When Evil Lurks – Le film qui rôde dans nos esprits

When Evil Lurks : Après avoir découvert un cadavre mutilé près de leur propriété, deux frères apprennent que les événements étranges survenant dans leur village sont causés par un esprit démoniaque qui a élu domicile dans le corps purulent d’un homme. Le mal dont souffre ce dernier ne tarde pas à se répandre comme une épidémie, affectant d’autres habitants de la région.

AVIS GLOBAL

Note : 3.5 sur 5.

When Evil Lurks de Demián Rugna a rôdé dans la majorité des festivals de films fantastiques de ces derniers mois. Le long-métrage argentin s’est notamment démarqué à Gérardmer où il a remporté le prix du public et de la critique. La réputation qu’il s’est créée a ainsi grandi au fil du temps ce qui a fait naître en nous l’envie de le découvrir sur grand écran. Le bébé tacheté de sang de Demián Rugna est désormais en salle et est prêt à rôder dans nos esprits.

When Evil Lurks | ESC Distribution

Une possession sociale

When Evil Lurks revisite le film de possession en le transposant dans la campagne argentine. Le mal qui la gangrène pousse les habitants de ces terres à partir, une peur partagée par Ruiz qui ne souhaite pas s’en aller pour que des grandes entreprises se les accaparent.

Perdus au milieu de nulle part, ces personnes sont abandonnées par la métropole, pourtant elle reste elle-même impuissante face à ce mal. Parmi les règles à suivre pour ne pas être possédé, deux font que la ville est tout aussi sujette au malheur de la campagne : l’interdiction d’user des armes à feu et de l’électricité.

La civilisation moderne ne peut rien faire face à ce mal et, le pire, c’est que les instances millénaires sont aussi dans ce cas. Contrairement à d’autres films de possession, la religion – chrétienne dans ce cas précis – n’y peut rien. La croix n’est visible qu’au commissariat et dans la chambre du premier possédé, deux lieux où est pratiquée la passivité face à ce qui se déroule.

Se dégage tout même une sorte de punition divine dans cette catastrophe. Un des premiers plans du film est d’ailleurs une vue aérienne mimant un regard divin. Ce regard est cependant injuste et incompréhensible étant donné que ce sont des gens voulant tout simplement rester tranquillement dans leur coin.

Le cauchemar des casaniers

La notion d’espace, dans un contexte d’exode rural forcé, est alors importante. When Evil Lurks est un métrage sur des personnes sortant de chez eux. Le premier plan résume parfaitement cette idée avec Pedro et Jimi sortant de leur maison.

Néanmoins, s’ils sortent c’est aussi pour entrer, malgré eux, autre part. Lorsque Pedro entre dans la chambre du possédé, la caméra recule sortant l’homme du focus. Le grand frère avance alors et redevient net comme s’il avait pénétré dans un autre monde, un monde effrayant dont il ne pourra plus jamais s’échapper.

Le mal du métrage ne fait toutefois pas exception car lui aussi, pour pouvoir se propager, doit sortir. Nous pouvons le constater lorsque Ruiz tue sa chèvre possédée. Les deux sont séparés par un enclos et, en commettant cet acte, le mal passe d’un côté à un autre, n’étant ainsi plus enfermé.

Par ailleurs, durant la première apparition de Ruiz dans le film il est entouré de barbelés. Sortir de sa « cage » va enclencher un effet domino qui ne pourra le mener qu’à un destin funeste. S’extraire de son enclos est le but de tout le monde, sauf que la finalité est différente pour chacun.

When Evil Lurks | ESC Distribution

L’humain comme géniteur du mal

Le destin de Pedro est celui qui est le plus fortement lié à l’extérieur et, par conséquent, lié au mal. Nous comprenons durant notre visionnage qu’il s’est reclus à la campagne car il ne pouvait plus approcher son ex-femme et ses deux fils.

L’apparition du possédé fait qu’il doit les rejoindre et donc de sortir de chez lui. « Fuir son enclos » est une chose qu’il va faire régulièrement et ce au détriment de ses proches. Il est l’incarnation humaine du mal qui s’abat sur cette campagne.

Celui-ci touche principalement des familles se rapportant à celle de Pedro. Le possédé est son miroir, voire même son frère. L’homme possède cependant aussi un autre rôle : celui de père. Cela est dû au rapport particulier qu’il a avec les enfants, que ce soit les siens ou non.

C’est tout d’abord un père absent accusé d’avoir fui ses responsabilités notamment vis-à-vis de Jair son fils autiste. Ça se poursuit ensuite avec ceux des autres. Eux qui semblent sortis de Le Village des damnés, sont maltraités par le grand frère. Malgré tout, ils ne lui font rien, à l’instar du possédé avec qui ils sont de mèche. Pedro a malgré lui engrangé ce mal et l’a même nourrit en ne s’occupant pas de ses enfants.

Une lente descente en Enfer

When Evil Lurks est douloureux, non pas seulement dans ses thèmes, mais aussi visuellement. Bien que se déroulant en Argentine, c’est une œuvre d’une froide violence. Si c’est bel et bien le cas, c’est parce que les moments choquants adviennent avec un naturel terrifiant.

La seule exception est la fameuse séquence choc vivement évoqué où subsiste un emballement progressif. Si le métrage est réalisé de cette façon, c’est parce qu’il est souvent question de calme. Pour que le mal ne s’en prenne pas à nous, il ne faut absolument pas s’emballer.

Les personnages suivent ainsi à la lettre ce précepte – à l’exception évidemment de Pedro – ce qui crée des événements étranges dans la plus grande quiétude. Ça n’empêche cependant pas le film de s’emballer par des caméras épaules et des plans-séquences mouvementés.

Toutefois, elles n’aboutissent généralement à rien. À l’image des enfants, When Evil Lurks nous ment en nous menant sur des fausses pistes. Par contre, il y a clairement une rupture qui se fait après la fameuse séquence choc, le rythme baissant brutalement. D’autres séquences du même acabit arrivent par la suite, toutefois il manque une certaine folie qui n’aurait pas été de trop.

When Evil Lurks nous fait sortir de nos sentiers battus. Le film nous attire hors de nos attentes et de nos appréhensions d’une façon lente propre à lui. Il aurait pu être plus abrupt, mais il ne le fait pas, le métrage préférant atteindre nos esprits plutôt que d’emballer notre cœur.

15 mai 2024 en salle | 1h 39min | Epouvante-horreur

De Demian Rugna | Par Demian Rugna

Avec Ezequiel Rodriguez, Silvana Sabater, Luis Ziembrowski

Titre originale : Cuando acecha la maldad

Interdit – 16 ans

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