Synopsis : A quelques jours de son procès pour les crimes commis sous les traits du Joker, Arthur Fleck rencontre le grand amour et se trouve entraîné dans une folie à deux.
AVIS GLOBAL
Tout était destiné à être grand. Les prises de risques qui se dévoilaient tout au long de la production ne pouvaient être qu’intrigantes. Alors qu’en est-il, de cette suite insensée ? Et que dire sur ce film qui n’ai pas déjà été dit ?

Une splendide mise en scène
Autant le dire tout de suite, Joker : Folie à deux est plus qu’une véritable déception : c’est une véritable honte à presque tout ce qu’il fait référence. Du premier film aux comédies musicales de l’âge d’or, le film cite sans jamais pour autant respecter leurs codes et leur cohérence.
Mais commençons donc par les points positifs, pour ne pas trop plomber l’ambiance dès le début.
S’il y a une chose que Todd Phillips sait bien faire, c’est mettre un scénario en images. Ce fut déjà le cas avec le premier Joker, qui avait son lot d’images marquantes et de séquences gigantesques, secondées d’une photographie des plus admirables. Cette réalisation assez créative et visuellement maîtrisée impressionnait d’autant plus qu’à l’époque de sa sortie, Todd Phillips était surtout connu pour ses comédies. Un contre-emploi, donc, mais cette fois-ci derrière la caméra.
Pour la suite de ce qui est pour l’instant son plus grand film, Phillips nous offre du très grand spectacle. En termes de réalisation, il s’amuse, tantôt à reproduire ce qui faisait la grandeur de Joker, mais aussi à innover, en proposant des scènes de comédie musicale parfois très inspirées (reprenant les idées d’autres films aussi, il faut l’avouer). Ainsi, on se retrouve face à des scènes de chansons en plein tribunal qui sont absolument splendides, tant dans la chorégraphie des personnages que dans l’éclairage. Certaines scènes musicales plus « mineures » sont également très inspirées, à l’image de celle où Lady Gaga dessine un sourire au rouge à lèvre sur la vitre derrière laquelle se trouve Joaquin Phoenix.
Todd Phillips est donc encore une fois très inspiré pour faire son travail de réalisateur, et on ne peut que le remercier pour cela. La qualité de ce que l’on voit nous permet de nous raccrocher à quelque chose alors que défile un scénario des plus ridicules.
Parlons du scénario…
Non seulement toute la partie comédie musicale du film est beaucoup trop présente, mais en plus de cela, elle est affreusement mal exécutée. Car c’est un genre cinématographique qui ne peut être employé aléatoirement. Et malheureusement, Phillips rate absolument tout. Le fait qu’il n’y a pas une seule chanson composée spécialement pour le film n’est pas un problème en soit. Le problème est que le réalisateur a pris toutes les chansons d’amour les plus populaires des années 50 à 70 et qu’il les a mis au hasard au milieu de son film en espérant que ça match avec l’ambiance de la scène c’est criminel.
Rien que la première scène chantée dénote complètement, tant elle n’a AUCUN rapport avec ce qui est montré à l’écran ou raconté dans l’intrigue. En plus de ce détail, la plupart des numéros chantés le sont en fredonnant, dans des scènes qui se veulent plus intimes. En plus de rallonger inutilement un film déjà bien ennuyeux, elles sont souvent assez mauvaises et ne font pas du tout avancer le récit, élément pourtant essentiel d’une comédie musicale.
Nous ne mentionnerons pas non plus le fait que le personnage de Lee « Harley Quinn » Quinzel ne serve finalement à rien dans l’intrigue si ce n’est pour questionner de façon assez pertinente notre obsession malsaine pour les personnages violents et déviants. Mais hormis cela, Gaga est un simple second rôle, là où la question de la folie à deux aurait pu (et due) être le centre de l’intrigue.
Pour finir, après nous avoir offert 1h50 de très beau vide, le film se rappelle qu’il avait soulevé des questions à la fin de son prédécesseur, notamment sur la question des violences policières. Alors il se dépêche, pendant les quinze dernière minutes, de nous montrer des scènes de violences policières de façon indigeste pour que le spectateur se dise qu’il a réfléchi sur la problématique pendant le visionnage. C’est insupportable et on a juste l’impression que Phillips se fout ouvertement de notre gueule.

Un film de Phillips ou Phoenix ?
Parce que si Todd Phillips doit avoir sa part de responsabilité dans le fiasco qu’est le film, il est important de noter que Joker : Folie à deux est encore une fois le Joaquin Phoenix Show. L’acteur semble avoir une belle main mise sur le résultat final et s’offre encore une fois le beau rôle, sans laisser une seule miette à ses compagnons de scène.
Et force et de constater que, même s’il est encore plutôt bon, les cabotinages de l’acteur rendent son personnage beaucoup moins intéressant que dans le premier film. Il en fait trop et fatigue son spectateur tant il essaie de pousser tout à fond (dans le sens péjoratif du terme). Lui qui dans ce film chante (plutôt mal d’ailleurs), danse, maigrit, performe, on se demande bien ce qui a pu le pousser à abandonner le tournage du dernier projet de Todd Haynes, tant il essaie de nous montrer ici qu’il peut absolument tout faire et qu’il n’a peur de rien.
Phoenix et Gaga sont secondés par des acteurs exceptionnels jouant des personnages au mieux clichés, au pire insipides. Brendan Gleeson reprend juste son rôle de prisonnier dans Paddington 2, en fait un gardien de prison et le rend un peu plus méchant. Lui qui peut être si juste (Les Banshees d’Inisherin pour ne citer que lui) tombe quand même dans les clichés dus à un scénario mal écrit.
Immense tristesse de revoir sur les écrans la splendide Catherine Keener, elle qui se fait de plus en plus rare depuis quelques années, dans un rôle d’avocate tellement bateau malgré un joli temps d’écran. Elle ne peut rien apporter à son personnage qui n’a définitivement rien à offrir.
On notera tout de même deux apparitions très justes et très belles de Zazie Beetz et Leigh Gill, reprenant leurs rôles du premier film. Les deux sont très bons et cela fait plaisir de les revoir. Ils ont tous deux plus à jouer que Keener ou Gleeson, avec seulement une seule scène chacun.
En conclusion
Joker : Folie à deux est un fiasco, mais un fiasco en beauté. Plastiquement irréprochable, il se perd toutefois dans un scénario que ni Todd Phillips ni Joaquin Phoenix ne semblent maîtriser, mais font quand même, à cause d’un ego certainement né après le succès du premier film. La fantaisie de faire de la suite de Joker une comédie musicale aurait dû être supervisée par des professionnels tant rien n’est respecté ou ne semble complètement assumé.
C’est un film qui tombe à plat, qui fait lever les yeux au ciel, souvent, et qui en plus de cela, a l’audace de massacrer Close to You des Carpenters, ce qui est un crime impardonnable. Si vous voulez vraiment un film de tribunal, revoyez Anatomie d’une Chute, et si vous voulez une vraie comédie musicale, allez (re)voir Emilia Pérez. Il est toujours en salle et en plus, il va nous représenter pour les Oscars. En-tout-cas, ce sera toujours mieux que le film dont nous venons de parler.
2 octobre 2024 au cinéma | 2h18m | Comédie musicale, thriller, romance
De Todd Phillips | Par Todd Phillips
Avec Joaquin Phoenix, Lady Gaga, Brendan Gleeson
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