Le Jeu de la Reine : Catherine Parr est la sixième femme du roi Henri VIII, dont les précédentes épouses ont été soit répudiées, soit décapitées (une seule étant décédée suite à une maladie). Avec l’aide de ses dames de compagnie, elle tente de déjouer les pièges que lui tendent l’évêque, la cour et le roi…
Avis Global
Une histoire théâtrale
C’est une entrée dans la langue de Shakespeare pour le réalisateur Karim Aïnouz, qui avait présenté ce dernier projet au dernier Festival de Cannes. Venant proposer une adaptation du roman d’Elizabeth Fremantle, le réalisateur nous entraîne dans le récit de Catherine Parr, sixième femme du roi Henri VIII, surnommé aussi Barbe Bleue. Face à un roi colérique, paranoïaque, et ayant une fâcheuse tendance à être un bourreau pour ses femmes, comme ses sujets… Est-ce que Catherine Parr parviendra à survivre face à cette oppression qui l’entoure ? Est-ce que ce film va nous plonger dans un film historique puissant ? Ou une reconstitution qui sent bon la poussière ?
“Le Jeu de la Reine” parvient sans mal à nous emporter dans un récit qui prend des airs de thriller, de course contre la montre, d’une course contre un féminicide. Sur ce pari étrange, le métrage s’attarde davantage sur Catherine Parr, que sur son célèbre mari. Devenant une icône féministe, ne rentrant pas dans le carcan de l’époque, le métrage étrille le patriarcat. Avec un duo d’acteurs au jeu royal, le film réussi à séduire, et à nous marquer, malgré une mise en scène un peu effacée, qui s’enlise un peu.

Une mise en scène trop sage, mais un récit habile
Ici, pourtant, le cadre semble parfait ! La majeure partie du récit se déroule dans ce somptueux château, où la lumière est feutrée, et l’ambiance ainsi que la photographie, viennent donner un côté presque pictural à cet ensemble. Est-ce élégant ? Oui, mais un peu convenu ! Car hélas, la mise en scène souffre rapidement d’un certain classicisme, ne parvenant pas à se relever sous le poids de ses décors somptueux, ni de sa reconstitution historique. On ne pourra pas enlever une certaine beauté au métrage, malgré sa mise en scène bien sage, où les mouvements de caméra restent bien tièdes.
Mais bien que le film reste timide visuellement, on ne pourra pas lui enlever toute sa force narrative ! Ici, le sinistre Henri VIII reste au second plan du récit, car le film met en lumière sa femme Catherine, face à une menace mortelle. Une oppression brute, un mari paranoïaque et perfide qui a réservé des sorts tragiques à ses précédentes épouses, allant de la décapitation à un changement de dogme religieux pour vilipender sa première femme.
Ici, Catherine est métamorphosée e, icône féministe, symbole d’une femme qui ne semble pas correspondre aux attentes de l’époque. Une femme intelligente, plus compétente pour régner, et qui semble doté d’une ambition déplacée pour une femme à l’époque. Rapidement, Olivia Vikander impressionne une nouvelle fois dans ce rôle de femme qui va se dresser en opposition à ce que représente la figurine masculine. Et on le comprend dès l’ouverture du métrage, Catherine assure la régence avec un aplomb et une maîtrise qui fait d’elle une figure de pouvoir de manière instantanée. Mais que se passera-t-il quand son mari rentrera-t-il de guerre ? Catherine Parr, va-t-elle payer le prix de sa liberté et de son indépendance ?

Un affrontement politique, un patriarcat mis au pilori
C’est en réalité un affrontement qui vient se profiler ici, avec un Henri VIII lourd, comme une bête mourante, il grogne, suinte… Et exacerbe toute sa colère intérieure, sa paranoïa ! Cet homme, qui synthétise tout un patriarcat oppresseur, qui a muselé, évincé toutes figures féminines allant mettre en péril leur statut. Ou ne venant simplement plus satisfaire les exigences passagères d’un être capricieux et cruel ! La grâce de Catherine se heurte à la perfidie d’Henri, et le récit prendre peu à peu des airs de thriller, où le récit parvient à faire surgir une angoisse quant au sort réservé à Catherine, de plus en plus trouble au fil du récit !
Dans cette course, où une femme tente de surmonter la disgrâce qui s’annonce, et les conséquences funestes qui en découlent. Face à un système masculin qui veut tout faire pour arrêter cette figure réformiste, et bien trop influente pour ne pas les effrayer. C’est toute une imagerie masculine qui s’aligne, du mari abusif, à l’énarque misogyne.
Jude Law vient faire transpirer cette bestialité grotesque, symbole d’un patriarcat brutal. Se transformant en monstre, l’acteur inquiète dès sa moindre apparition !

Mais au final, on fonce ? Ou on passe ?
Au final, “Le Jeu de la Reine” gagne notre intérêt dans son geste politique porté par son récit. Entre thriller politique, angoisse du féminicide… Le métrage parvient nous emporter dans sa reconstitution, un brin révoltée sur le papier, mais peut-être moins sur le résultat final. Car si le récit vient étriller tout un pan du patriarcat, portant au nu Catherine Parr en figurine féministe, qui va mettre à mal cette brutalité. La mise en scène reste plus en retrait, malgré une photographie magnifique, apportant une volonté de dépeindre des tableaux, foisonnants de détails, et remplit de subtilité et de symboliques. On plonge d’un combat pour l’émancipation, où ce duo brillant vient nous faire éclater toute cette violence. Alicia Vikander en sort gracieuse et impériale, Jude Law, lui, nous bluffe par une transformation en monstre bouffi et oppressant.
27 mars 2024 en salle | 2h 00min | Drame, Historique
De Karim Aïnouz | Par Jessica Ashworth, Henrietta Ashworth
Avec Alicia Vikander, Jude Law
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