Abigail – Du sang à la bouche mais sans le goût

Abigail : Suite au kidnapping de la fille d’un puissant magnat de la pègre, un groupe de criminels amateurs pensaient simplement devoir enfermer et surveiller cette jeune ballerine afin de pouvoir réclamer une rançon de 50 millions de dollars. Retirés dans un manoir isolé, les ravisseurs commencent mystérieusement à disparaître, les uns après les autres, au fil de la nuit. C’est alors qu’ils découvrent avec horreur, que la fillette avec lesquels ils sont enfermés n’a rien d’ordinaire.

AVIS GLOBAL

Note : 2 sur 5.

Était attendu de la part de Melissa Barrera de retrouver Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin pour le septième opus de la saga Scream. Cet épisode existera bel et bien sauf qu’il se fera sans l’actrice, Spyglass l’ayant injustement virée en novembre dernier. Le trio de Scream 5 et 6 se retrouvent néanmoins dans Abigail, une œuvre délaissant les armes blanches et les smartphones pour une effusion de sang à la Wedding Nightmare.

Abigail | Universal Pictures

Le vampire passez chez le dentiste

Le vampire pointe régulièrement le bout de ses dents dans les salles obscures ces derniers temps avec quasiment toujours un nouveau limage. C’est le cas pour Abigail qui rappelle malgré tout Renfield. Tout comme le film de Chris McKay, Dracula existe – bien qu’il ne soit pas nommé – sauf qu’est mis en évidence un ses ersatz, et dans ce cas précis sa fille.

C’est donc cette dernière qui doit faire face tout le long du film à un groupe de kidnappeur ne connaissant pas la nature de cette ballerine. Le détartrage de la figure du vampire passe ainsi par l’inversement des rapports de force. Dans un premier temps, Abigail est une victime se laissant embarquer que ce soit par le groupe et le montage.

Au quart du film, cela change, Abigail devenant la chasseuse et reprenant alors le contrôle du tempo du métrage. L’autre élément qui marque cet inversement est le rapport entre l’ancien et le moderne. La technologie est très présente durant les premiers instants avant de disparaître dés l’entrée dans cette vieille demeure. Les personnages perdent eux-mêmes ce sens de la modernité en agissant contre Abigail avec des méthodes surannées sans effets.

En revanche, le métrage se contredit car certaines d’entre elles fonctionnent ce qui est dommageable car elles font revenir le film à une figure classique du vampire à laquelle il souhaite pourtant s’émanciper. Néanmoins, ce retour en arrière est davantage pardonnable que l’introduction soudaine de nouvelles règles n’ayant comme unique but d’aider la protagoniste.

Par contre, là où l’œuvre ne dérive pas est sur son utilisation de la musique dans ce rapport de force. Nous comprenons rapidement que tout était prévu par la fille et que les kidnappeurs ne contrôlent rien. Le Lac des Cygnes de Tchaikovsky est envahissant durant la séquence introductive avant de disparaître puis de revenir quand la ballerine passe à l’attaque. La présence de cette musique tout au long du métrage souligne qu’Abigail contrôle tout, et ce depuis le début.

Une petite fille trop gentille

Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin s’amusent avec la cape du vampire en y incorporant un tissu de références cinématographiques judicieuses. Les deux réalisateurs rendent un hommage à Dario Argento – non pas à son Dracula 3D, heureusement, mais à ses œuvres majeures.

Phenomena est carrément cité par cet enfant tueur et cette piscine de cadavres, toutefois c’est bien Suspiria qui marque sa présence dans le métrage par la musique et la danse classique. Ce dernier point est d’ailleurs plus qu’une simple référence car elle est utile dans le métrage.

Les assauts d’Abigail se font en dansant ce qui offre des chorégraphies inattendues rappelant même une séquence forte du remake de Luca Guadagnino. Cependant, le film n’est pas emporté dans ce mouvement. Le métrage est très prévisible que ce soit en terme de récit ou de réalisation.

La tonne de sangs et de gore dans cette danse sanglante ne couvrent malheureusement pas cet académisme horrifique qui rend le tout très banal. De plus, si nous ajoutons à cela ce casting habitué aux films de divertissements, nous nous retrouvons avec une œuvre formatée pour un grand public peu habitué à l’horreur.

Dans Phenomena, la piscine de cadavre est vomitive, dans Abigail non. Finalement, tout était déjà visible dès l’apparition des personnages. Leur caractérisation stéréotypée est parfaite pour nourrir bêtement un vampire, du moins pour la majorité, Joey échappant brièvement à ce funeste destin de cliché horrifique.

Abigail | Universal Pictures

Deux trous à combler

Si le métrage se nomme Abigail, il aurait tout aussi pu s’appeler « Joey ». Ce lien entre les deux se créé dès la séquence initiale : la kidnappeuse suce une sucette, un geste rappelant tout aussi bien l’enfance que le vampire. Ce rapport au sucre n’est pas anodin car Joey est une ancienne toxicomane et, dans un sens, Abigail est elle aussi addicte à quelque chose : le sang.

Au fil du film se nouent des rapports familiaux dépassant la nature des êtres. L’une a abandonné son fils à cause de la drogue, tandis que l’autre souffre de la solitude due à un père absent. Tout cela fait que le métrage va s’engouffrer dans une relation attendue, celle de la relation « mère-fille ».

Il faut en revanche avouer que deux séquences rendent davantage organique cette filiation. Chacune des deux a un moment où elles révèlent le passé des membres du groupe. Dans le cas de Joey, nous pourrions de prime abord y voir une facilité scénaristique pour présenter les personnages, sauf que l’existence d’une même séquence du point de vue d’Abigail change tout.

C’est dans ce parallèle que le lien entre les deux a un sens et le film le fait par la réalisation. Nous remarquons que les deux femmes sont distantes vis-à-vis des autres et de ce fait elles forment un duo au sein de ce groupuscule. Il est toutefois regrettable que ce soient les rares fois où le métrage développe des personnages par l’image, d’autant plus qu’elles sont les seules à en bénéficier.

Abigail ne risque pas de laisser de trace dans le cou des spectateurs. Les deux réalisateurs offrent une œuvre moins maîtrisée que Wedding Nightmare et moins débilement folle que Scream 5 et 6. Nous avons certes beaucoup de sang à la bouche, toutefois nous n’en avons pas le goût.

29 mai 2024 en salle | 2h 28min | Epouvante-horreur, Thriller

De Matt Bettinelli-Olpin, Tyler Gillett | Par Stephen Sheilds, Guy Busick

Avec Melissa Barrera, Dan Stevens, Alisha Weir

Interdit -12 ans

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