Borderlands – Quelque part entre Doom et Rebel Moon

Borderlands : Lilith, une chasseuse de primes au passé trouble, revient à contrecœur sur sa planète natale, Pandore, la planète la plus chaotique de la galaxie… Sa mission est de retrouver la fille disparue d’Atlas, l’homme le plus puissant (et le plus méprisable) de l’univers. Pour y arriver Lilith va devoir former une alliance inattendue avec une joyeuse équipe de marginaux : Roland, un mercenaire chevronné ; Tiny Tina, une pré-ado avec un gros penchant pour la démolition ; Krieg, le protecteur musclé de Tina ; Tannis , une scientifique fantasque ; et Claptrap, un robot très bavard. Ensemble, ces héros improbables vont devoir affronter les pires espèces extraterrestres et de dangereux bandits pour découvrir les secrets les plus explosifs de Pandore.

AVIS GLOBAL

Note : 1 sur 5.

La rumeur d’un film Borderlands date de quasiment dix ans. En 2015, la série de jeux vidéo était à l’apogée de sa gloire avec quatre titres salués par la critique et les joueurs. Une adaptation à cette époque aurait grandement profité de cet élan populaire, et notamment en termes de qualité. Neuf ans plus tard, la franchise est à l’orée de son succès avec deux opus tardifs controversés. Dans une période si trouble, l’arrivée de cette adaptation dans nos salles est malvenue car même si elle aurait pu relancer la machine, elle le fait en l’envoyant dans un ravin rempli de skags.

Borderlands | Lionsgate

Les Gardiens de l’Arche

La promesse vendue par l’équipe marketing était d’assister à la rencontre entre Les Gardiens de la Galaxie et Suicide Squad. La promotion ne nous pas menti alors que nous aurions souhaité que cette fois-ci ce soit le cas.

La série Borderlands est une des premières à avoir démocratisé la science-fiction fun et décomplexé composé de personnages haut en couleur. Néanmoins, les jeux ne sont pas que ça. Dans ce paysage désertique si immense, cette adaptation s’embourbe dans une formule qui a dix ans de retard en ne cachant même pas ses inspirations en particulier celles de la trilogie de James Gunn.

Borderlands aurait pu être un rip-off comme The Predator l’a été, toutefois ce n’est même pas totalement le cas. Eli Roth a réalisé une version familiale de ces films et des jeux qu’il adapte. C’est complètement visible par le groupe de personnage que nous suivons et qui forme une famille : Lilith est la mère, Roland le père, Tina la fille, Krieg le grand frère et Tannis la grand-mère.

Nous avons même une séquence en van qui ressemble davantage à une excursion type Les Miller, une famille en herbe qu’à une course-poursuite. Le fait est que cela ne ressemble ni à Borderlands, ni à ses inspirations, alors qu’est-ce que ce film est ?

Un film épi… quer un somme

Si les jeux sont nerveux, Borderlands lui est un blockbuster paresseux. L’aventure promise est soporifique tellement que nous sommes portés par la main. Regarder ce métrage serait comme jouer à une version rail shooter de la franchise de 2K Games.

Cette adaptation ne fait aucun effort à nous raconter ou nous montrer quelque chose d’un minimum captivant. Les acteurs sont les premiers fautifs car s’ils jouent mal des chasseurs de primes, ils en sont pourtant de vrai pour avoir participé à ce projet. Là où le bât blesse est que tout est si peu inventif avec notamment une réalisation se basant sur des ressorts datés. Le coup de la musique qui augmente avant de se couper comme un soufflé qui se dégonfle pour créer un effet comique revient souvent et c’est une insulte à l’humour de la franchise.

Le métrage pèche même dans son traitement de l’arche. Le premier jeu n’était pas très exhaustif sur celle-ci, mais elle formait un excellent macguffin car elle était recherchée par des personnages faisant vivre le récit et cette légende.

Dans l’adaptation cinématographique, ce manque d’explication devient un défaut car cette quête n’est suivie que par un nombre restreint de chasseurs de l’arche, qui plus est peu charismatiques. La finalité d’un Indiana Jones n’est pas de trouver l’objet convoité, mais de participer à une aventure drôle et entraînante.

Borderlands ne le fait pas en allant machinalement d’un point A à un point B, en nous prenant par ailleurs pour des sadiques idiots. Le « twist » que nous vend le film est aussi gros que le Destructeur (boss final du premier Borderlands).

