MaXXXine : Los Angeles, dans les années 80. Star de films pour adultes et aspirante actrice, Maxine Minx décroche enfin le rôle de ses rêves. Mais alors qu’un mystérieux tueur traque les starlettes d’Hollywood, des indices sanglants menacent de dévoiler le sombre passé de Maxine.
AVIS GLOBAL
La quête de célébrité de Maxine Minx touche à sa fin avec MaXXXine. Déjà culte, cette conclusion était fortement attendue car si la protagoniste n’est pas encore devenue une star, Mia Goth et Ti West le sont devenus. Pour le devenir, le réalisateur emmène son personnage fétiche à Los Angeles, là où les anges ont des cornes et des mains gantées.

Ti West par Ti West
Avec MaXXXine, Ti West s’octroie le privilège de faire une chose dont il n’avait pas accès : l’auto-référence. Ce troisième opus marque la conclusion d’une trilogie, chose que le film nous rappelle continuellement. Il y a nullement besoin d’être un aficionado des œuvres précédentes pour voir les nombreux clins d’œil.
Bien que très voyants, ils sont pour la plupart nécessaires. Les références les plus contraignantes sont celles trop directes à l’image des flash-backs de X qui sont inutiles et invasifs. Globalement, Ti West reste cohérent avec son univers – même si les trois films sont différents – et particulièrement avec ses inspirations extérieures.
Les anges cornus
Que nous soyons en 1918, en 1979 ou en 1985, pour devenir une star du grand écran il n’y a qu’une seule ville où aller : Los Angeles. Naturellement, Maxine va y poser ses bagages sauf qu’elle va se retrouver dans une ville viciée.
La métropole californienne ne nous est pas présentée par des plans ensoleillés sur la plage ou sur le Hollywood Boulevard. Ce serait une image beaucoup trop rêveuse du lieu. Ainsi, Los Angeles est présentée via les journaux télévisés évoquant des faits divers morbides. Au vu du passé tumultueux de la protagoniste, il n’est pas surprenant d’avoir une vision si trouble de la cité angeline.
Il n’empêche que hors du petit écran, la ville vient confirmer ce qui y est montré. En suivant de dos Maxine, nous passons de coins sombres en coins sombres pour arriver à un studio pornographique en passant devant un panneau idyllique de la métropole comme celui que nous pouvions voir dans X.
Pourtant, plus tard nous aurons droit aux paillettes, aux lumières et aux stars, sauf qu’ils viennent afficher la perversité du lieu. Tout n’est que façade et faux semblants à l’image des décors des studios de cinéma. Derrière ces murs factices nous venons à nous demander comment tout cela peut tenir au vu de la pourriture des fondations. Dans ce Los Angeles putride nous pouvons y voir la principale inspiration de Ti West : le Body Double de Brian De Palma.
Split-screen et gants en cuir
Les deux représentations de la métropole californienne sont quasiment identiques avec la saleté en contrebas, et le théâtre de tous les vices sur la colline, tout ceci étant renforcé par l’hommage aux vidéonasties des années 1980. Ti West pousse lui-même le vice en reprenant les split-screen si distinctif de son homologue. Cependant, MaXXXine est plus une réponse à Body Double qu’une continuité.
Le regard porté ici n’est pas celui masculin, mais féminin. De plus, bien que le cinéma bis soit présent, c’est le giallo qui domine l’imagerie du film. Entre Mario Bava et Dario Argento, ce troisième épisode reprend le tueur de Six femmes pour l’assassin, les couleurs primaires pétillantes et les meurtres stylisés.
Il n’empêche que le rapprochement entre Ti West et De Palma est logique par le fait que les deux reprennent beaucoup à un troisième réalisateur : Alfred Hitchcock. Dans ce cas précis, le film poursuit la référence à Psychose initié par X et ce en montrant carrément le Bates Motel et la fameuse maison – bien que ce soient les décors du second épisode.
L’association entre les deux œuvres n’a jamais été aussi forte thématiquement pour marquer la dualité de Maxine. Tout au long du métrage, cette dernière tente de se défaire de la violence de Pearl. Son ombre est présente tout du long et a même un corps : celui du Nightstalker. C’est un tueur extérieur à celui du métrage mais qui sévit à la même période.
Sa particularité est que nous ne le voyions jamais, toutefois sa présence est palpable et ce par le personnage de Maxine. C’est visible lors de l’assassinat de Leon car il est construit autour d’un montage alterné donnant l’impression que c’est l’actrice qui le tue.
