La Nuit se traîne – Un sommeil agité dans une nuit qui portera conseil

La Nuit se traîne : Ce soir-là, Mady, étudiant le jour et serrurier la nuit, voit sa vie basculer quand il ouvre la mauvaise porte et devient accidentellement complice d’une affaire de grand banditisme. Au cœur d’une ville en pleine ébullition, Mady n’a qu’une nuit pour se tirer d’affaires et retrouver la trace de Claire, celle qui a trahi sa confiance. Le compte à rebours est lancé…

AVIS GLOBAL

Note : 3 sur 5.

Fort du succès de son dernier court-métrage T’es Morte Héléne, Michiel Blanchart se lance à la poursuite de la même finalité pour La Nuit se traîne, son premier film. Le réalisateur belge a une nuit pour l’atteindre, mais aussi pour confirmer les attentes que Sam Raimi porte en lui, le cinéaste allant produire l’adaptation en long de son court-métrage.

La Nuit se traîne | Gaumont

France-Belgique, mêmes revendications

Dans La Nuit se traîne, il n’y a pas que Michiel Blanchart qui doit confirmer. Protégé de Jimmy Laporal-Trésor, avec qui il a tourné dans Soldat Noir et Les Rascals, Jonathan Feltre met une patte en dehors de son nid. Le film belge et le film français sont thématiquement semblable, le premier se déroulant en parallèle d’une manifestation contre le racisme et les violences policières.

Bien que le personnage de Jonathan Feltre – Mady – est impliqué malgré lui dans la pègre, la police reste loin d’être une entité salvatrice. C’est une ombre violente planant sur lui, même quand il compte y faire appel pour l’aider. La ligne entre la criminalité et la justice est extrêmement fine. La violence des deux est identique car elle est portée par les mêmes personnes.

En effet, au sein même de la police se trouve des criminels, les mêmes que ceux qui portent un brassard nazi comme dans l’appartement dans lequel Mady se fait piéger. Le rapprochement va tellement loin que même les méthodes sont pareilles. Subsiste chez les deux une notion de « couper le souffle » que ce soit en scotchant la bouche et le nez ou en mettant le genou sur la nuque.

L’interrogatoire que subit Mady chez les criminels ressemble à s’y méprendre à celui que nous pouvons retrouver dans un commissariat. L’environnement aseptisé et des personnes cherchant des informations sur le jeune homme lient les deux lieux indubitablement.

Ainsi, à l’instar du personnage de Rudy dans Les Rascals, Mady va devoir un choix. Cette décision est portée par un Jonathan Feltre qui confirme être un grand espoir du cinéma français, faisant même jeu égal avec Romain Duris, son aîné.

Un triangle politique

Mady se trouve en dehors de ce mouvement populaire parce qu’il travaille. Il se fera carrément surnommer « mouton noir » par certains manifestants, soulignant ainsi son manque d’engagement. La Nuit se traîne va tourner autour de l’inversement de la situation et des opinions de Mady, chose montrée avec exactitude par l’écran titre avec la caméra qui fait basculer la ville de bas en haut.

L’étudiant est initialement assimilé au chien noir du premier appartement que nous voyions : il suit les ordres. Cette condition implique naturellement le fait qu’il soit sous l’emprise de quelqu’un, et il est dans ce cas sous celle de Yannick. Durant l’interrogatoire, la caméra tourne autour de lui pour montrer qu’il est littéralement pied et poings liés. Cette idée se retrouve plus tard quand les criminels l’enferment dans les toilettes de la maison close, sauf qu’ici il va prendre la décision de fuir.

La Nuit se traîne | Gaumont

La prise de décision, voire même de position, est fondamental dans son développement car soit il prend le parti de l’un, soit il prend celui de l’autre. Pendant un temps il va prendre celui de Yannick dans un exercice de mimétisme. Chien de chasse, il va poursuivre Claire dans des plans larges de « caméra de surveillance » se rapportant à ceux où il s’est fait piéger, et lui passer un interrogatoire copié/collé de son maître. Néanmoins, Mady n’est pas Yannick. Il ne fait que jouer un rôle, en témoigne le manque de pression qu’il inflige à Claire.

Malgré ça, il reste tout de même un animal. Le trait jaune sur son œil dans les toilettes de la maison close s’agrandit certes lorsqu’il observe Claire et Théo dans le placard, toutefois il garde toujours un collier autour du cou. Son changement de bord « politique » ne peut qu’advenir qu’en se plaçant contre les criminels et contre les forces de l’ordre.

Ces deux entités s’entremêlent une nouvelle par cette fois-ci les armes. Fuir les balles de la pègre équivaut à fuir celles de la police. Ce n’est ainsi qu’en faisant face à ces deux violences que le visage peut être baigner par cette lumière jaune symbolisant le Soleil. Seul lui peut tirer de cette nuit mentale les gens ayant vécus avec un collier au cou.

Une nuit pour prouver sa valeur

Si Jonathan Feltre convainc dans son rôle, il est du devoir de Michiel Blanchart d’en faire tout autant. Avant de rejoindre Sam Raimi, le réalisateur doit prouver qu’il est capable d’être tout aussi juste sur un long format. Comme tout bon premier film, La Nuit se traîne est très référencé.

Gaspar Noé est le premier nom qui ressort, la palette de couleur oscillant entre le jaune et rouge rappelant ses œuvres. Le début du métrage ressemble notamment à celui d’Irréversible avec cette recherche nocturne endiablée dans les coins les plus sombres de Bruxelles.

Il n’empêche que le film de Blanchart est moins dynamique et moins « fou » que celui de Noé. Nous sentons que le réalisateur belge souhaite s’en rapprocher, en particulier avec l’affrontement entre Mady et Sam, toutefois il peine à y retrouver la même intensité.

Nous pouvons y voir en revanche quelques-unes de ses expérimentations avec ces tremblements à chaque coup porté, chose qui étrangement ne revient pas plus tard. Blanchart va par la suite plutôt se tourner vers le plan-séquence, particulièrement lors des courses-poursuites, avec l’usage d’un drone.

Dans l’ensemble, la réalisation est assez stéréotypée et peu surprenante. Le parallèle entre la première séquence et celle du piège est symptomatique de cela. Dans l’une, la caméra est à l’intérieur, on invite Mady et on le paie. Dans l’autre, la caméra est à l’extérieur, on ne lui dit pas d’entrer et on ne le paie pas. C’est plutôt bien trouvé sauf que le métrage ne peut s’empêcher de souligner que quelque chose cloche par des inserts.

Le film a beau se réveiller quelques fois par des plans chocs, cela ne reste pas suffisant. Le final est dans cette même veine avec ce plan académique de Mady en voiture qui est sur le point de prendre la plus grande décision de sa vie. Blanchart est en soi dans les mêmes chaussures que son personnage : la formalité le rattrape dans ses élans libertaires. Nous espérons que pour les projets futurs du réalisateur, cette longue nuit aura porté conseil.

La nuit n’a pas été de tout repos. Dans l’ombre des bâtiments de Bruxelles, Michiel Blanchart s’est lancé dans une course-poursuite haletante où il s’est quelques fois pris les pieds en n’allant trop vite, ou pas assez. Cette virée est cependant la première d’une longue série jusqu’à ce qu’il puisse lui aussi trouver la lumière, chose qu’il a déjà presque atteint.

Le 28 août 2024 en salles | 1h31 | Action, Thriller

De Michiel Blanchart | Par Michiel Blanchart

Avec Jonathan Feltre, Natacha Krief, Jonas Bloquet

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