City of Darkness : Fuyant le puissant boss des Triades Mr. Big, le migrant clandestin Chan Lok-kwun se réfugie à Kowloon où il est pris sous la protection de Cyclone, chef de la Citadelle. Avec les autres proscrits de son clan, ils devront faire face à l’invasion du gang de Mr. Big et protéger le refuge qu’est devenue pour eux la cité fortifiée.
AVIS GLOBAL
Il fut une époque où le cinéma hongkongais régnait en maître dans le polar et le cinéma d’action. Une époque révolue par une histoire politique complexe suite à sa rétrocession à la Chine par les Britanniques à la fin des années 90. Depuis, les films hongkongais se comptent sur les doigts de la main, la plupart des cinéastes ayant émigré dans d’autres pays. Tous ? Non ! Il existe un irréductible réalisateur, touche à touche, qui résiste à l’envahisseur : Soi Cheang !

Soi Cheang, un maître touche à tout !
Connu en France principalement via Limbo, sorti en 2023, le talentueux réalisateur revient avec un film d’action qui sent bon la nostalgie et l’hommage à tout un pan de la culture hongkongaise. Mais ce serait mal connaître Cheang qui, non content de délivrer l’un des meilleurs films d’action de l’année, nous sert également un féroce film politique.
En prenant comme personnage principal un clandestin cherchant sa place dans un pays en pleine crise identitaire, Cheang peut y déployer tous ses thèmes récurrents, mais aussi son talent de la mise en scène. Car avant d’être un fascinant brûlot politique, City of Darkness est un pur shoot d’adrénaline.
Le cinéaste assume pleinement d’être dans une œuvre de fiction et se sert de sa caméra pour capter des chorégraphies de plus en plus impressionnantes. Commençant comme un film d’action bien troussé, il finit par devenir une déferlante d’images folles, de bastons où l’impossible devient possible, amenant un aspect fantastique jubilatoire pour tout fan de cinéma asiatique ou de manga. Le réalisateur s’amuse comme un gamin, jouant sans cesse avec les décors et les capacités physiques des acteurs pour amener un spectacle de tous les superlatifs.
Cela passe aussi par une direction artistique totalement folle. Comme Limbo, Cheang ramène le bidonville surchargé. Ce décor fait éminemment sens avec sa narration, la citadelle de Kowloon étant le dernier bastion d’un Hong Kong libre, mais appauvri, convoité par des immobiliers au service des colons britanniques avant sa destruction annoncée. Une citadelle peuplée de divers protagonistes avec un dénominateur commun au personnage principal, une recherche de place dans un monde qui ne leur laisse aucune chance.
Le Crépuscule des Guerriers…
Il est dommage que le titre français, bien qu’efficace, ne reprenne pas sa traduction originale, “Twilight of the Warriors” qu’on peut traduire par “Crépuscule des Guerriers ». C’est bien toute la note d’intention de Cheang, filmer les derniers combattants d’une époque aujourd’hui révolue. Des combattants tiraillés entre un passé violent qui les hante et un futur bien incertain.
City of Darkness a tout du conte nihiliste, Cheang nous avait déjà bien maltraités avec Limbo. Si le film possède bien plus d’humour et de passages légers, il n’oublie jamais ses enjeux dramatiques à travers une ribambelle de personnages différenciés par leurs âges, mais unis par leurs désirs. Car au fond, chacun de ces gangsters ne rêve que d’une vie simple où seule leur condition sociale et leur passé semble être le frein. C’est toute la puissance émotionnelle du film, mais aussi sa noirceur : nul ne peut échapper à son destin et les actes antérieurs finissent par nous rattraper.
Et c’est bien toute la beauté de City of Darkness… Non content d’être un pur shoot d’adrénaline, un film d’action imparable qui met deux trois claques sans jamais s’excuser, Soi Cheang délivre également un hommage vibrant et profondément touchant à tout un pan de l’histoire du cinéma hongkongais. Un cinéma quasiment disparu, coincé dans une situation géopolitique complexe où l’art est devenu une arme. Bref, on appelle ça un coup de cœur…
14 Août en salle | 2h05 | Action, Thriller
Avec Louis Koo, Sammo Kam-Bo, Raymond Lam
De Soi Cheang
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