Synopsis : Iman vient d’être promu juge d’instruction au tribunal révolutionnaire de Téhéran quand un immense mouvement de protestations populaires commence à secouer le pays. Dépassé par l’ampleur des évènements, il se confronte à l’absurdité d’un système et à ses injustices mais décide de s’y conformer. A la maison, ses deux filles, Rezvan et Sana, étudiantes, soutiennent le mouvement avec virulence, tandis que sa femme, Najmeh, tente de ménager les deux camps. La paranoïa envahit Iman lorsque son arme de service disparait mystérieusement…
AVIS GLOBAL
Il y a des films qui vous bouleversent alors que vous ne saviez pas du tout à quoi vous attendre.
Les Graines du figuier sauvage en fait partie.

Un point sur la géopolitique iranienne
Véritable témoignage de son époque, le film met en scène un Iran dévasté à cause d’un gouvernement théocratique qui réprime et torture son peuple à la moindre occasion.
On découvre également la justice de ce pays, corrompue, qui n’hésite pas à exécuter des civils innocents avec des juges (dont fait partie le père de la famille que l’on suit pendant 2h48) qui n’ont que quelques minutes pour lire des dossiers d’accusation, ce qui finira presque toujours par la mort de l’accusé. C’est donc avec maestria que Mohammad Rasoulof arrive à faire un état des lieux de son pays pour les spectateurs occidentaux (public cible du long-métrage) qui pourraient ne pas connaître la géopolitique actuelle de ce pays meurtri. Non seulement on comprend très facilement tous les enjeux et les problèmes qu’apporte le gouvernement iranien, mais on est aussi glacés par l’horreur que subissent ces personnes.
La petite histoire de cette famille nous permet ainsi de nous identifier et de vivre (tant bien que mal) l’horrible quotidien de la grande histoire du peuple iranien. Ceci est d’ailleurs accentué par l’utilisation de véritables reels Instagram montrant les violences policières et les répressions, marquant des pauses abominables à une intrigue déjà très oppressante.
Un film qui n’ennuie pas
Contrairement à ce que l’on pourrait penser en voyant la durée, on ne s’ennuie pas une seule seconde devant ce film. Il y a même un « rythme » qui s’installe dès les dix premières minutes, lorsque le père de famille se retrouve face à une autorisation d’exécution d’un potentiel innocent alors qu’il ne peut pas lire son dossier. La tension s’installe instantanément, et à partir de cet instant précis, le spectateur est impliqué dans une série de scènes plus cauchemardesques les unes que les autres, et qui arrivent même à affecter son moral.
Le film se divise en deux parties, une plus longue que l’autre. La première nous montre le quotidien des femmes de la famille face à la mort de Mahsa Amini, la mère étant plutôt conservatrice, alors que ses filles découvrent petit à petit les mensonges propagés par l’État. Cette partie est horrifiante et l’enchaînement de scènes toujours plus extrêmes rend le visionnage particulièrement difficile.
Si la seconde partie perd un peu en intensité, tournant vite en rond sans être particulièrement ennuyeuse, le final glaçant rend le visionnage inoubliable. Chaque seconde des trente dernières minutes est un bijou de suspense qui arrive à faire ressentir au spectateur la peur et l’horreur de la situation.

Horreur (réelle ou mystique)
L’horreur réelle du long-métrage se manifeste par les fameuses « archives » violentes, dispersées à des moments précis de l’intrigue. Elle se manifeste également par la violence des maquillages qu’on peut longuement, très longuement, observer lors d’une scène de nettoyage de blessures extrêmement réalistes, en plan fixe, pendant plusieurs minutes insoutenables.
L’horreur est également présente de l’embrigadement de ce père, qui va, petit à petit, devenir esclave de ce gouvernement totalitaire, et se laisser aveugler par un semblant de justice qui n’en est pas un. Se métamorphosant progressivement en monstre, dans une partie entière rappelant le Shining de Stanley Kubrick, allant même jusqu’à un climax terrifiant dans des ruines labyrinthiques au milieu du désert.
Le film devient donc un véritable film d’horreur, aussi bien dans son réalisme que dans son côté plus fictionnel.
En conclusion
Il est encore difficile de poser des mots sur une telle œuvre.
L’intrigue est tellement glaçante qu’on ne peut savoir comment l’appréhender. On sait juste qu’émotionnellement, le film fait mal. Très mal. Ce n’est pas un film qu’on peut recommander à tout le monde, il faut avoir le cœur bien accroché. Le jeu des acteurs, et plus précisément de son trio d’actrices absolument fantastique, aide d’autant plus à une meilleure immersion. Et après un portrait si courageux et si réaliste de l’Iran par son réalisateur, on ne peut que vouloir se lever et faire quelque chose pour aider le peuple iranien, aussi limités sommes nous.
Soutien total au peuple iranien, aux femmes iraniennes, et vive la liberté !
18 septembre 2024 au cinéma | 2h 48m | Drame, thriller
De Mohammad Rasoulof | Par Mohammad Rasoulof
Avec Soheila Golestani, Missagh Zareh, Mahsa Rostami
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