolitan Films

Ici, le rythme est plus chancelant, venant suivre une voie peut-être moins passionnante, alors que toujours intéressante sur le fond, on constate que la transformation de l’ogre prend du temps. Et malheureusement, l’accélération dans sa troisième et ultime partie ne fait qu’accentuer la petite frustration. Car, au final, la métamorphose monstrueuse s’opère, l’ogre prend littéralement forme sous nos yeux ! Mais est-ce que cette métamorphose n’arrive pas un peu tard ? Presque… Si on voit Trump se transformer, tant physiquement avec sa prise de poids et sa perte de cheveux (montré avec un dégoût acerbe), que psychologique, où le magnat de l’immobilier devient un être abject, détruisant sa femme et son meilleur ami, on regrette un peu que cela se produise de manière tardive, venant donc précipiter un peu le tout, malgré un enchaînement de scènes au cynisme noir, portant un certain intérêt !

Avec des séances de chirurgie qui dévoile un corps repoussant, à des échanges aussi cruels que révélateurs sur la personnalité de Trump avec son ancien mentor, alors dans un état affaibli… Le film reprend en force ici, malgré une scène de violence conjugale, bien dispensable. Venant conclure son métrage sur une note d’humour noir, cynique et faisant un écho ultime avec l’actualité politique américaine. C’est dans cet ultime élan, qu’Abbasi retombe sur ses pattes !

The Apprentice | Metropolitan Films

Au final, on fonce ? Ou on passe ?

The Apprentice est une incursion réussie pour Abbasi dans le cinéma américain ! C’est en explorant une nouvelle figure du monstre, après Les Nuits de Mashaad, que le réalisateur semble trouver sa force. Si la réalisation, propre, mais un peu académique, ne sera pas le fait d’armes marquant du métrage, malgré son vernis brillant, on y voit toute sa force dans son récit, où ces ogres nous plongent dans les affres du capitalisme et de son évolution qui aura permis à des figures comme celle de Trump de voir le jour. Soutenu par un duo d’acteurs convaincants, notamment Jeremy Strong, absolument saisissant, le métrage nous plonge avec force dans cette époque aussi fascinante que déroutante.

C’est peut-être ici que se résume le mieux ce métrage, un ensemble aussi inégal que fascinant. Parvenant à en tirer une « origin story » de l’ogre Trump, et de la chute d’un autre ogre, Roy Cohn. Avec ces pointes d’humour caustique, et son envie de prendre dans son entièreté cette naissance monstrueuse, le film évite les pièges classiques du genre, sans pour autant parvenir à maintenir son effet coup de poing. Il en ressort un métrage indéniablement captivant, qui fait évidemment du tort au récit glorieux du businessman blond, et qui apporte une reconstitution d’une époque qui a porté la montée en puissance de ces individus. Au final, le film est en apparence bling-bling, mais en ressort plus noir et cinglant, mais pas autant qu’il le souhaiterait…

Le 9 Octobre 2024 en salles | Drame | 2h00

De Ali Abbasi | Par Gabriel Sherman

Avec Sebastian Stan, Jeremy Strong, Maria Bakalova

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