Le lien se ressert par la suite avec des symboles similaires tels les phares de la voiture qui s’allume avant un meurtre et évidemment le fusil à pompe. Maxine, pour enfin embrasser la vie qu’elle mérite ne doit plus être la mère de Norman Bates, mais Lila Crane.

Pearl X Maxine
Les titres des films de cette trilogie n’ont pas été choisis au hasard. X est nommé ainsi car il contient à la fois Pearl et Maxine. En toute logique, les deux métrages qui suivent sont tous deux dédiés uniquement à ces personnages. Si dans Pearl la femme échoue dans la conquête de son rêve, MaXXXine montre la tentative de Maxine de l’atteindre.
En ne suivant plus qu’elle cela donne l’opportunité de voir son évolution depuis X, mais aussi au cours du film. Dès les premières minutes nous remarquons qu’elle possède toujours cette assurance si distinctive avec une entrée en fanfare. Toutefois, elle va très vite la perdre car elle sera constamment sous contrôle. Il existe en vérité deux Maxine : celle de l’industrie pornographique et celle du cinéma « conventionnel ».
La première est celle que nous connaissons, celle dansant au show-room avec témérité. La seconde nous est inconnue car elle est étrangement davantage docile. C’est constatable dès son arrivée au casting. Durant ce dernier, Maxine se trouve loin du cadre avec la directrice l’écrasant au premier plan. Ce sentiment d’écrasement sera renforcé avec la réalisatrice, Elizabeth Debicki étant largement plus grande que Mia Goth.
Cependant, même lorsqu’elle est plus grande, comme face à Lily Collins – interprétant ici Molly Bennett, une actrice –, Maxine est dominée par une plongée. La comédienne subit la domination d’un monde dont elle est néophyte, toutefois il est important de noter que cette soumission n’est présente que dans un milieu féminin.
Avec les hommes, Maxine retrouve cette assurance. Lors de sa confrontation avec le faux Buster Keaton, la symbolique du god’s eye shot s’inverse pour changer les rapports de force. Maxine impose une domination masculine à l’homme par une contre-plongée et une demande explicite de sucer l’embout de son pistolet.
Enfin, pour que ce soit encore plus clair, elle lui écrase les parties génitales. L’émasculation est une constante du métrage et est représentée par le tueur lui-même qui est la plus grande figure du patriarcat.
La star du quotidien
Maxine est docile face aux femmes du milieu cinématographique, mais est-ce un frein vers sa réussite ? L’ambition d’être une star du grand est dans la saga continuellement affichée. C’est pour cette raison que c’est étonnant que dans MaXXXine nous ne la voyions jamais tourner. Pire, nous ne mettons pas un pied dans un cinéma et nous ne voyions jamais d’écrans géants.
La seule fois où Maxine est véritablement sur le plateau à tourner, c’est dans un plan renvoyant Pearl. Hormis ce moment, le format le plus présent est celui télévisuelle. La télévision forme ici une boîte dans laquelle est enfermée Maxine et dont elle ne peut s’échapper, elle qui souhaite faire du cinéma.
Il y a cependant une raison pourquoi elle est si éloignée du monde du septième art : sa vie est déjà un film. Tout ce qui entoure son existence est cinématographique. Son quotidien s’articule entre un agent mafieux et un détective tiré de Chinatown, de faux décors et surtout de son passé hors du commun.
Par ailleurs, ce qui s’apparente le plus à une salle de cinéma dans le métrage est le show-room par cet écran et ce spectateur, sauf que c’est sa vie qui y est dépeinte. Le métrage ne reste pas en reste car il prend lui aussi ce parti en alternant les effets de réalisation et de montage tels que les ralentis.
De plus, le film de série B dans lequel doit jouer Maxine est un miroir de sa propre vie, en témoigne la séquence du meurtre de Leon qui se fait durant la lecture du scénario. Pour davantage appuyer ce propos, Maxine est la star d’un film dont elle ignore l’existence. MaXXXine n’est en fait qu’une gigantesque mise en abyme incorporant les deux précédents opus.
MaXXXine détonne dans la trilogie par son statut de thriller giallesque. Il conte l’ascension d’un ange vers les cieux hollywoodiens poursuivit par des démons souhaitant la ramener d’où elle vient. À l’instar de ces êtres démoniaques, certains préféreront les autres œuvres répudiant celle-ci, tandis que d’autres la suivront. Ce qui est sûr c’est que MaXXXine inscrit cette trilogie sur le Hollywood Boulevard, marquant à jamais les années 2020 et le cinéma d’horreur en général.
31 juillet 2024 en salle | 1h 44min | Epouvante-horreur
De Ti West | Par Ti West
Avec Elizabeth Debicki, Michelle Monaghan, Mia Goth
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