Levante : Sofia, une joueuse de volleyball prometteuse de 17 ans, apprend qu’elle est enceinte la veille d’un championnat qui peut sceller son destin. Ne voulant pas de cette grossesse, elle cherche à se faire avorter illégalement et se retrouve la cible d’un groupe fondamentaliste bien décidé à l’en empêcher à tout prix. Mais ni Sofia ni ses proches n’ont l’intention de se soumettre à l’aveugle ferveur de la masse.
LEVANTE
Le mandat de Jair Bolsonaro fut calamiteux pour le Brésil dans de nombreux secteurs d’activités et sociétales. Les droits des femmes et des personnes LGBTQI+ ont été les premiers à être restreints par un gouvernement conservateur autocratique. Depuis le 1er janvier 2023, ce temps est révolu, toutefois il est bon de regarder en arrière pour juger ce mandat et avancer. Levante de Lillah Halla nous offre la possibilité de contempler un temps que les Brésiliens ne veulent plus connaître. Ce drame brésilien est sorti au cinéma le 6 décembre 2023.

L’esprit d’équipe
Levante, contrairement à ce que nous pourrions penser, n’est pas un film de sport. Cela est visible durant les séquences de volley-ball où nous pouvons constater que les actrices ne savent pas y jouer. Lilla Hallah préfère les filmer seule à seule dans des cadres serrés pour marquer leur individualité, comme le souhaite la société brésilienne.
Bien qu’elles manquent d’unicité, ces femmes gagnent et se prennent toute dans les bras, s’éloignant de ce filet brésilien qui tente que les enfermer. Certes, nous ne croyions pas ce qu’elles font, toutefois, nous croyions à leur amitié et à leur combat. Le volley n’est ici que le terrain de jeu du Brésil de Bolsonaro, et ces femmes font tout pour gagner.
Prison auriverde
Levante est le témoin d’un Brésil bicéphale, à la fois inclusif et conservateur. C’est une petite fenêtre portant sur la cour d’une prison où se trouve une équipe de volley queer considérée en ces lieux comme une équipe d’extraterrestre.
Ces femmes, pourtant si innocentes, ont le statut de hors-la-loi. La première séquence nous plonge instantanément dans cette « criminalité » par un vol de médicaments hormonaux, et se poursuit par le propos sur l’avortement. Pour appuyer leur statut, la réalisatrice a recours à de nombreux plans de murs, de filet et de barbelés. À l’inverse, l’Uruguay est dépeint comme une terre libre avec un cadre faisant la part belle aux paysages.
Pourtant, cette liberté existe au Brésil, mais elle n’est accordée qu’à une partie de la population : les hommes. En effet, lorsque la caméra passe devant un terrain de football, les murs disparaissent. Pour ces femmes, la libération n’est possible qu’en fuyant dans un autre pays, toutefois le Brésil de Bolsonaro est un maton des plus sévères.

La victoire à tout prix
Sofia est une prisonnière pouvant se libérer grâce à une bourse d’étude au Chili. Néanmoins, l’enfant qu’elle porte en elle la raccroche de force à sa cellule, en témoigne le plan en plongée quand elle fait le test de grossesse qui la place entre trois murs.
Les plans individuels des matchs précédemment cités vont alors lui coller à la peau. Dans les couloirs du lycée, l’adolescente s’éloigne par ce procédé de ses amies. Sofia endosse totalement le rôle de criminelle et c’est à ce moment précis que le métrage bascule dans le thriller paranoïaque.
La réalisation insistera sur les faits et gestes des habitants, et en particulier ceux du médecin qui suit partout la jeune femme. C’est une pression énorme pour une fille de 17 ans, tellement que cela ne peut que mener à la solitude. Heureusement, elle n’est pas entièrement seule, l’esprit de sororité étant présent pour elle.
Bel, sa copine, est la première à la rejoindre dans ces plans serrés. Le reste de l’équipe va la suivre, comme nous le montre ce rare plan moyen où elles se motivent à gagner le tournoi de volley pour aider Sofia, ou lorsqu’elles s’entraînent à la salle de sport, ces deux moments montrant leur unicité. Levante aurait pu alors tourner vers le film de sport classique, il va contrario plonger davantage dans le thriller.
La finale du tournoi n’est absolument pas celle de The First Slam Dunk : c’est une manifestation et elle est filmée comme telle. Levante nous invite à nous rebeller face à l’oppresseur et à se réapproprier ces murs anxiogènes.
La ruche brésilienne
Pour son premier long métrage, Lillah Halla smashe en pleine tête les conventions d’un pays suranné. Est ici soutenu aussi bien l’avortement que le droit d’avoir le choix, les femmes ne pouvant en jouir dans une société patriarcale et réactionnaire.
Elles sont des abeilles tenues par une force extérieure. Sofia en est la reine à qui l’on coupe les ailes, à qui l’on exclu de l’équipe. Ce rapprochement est explicite, le père de la jeune femme étant apiculteur. Il est le représentant du patriarcat et le changement dans la société doit passer par lui. Il est le dernier membre d’une grande équipe brésilienne.
Levante est un manifeste pour ceux dont les ailes ont été coupées. S’ils ne peuvent plus voler, ils peuvent toutefois se lever et continuer à se battre pour être libres. Sous le mandat de Lula, cela est désormais possible, toutefois il est nécessaire de poursuivre la lutte pour que l’apiculteur ne revienne plus jamais.
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