Comme le feu – Rancœur quand tu nous tiens…

Comme le feu : Jeff, 17 ans, est secrètement amoureux d’Aliocha. Tous deux admirent le mystérieux Blake, un vieil ami du père de la jeune fille, qui les invite à passer quelques jours dans son chalet de chasse au cœur du grand nord canadien. Là, en pleine nature, les deux adolescents se confrontent à un monde d’adultes puérils, prêt à s’embraser.

AVIS GLOBAL

Note : 4 sur 5.


Comme le feu à tout l’air de ce genre de film qui n’a absolument rien pour plaire. 2h40, beaucoup de plans fixes, beaucoup de dialogues… tout ceci peut paraître assez austère. Mais est-il vraiment un inaccessible ?

Comme le feu | Tandem Films

Un film qui séduit ?

Autant ne pas laisser de suspense, le film est bon. Très bon.

Bien sûr, il est long, il prend beaucoup son temps, mais pas une seule fois l’attention du spectateur n’est perdue. Cette histoire de rancœurs et de non-dits qui se dévoilent au fur et à mesure que les jours passent est quasiment parfaite. L’écriture est fine, la tension omniprésente et il semble que le réalisateur laisse même ses acteurs improviser, et même ici, c’est absolument maîtrisé.

Les disputes entre les différents personnages sont magnifiées par des plans-séquence fixes qui durent souvent une quinzaine de minutes, autour d’une longue table, laissant l’oppression s’installer et amenant chaque fois à un climax aussi discret qu’impactant. Cette longueur des plans est à la fois nécessaire et parfaitement cohérente avec ce que veut nous raconter le film, en plus de fonctionner à merveille.

Il y a vraiment un travail de mise en scène assez fou derrière ce long-métrage qui laisse un souvenir particulièrement mémorable dans l’esprit du spectateur et juste pour cela, le film est une immense réussite.

Une photographie et des paysages à tomber…

Il faut aussi noter une photographie souvent très marron, en particulier dans les scènes se passant à l’intérieur du chalet ou se passe la majorité de l’intrigue, qui donne un aspect proche du cinéma d’horreur indépendant par moment. Il faut d’ailleurs avouer que certaines scènes sont tellement glaçantes qu’elles ne peuvent que rappeler les classiques du genre, faisant monter la tension d’un cran supplémentaire et accentuant le sentiment d’isolement que l’on vit en même temps que les personnages.

Les paysages montrés dans le film sont également magnifiques, ils sont sublimés par un grand-angle qui nous permet de voir l’étendue des forêts et des montagnes lorsque les scènes se passent à l’extérieur, et la rivière que l’on descend en kayak à la fin du film est utilisée comme vecteur de danger et de terreur, nous prouvant que sur ce point précis, le metteur en scène sait que même le plus petit caillou peut avoir une importance dans le récit.

Comme le feu | Tandem Films

Un casting au sommet de sa forme

Le long-métrage bénéficie d’un petit casting (dix interprètes) qui peut interagir très facilement grâce à ce nombre réduit. Les jeunes acteurs sont vraiment convaincants et très prometteurs, et le reste du casting est également excellent de justesse. Chaque personnage de ce film est merveilleusement interprété.

Il faut tout de même avouer que certains dialogues auraient pu porter préjudice à certains acteurs, en témoigne ce dialogue infernal sur le sujet d’un livre, très prétentieux, qui aurait pu complètement ridiculiser Aurélia Arandi-Longpré, mais en vain, puisqu’elle s’en tire avec tous les honneurs.

Mais en dehors d’un Noah Parker très solide dans son rôle principal, c’est bien Arieh Worthalter et Paul Ahmarani qui marquent dans ce film, avec des joutes verbales très savoureuse et une totale compréhension des sous-textes du scénario.

À noter également une Irène Jacob un peu sous-exploitée, mais campant un personnage touchant par sa sincérité et sa sobriété, et une scène totalement improbable de lip-sync sur l’entièreté de la chanson Rock Lobster, excellente même si vraiment sortie de nulle part.

Mais il faut tout de même chipoter…

Il faut tout de même mentionner quelques problèmes qu’on peut trouver dans ce long-métrage au demeurant très réussi.

En effet, en plus de certains dialogues sur-écrits, certains passages du film (comme celui où le personnage de Noah Parker se retrouve seul dans une cabane) ne font que rallonger le récit et ne semblent pas très pertinents dans le récit. Il sont beaux et sympathiques, mais ils n’apportent rien à une histoire déjà très chargée.

Sa fin est également assez bizarrement conçue. Clore le film quinze minutes avant aurait été très pertinent et parfait. On se dit d’ailleurs à ce moment que la fin est très proche, et finalement, le film se conclut sur la fin d’une sous-intrigue peu développée, dont on ne comprend pas vraiment l’intérêt par rapport à l’évolution des personnages et qui laisse une sensation étrange lorsque le générique commence à défiler.

Pour conclure

Ce film est une immense réussite. En plus d’être absolument maîtrisé dans sa mise en scène, son scénario ne lui fait pas non plus défaut.

Ce film est comme l’épisode du dîner de famille de la série The Bear, mais en plus insidieux et sournois. C’est un film aussi délectable que troublant, et hormis quelques petits défauts çà et là, vous fera passer un moment assez unique.

Donc oui, c’est un film de 2h40 avec de longs plans-séquence fixes, oui, ce sont des riches avec des problèmes de riches, mais Comme le feu reste terriblement accessible et parlera sûrement à beaucoup de gens dans son traitement des rancœurs et des relations amicales un peu (beaucoup) toxiques.

31 juillet 2024 en salle | 2h 41m | Drame

De Philippe Lesage | Par Philippe Lesage

Avec Noah Parker, Arieh WorthalterPaul Ahmarani

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