Synopsis : L’incroyable vie de Lee Miller, ex-modèle pour Vogue et muse de Man Ray devenue l’une des premières femmes photographes de guerre. Partie sur le front et prête à tout pour témoigner des horreurs de la Seconde Guerre, elle a, par son courage et son refus des conventions, changé la façon de voir le monde.
AVIS GLOBAL
Nombreux sont les biopics sur des personnages importants dans notre histoire. Si certains marquent par leur originalité, la plupart sont extrêmement basiques et ne nous offrent rien de nouveau. Prisonnier d’une liste de cases à remplir, le biopic est donc devenu un genre ennuyeux, voire obsolète. Qu’en est-il alors de ce Lee Miller, biopic sur l’une des plus grandes photographes de guerre de tous les temps ?

Un téléfilm de luxe ?
Bien sûr, Lee Miller est un film qui a bénéficié d’une sortie en salles. Cependant, force est de constater que le film aurait très bien pu être un téléfilm de la BBC. En effet, dès les premières secondes, on a l’impression d’être devant un épisode de Downton Abbey (sans offense bien sûr). L’image grisonnante, la caméra souvent tremblotante, et un enchaînement de plans très rapides font que le film semble être réalisé soit par une débutante, soit par une réalisatrice de télévision.
Sans aucune surprise, Ellen Kuras n’a réalisé que deux longs-métrages dans sa carrière, le reste étant des épisodes de séries. Le résultat final de son film est peu glorieux, voire même absolument désastreux. Quasiment chacun de ses plans est d’une laideur affolant. Elle ne prend jamais le temps de travailler ses plans, ironique pour un biopic sur une photographe.
En parlant de photographie, il se trouve que Kuras a été directrice de la photo sur des chefs-d’œuvre tels qu’Eternal Sunshine of the Spotless Mind ou Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch. C’est à se demander où est passé tout son savoir faire, tant sa mise en scène est bâclée.
Un scénario honteux
En plus d’être affreusement laid, Lee Miller est également très mal écrit. Jamais un seul événement que l’on devine marquant dans l’intrigue n’est assez bien exploité pour qu’on ressente l’émotion des personnages ou qu’on s’en souvienne un tant soit peu. Seule peut être la reconstitution de la photo dans la baignoire d’Adolf Hitler est savoureuse, et encore, c’est cher payé.
C’est très dommage, parce qu’il y avait des éléments passionnants, notamment la découverte de l’Holocauste par les personnages de Lee et Davey Scherman, à une époque où personne ne savait ce que l’on faisait des déportés. Tout cela est survolé pour pouvoir nous raconter, presque uniquement dans les dialogues, que Lee Miller est une icône féministe. Ces dialogues sont à la fois essentiels, mais aussi terriblement surécrits pour remplir un cahier des charges anachronique. La plupart des qualités dîtes sur Lee tout au long du film sont des qualités ancrées en 2024.
Lee Miller est peut-être un film uniquement destiné aux collégiens, et dans ce cas, il réussit parfaitement ce qu’il veut faire : être une œuvre grossièrement écrite, d’une subtilité proche du néant et qui n’est en soit qu’une fiche Wikipédia filmée.
Hormis Miller, aucun des personnages de ce film n’est suffisamment développé pour qu’on s’y attache un minimum. C’est encore un coup raté pour le film, qui aurait pu faire du personnage d’Andy Samberg un personnage mieux écrit, lui qui semble avoir une certaine importance dans cette partie de la vie de la photographe.
Kuras ne sait également pas comment ouvrir ou clore son film. Le film débute avec le personnage de Josh O’Connor interviewant le personnage de Winslet. Puis, il enchaîne quelques secondes plus tard avec la vie de Lee en France, avant la guerre. C’est si rapide qu’au bout de dix minutes de film, on se demande si on a pas simplement raté la véritable introduction. Et cette excuse de l’interview qui deviendra quelque chose d’autre au fur et à mesure que le film avance, est une béquille scénaristique paresseuse et très agaçante.
Quant à la fin, le film se clôt avec une sorte de retournement final qui se veut mélancolique. Ce n’est finalement qu’une pâle copie de plusieurs œuvres, et qui tombe dans le ridicule tant il sort de nulle part.

Sauvé par le casting ?
Du côté du casting, on ne peut qu’être émerveillé devant cette flopée de stars, parmi les plus talentueuses de leurs générations. Malheureusement, rares sont ceux qui arrivent à entièrement convaincre dans le film.
Si Josh O’Connor, Noémie Merlant et Marion Cotillard sont très bons dans leurs rôles (les deux premiers parce qu’ils n’ont rien à jouer et la dernière parce qu’elle est vraiment très bonne), le reste du casting n’est pas toujours à la hauteur.
Kate Winslet, tête d’affiche et porteuse du projet, peine à convaincre pendant les quinze premières minutes du film. Parfois vieillie comme à la fin de The Reader, elle en fait trop et n’est jamais juste. Lorsqu’elle part pour l’Europe pendant la guerre, elle devient plus convaincante, sans pour autant donner la « meilleure performance de sa carrière » comme peuvent le dire les bandes annonces.
Le reste du casting est passable. Alexander Skarsgård ne sert juste qu’à jouer le love interest inintéressant au possible. Andrea Riseborough se perd dans une caricature de directrice de magazine avant de trouver une justesse dans sa dernière scène.
Reste enfin Andy Samberg, excellent, qui est sûrement le point fort du film. Il est d’une incroyable justesse. Sans perdre son charisme, il nous fait fondre en larmes lors d’une scène bien précise ou il craque dans l’appartement d’Hitler. On ne peut que vouloir le voir dans d’autres performances plus dramatiques tant il réussit à bouleverser le spectateur.
En conclusion
Lee Miller n’est pas un bon film.
Filmé comme un docu-fiction du dimanche après-midi, écrit exactement de la même façon, le film n’arrive jamais à nous faire adorer son personnage titre, qui est pourtant une véritable héroïne. On s’ennuie plus que l’on est captivé. Le film est déjà oublié dès qu’apparaissent les premières lignes du générique de fin.
C’est un beau gâchis qui avait pourtant un immense potentiel, mais tout n’est qu’échecs et déceptions. Certes, il marque parfois avec des scènes choquantes mais rien n’est jamais mis en valeur et rien n’est jamais convaincant. Un comble pour un film sur une femme dont le travail était de travailler l’image pour lui donner un sens.
9 octobre 2024 au cinéma | 1h57m | Biopic, drame, guerre
De Ellen Kuras | Par Ellen Kuras
Avec Kate Winslet, Andy Samberg, Josh O’Connor
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