Tout le monde l’a vu, et pourtant le métrage nous assène de flash-back basé sur des images que nous avons déjà visionné comme si nous n’avions pas compris. Pourtant, c’est le film qui ne comprend rien et ne sait pas quoi faire.

Les séquences de fusillades sont la preuve de cette paresse et de ce manque d’idée. Elles sont quasiment toutes tournées en huis-clos et au lieu de couper dans le lard, elles coupent dans le montage rendant l’ensemble indigeste et illisible. Il faudrait envoyer toute l’équipe ayant travaillé sur ce film dans l’arène de Moxxie car hormis le générique de début, rien n’est fou ce qui est très grave lorsqu’il s’agit d’une série de jeux qui l’est.

Borderlands | Lionsgate

Bordel-Land

Si nous pouvons être sûrs d’une chose, c’est qu’il est possible de réaliser une bonne œuvre sans adapter totalement le matériau original. C’est le cas du médium vidéoludique qui récemment nous l’a prouvé. Dans le cas de Borderlands, il aurait certainement dû être plus proche des jeux. Le fait est que dès l’annonce du casting nous savions que ça allait être le cas.

Cate Blanchett, en interprétant Lilith, semble par exemple être devenu son personnage de Lydia Tar en acceptant de jouer dans ce film. Avec une erreur de casting si grosse, le reste ne pouvait qu’être du même niveau. Les jeux sont réputés comme étant très varié avec un bestiaire diversifié, des paysages différents, des personnages loufoques à la pelle… C’est un monde qui vit. Le film quant à lui est vide.

Ceux ayant travaillé sur ce métrage n’ont probablement pas joué à Borderlands et ont produit une adaptation de ce que pour eux est un jeu vidéo. Nous pouvons le constater dans cette recherche d’artefact stéréotypé et le trope du niveau dans les égouts qui n’est aucunement présent dans la franchise. Ce qui fait justement la spécificité des jeux c’est de réinventer le FPS.

C’est un looter shooter où les joueurs partent à la recherche des armes les plus puissantes. Ces dernières sont par ailleurs tout aussi différentes les unes que les autres. Dans le métrage, elles sont identiques rendant ainsi les fusillades banales.

Idem pour la photographie du film. Borderlands possède une patte graphique unique avec ce cell-shading intemporel. Son adaptation tente de reproduire ce visuel avec notamment les blessures de Krieg, mais c’est mal fait. Lorsque nous adaptons une œuvre uniforme, il faut que l’adaptation le soit aussi.

Ici, la différence entre les acteurs et la CGI est visible à vue d’œil. Les acteurs sont des cosplays ratés voyageant dans un monde en fond vert. Mad Max : Fury Road, sortie l’année où l’idée d’adapter Borderlands en film est venue, est une meilleure adaptation des jeux que ce que nous a pondu Eli Roth.

The Nice Inferno

Connu comme le poulain de Quentin Tarantino, Eli Roth est avant tout un réalisateur porté sur l’horreur. Pour un homme comme lui, adapter Borderlands aurait dû être une aubaine. La franchise est reconnue pour son humour graveleux – ce que le film essaie de singer – mais aussi pour sa violence jouissive. Parmi tous les personnages possibles à insérer, Krieg l’a été pour cette raison.

En revanche, nous pouvons nous demander où se trouvent le sang et les démembrements attendus. Eli Roth a tout de même réalisé Hostel ce qui fait qu’il est capable de le faire. L’existence d’un Deadpool X Wolverine, sortie le même été, n’excuse aucunement le fait que Borderlands, jeu PEGI 18, soit tout public.

En rendant le tout aseptisé, le film gâche la seule opportunité de fun qu’il pouvait offrir. La licence est vidée de sa substance pour en faire une œuvre de divertissement qui rate son principal objectif : nous divertir.

Nous pensions que les adaptations vidéoludiques ratées étaient loin derrière nous. Borderlands vient rappeler de mauvais souvenirs. À l’image des jeux de la période 8/16 bits, le film nous emmène dans ses égouts putrides où règnent non pas des hyménoptères mais des rats communs. Ce n’était pas mieux avant et Borderlands en est la preuve.

7 août 2024 en salle | 1h 40m | Action, Science-Fiction

De Eli Roth | Par Craig Mazin

Avec Cate Blanchett, Kevin Hart, Jack Black

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