Synopsis : New York en 1965. Une danseuse se blesse. Bientôt, elle se retrouve entraînée vers des forces obscures lorsqu’un couple étrange de personnes âgées, lui promet une chance d’accéder à la célébrité.
AVIS GLOBAL
Cette critique a été écrite avec à l’esprit le fait que le lecteur a vu ou sait ce qu’il se passe dans le film Rosemary’s Baby de Roman Polanski. Si jamais vous n’avez pas vu le film ou que vous n’en savez rien, il vaut mieux le voir avant. Elle ne spoile cependant pas vraiment L’Appartement 7A, le film partant, lui aussi, du fait que le spectateur a déjà vu le film original.
Remake, suite, préquel ou nouvelle adaptation de Rosemary’s Baby ? Telle est la question que l’on a pu se poser lorsque le projet a commencé à prendre forme. Il s’agira finalement d’un préquel, mais était-ce bien utile ?

On prend les mêmes et on recommence !
L’Appartement 7A n’est pas ce que l’on peut appeler une œuvre particulièrement originale. En effet, si elle veut raconter les événements qui sont arrivés à la mystérieuse Terry, que l’on voyait brièvement au début du film original, le film n’en est pas moins un reboot caché du long-métrage de Polanski. Nouveau personnage, mêmes événements, si vous connaissez le film original, vous ne serez pas vraiment surpris.
Le film gagne cependant en efficacité en donnant une véritable personnalité à son personnage principal, joué par Julia Garner. On s’attache dès les dix premières minutes à ce personnage on ne peut plus classique de danseuse ayant tout perdu à cause d’une blessure. Cette caractérisation plus en profondeur est peut-être ce qu’il manquait à la Rosemary de Mia Farrow, qui devenait, malgré elle, un personnage assez archétypal, même si l’on arrivait quand même à se soucier de son sort.
Paradoxalement, le développement du couple Castevet est peut-être de trop. Dans le film original, ils étaient terrifiants parce qu’on ne savait rien d’eux et qu’ils semblaient juste être de sympathiques voisins un peu envahissants. Ici, on entre un peu plus dans leur histoire en les faisant beaucoup plus interagir avec le personnage de Julia Garner. Cette quasi omniprésence du couple d’antagonistes le rend beaucoup moins inquiétant, malgré les nombreuses tentatives peu fructueuses d’instaurer le malaise.
Une mise en scène surprenante
S’il n’est pas vraiment remarquable du côté de sa réalisation, L’Appartement 7A marque par ses quelques fulgurances qui se révèlent être de merveilleuses trouvailles qui réinventent de façon très originale des passages horrifiques.
Se déroulant à New York et ayant une artiste de comédie musicale comme personnage principal, le film fait appel à tout un visuel et des motifs rappelant Broadway, de façon plus ou moins subtile. On notera la scène ou Terry est face au diable, rejouant bien évidemment la scène de la conception de l’Antéchrist, qui enlève tout malaise pour en faire une véritable scène de comédie musicale. Les chorégraphies, sans être très complexes, sont d’une inventivité folle, en particulier ce « pentagramme » fait pas des hommes à la manière d’un film de Busby Berkeley autour du lit ou est allongée Terry, le tout en plan zénithal.
Cette scène est si bien pensée et si inattendue qu’on ne peut que regretter que le film n’ait pas été entièrement une comédie musicale. Cela aurait vraiment fait souffler un vent de fraîcheur sur ce projet sur le papier assez ennuyeux.
Le film s’autorise également à nous montrer le Diable, ou du moins comment le voit Terry. Le look de la créature est lui aussi totalement inattendu. Aussi effrayant que magnifique, L’Appartement 7A nous rappelle que le Diable est avant tout un ange déchu, et ce côté totalement « camp » marche étonnamment bien.
Il est vraiment dommage que le film ne poursuive pas cette créativité de réalisation qu’il a pu nous montrer de temps en temps. Est-ce à cause de la production ? Est-ce à cause d’un scénario qui n’a pas osé prendre plus de risques ? On ne le saura peut être jamais, mais en tout cas le film qu’aurait pu nous proposer Natalie Erika James aurait pu être tellement plus. On est forcément un peu déçu par le résultat final, même s’il est loin d’être mauvais.

Un scénario compliqué
Si sa mise en scène est surprenante, le scénario est extrêmement problématique. Le film tombe dans tellement de pièges qu’il aurait pu facilement éviter et qui font juste lever les yeux au ciel. On citera par exemple le fait que tout New York semble connaître le satanisme pratiqué par les habitants de l’immeuble où se déroule l’intrigue, par le biais d’une religieuse que rencontre Terry. C’est très bateau et cela enlève toute crédibilité aux Castevet qui ne font visiblement plus leurs coups dans le secret, mais sont bien sujets aux rumeurs.
On notera également un énorme ventre mou dès lors que le bébé entre en scène. Il ne se passe presque rien qui pourrait attiser la paranoïa du spectateur et du personnage. Ceci est en partie dû au fait qu’on sait ce qu’il se passe grâce au film de 1968. C’est bien dommage, parce que le film tombe donc dans une platitude qui ne devrait pas être, l’univers de Rosemary’s Baby étant essentiellement basé sur la paranoïa et la tension.
Côté casting
Julia Garner est exceptionnelle dans son rôle. Elle met tout son cœur et toute son énergie, aussi bien dans ses scènes de danse que dans ses scènes plus « ordinaires ». On croit tout le temps à son personnage et à ce qu’il ressent et on ne peut que vouloir regarder le reste de sa filmographie après ce film, tant elle porte le film à bout de bras.
Malheureusement, les seconds rôles dans ce film sont assez insipides. Ce qui est un comble quand, dans le film original, tout le casting était parfait pour jouer des personnages troubles et terrifiants. Jim Sturgess interprète le rôle d’un producteur qui aurait pu être intéressant (le film traitant de viol, et à l’époque #MeToo) mais qui est finalement très en retrait et très peu développé. Marli Siu joue une meilleure amie qui elle aussi aurait pu avoir une certaine importance dans l’intrigue, mais qui finalement ne sert pas à grand-chose.
Kevin McNally est un bon successeur à Sidney Blackmer, étant déjà beaucoup plus présent que l’acteur original, ce qui apporte une certaine personnalité au personnage de Roman Castevet, qui était plutôt oubliable dans le film de Polanski. Si elle n’est pas Ruth Gordon, Dianne Wiest (l’une des meilleures actrices de sa génération), tente de faire quelque chose avec sa Minnie. Elle tombe malheureusement assez facilement dans le surjeu, chose que faisait déjà Gordon à l’époque, mais que cette dernière maîtrisait à la perfection, là où Wiest essaie de trop lui rendre hommage, ce qui ne marche pas à chaque fois.
En conclusion
S’il n’est pas révolutionnaire, L’Appartement 7A reste tout de même un honnête divertissement de plateforme, et de qualité bien supérieure à la plupart des requels sorti ces cinq dernières années. Il essaie de faire du nouveau avec un matériel de base qui est un quasi copier-coller de l’œuvre de base. Porté par une Julia Garner magnétique, le film, non pas sans défauts, reste un très bon film pour commencer la spooky season.
28 septembre 2024 sur Paramount+ | 1h40m | Épouvante/horreur, thriller
De Natalie Erika James | Par Natalie Erika James
Avec Julia Garner, Dianne Wiest, Jim Sturgess
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