Speak No Evil – Malaise Made in America

Synopsis : Une famille américaine passe le week-end dans la propriété de rêve d’une charmante famille britannique rencontrée en vacances. Mais ce séjour qui s’annonçait idyllique se transforme rapidement en atroce cauchemar.

AVIS GLOBAL

Note : 3 sur 5.

Hollywood a souvent eu le chic de reprendre des concepts de films européens pour les refaire à leur sauce, pour un résultat souvent aléatoire. Alors quand le prolifique studio Blumhouse décide de jeter ses crocs sur le petit phénomène de festival venant du Danemark, Ne Dis Rien, afin d’en refaire un remake bien américain, les aficionados du film ont rapidement senti la douille.

Ne Dis Rien, c’est ce petit film au concept terrible. Un couple lambda danois rencontre un autre couple plus excentrique pendant des vacances communes. Alors que le retour à leur quotidien démontre un ennui profond chez le père de famille, une invitation de leurs nouveaux copains dans leur maison de campagne va signer le début d’un enfer de plus en plus pesant. Sur le papier, rien de bien original et pourtant… Le film de Christian Tafdrup se posait en réussite en jouant sur un malaise insoutenable, poussant les limites des personnages et de ses spectateurs jusqu’à un final terrifiant.

Bien évidemment, les studios américains n’allaient pas attendre pour lancer une nouvelle version, deux ans seulement après l’original. Pourtant, l’entreprise partait sur des bases plutôt rassurantes. En choisissant James Watkins comme metteur en scène, notamment derrière l’excellent et viscéral Eden Lake, ou encore l’un des meilleurs épisodes de Black Mirror, Speak No Evil s’assure un réalisateur chevronné aux films d’horreur et de tensions extrêmes. Si l’on ajoute un casting de premier choix avec James McAvoy, Mackenzie Davis, Aisling Franciosi et Scoot McNairy, ce remake américain pouvait créer la surprise.

Speak No Evil | Universal Pictures

Essayez de ne pas être mal à l’aise

Surprise, il n’y aura pas, Speak No Evil prenant le moins de risque possible en reprenant à l’identique son aîné dans une mise en place efficace, mais aucunement surprenante pour quiconque aura vu son modèle danois. Néanmoins, pour une partie, sans doute majoritaire, de spectateurs découvrant cette histoire avec cette version, Speak No Evil se dévoile comme un film divertissant et terriblement perturbant dans sa première moitié.

Jouant à fond la carte du malaise, James Watkins s’efforce de laisser ses comédiens s’amuser à tordre les conventions de la politesse presque hypocrite de notre société. Jusqu’où accepte-t-on nos limites morales pour ne pas froisser l’autre ? Speak No Evil en fait la démonstration, le malaise allant de plus en plus loin jusqu’à l’évident point de rupture qui se fera dans la violence.

Si James Watkins ne réinvente pas le genre, en bon artisan qu’il est, il délivre un récit propre techniquement. Sa caméra étant toujours placée au bon endroit pour amener au mieux cette tension et ce malaise sourd qui rend le visionnage toujours aussi inconfortable. Bien aidé par une performance de McAvoy en roue libre totale. L’acteur écossais semble s’amuser pleinement, bombant le torse et se livrant à des excès de jeu qui flirtent avec le ridicule, mais n’y tombe heureusement jamais.

Speak No Evil | Universal Pictures

USA, le pays des bisounours

Qu’est-ce qui cloche donc avec cette nouvelle version alors ? Le film reprenant des enchaînements de séquences à quasiment l’identique. C’est dans son traitement de la fin que Speak No Evil tombe dans les travers propres à Blumhouse et au cinéma d’horreur “grand public”. Sans trop en dire, le film vire en Home Invasion classique et bourrin. L’original jouait beaucoup plus dans la subtilité pour bien plus choquer dans certains effets et choix de narration. James Watkins déroule un morceau de bravoure pas déplaisant, mais terriblement attendu.

Une fin bien américaine, en somme, refusant d’aller trop loin pour ne pas traumatiser. Hollywood continuant d’infantiliser son public, le brossant dans le sens du poil, le moindre risque représentant un frein dans l’industrie. C’est bien tout le problème général de Speak No Evil. Dans les faits, le film est sympathique et efficace, mais ne se contente que de cela.

Avec un total manque d’ambition et de subversion pour offrir une vraie alternative au film danois, ce produit bien Made in America est un film d’horreur bien troussé, mais dans le niveau moyen général de la production actuelle. D’autant plus dommage, tant la richesse du concept aurait pu aboutir à une seconde vision bienvenue, plus bourrine, bien que tout aussi passionnante sur cette lutte physique et mentale. Le film danois se posait en film féroce sur la curiosité presque morbide d’une bourgeoisie bien pensante pour les provinciaux plus modestes, la version américaine ne propose pas grand-chose qu’un petit tour de train fantôme malaisant.

Ni mauvais, ni exceptionnel, Speak No Evil peut faire figure de bonne sortie entre potes au cinéma pour un peu de frisson. Pour autant, il est plus recommandable d’aller jeter un œil au film de Christian Tafdrup, plus abouti, plus nihiliste et surtout bien plus marquant.

18 Septembre en salle | 1h50 | Thriller, Epouvante, Horreur

De James Watkins

Avec James McAvoy, Mackenzie Davis, Aisling Franciosi & Scoot McNairy

Vous pouvez continuer à nous suivre sur Instagram , Twitter et Facebook.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

categories

subscribe to my blog