Beau Is Afraid : Beau tente désespérément de rejoindre sa mère. Mais l’univers semble se liguer contre lui…

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Beau Is Afraid
Ari Aster est un auteur on ne peut plus singulier dans le cinéma américain relativement grand public de ces dernières années. S’il est reconnu pour son talent de composition scénique, il doit bien plus sa résonance populaire à son opulence photographique. Le jeune réalisateur était bien sûr attendu au tournant après ses deux premiers long-métrages ayant fait grand bruit. Avec Joaquin Phœnix en rôle-titre et la distribution assurée par A24, cette sortie s’illustre comme l’une des plus importantes de l’année. Cette comédie dramatique américaine est sortie le 21 avril 2023 sur 26 avril 2023 en salle.
Une proposition étouffante !
Un élément se distingue dans ce film : ses aspirations libertaires dans le champ artistique. Beau Is Afraid voudrait être une œuvre complètement débridée, invraisemblablement envoûtante et profondément anormale. Ce métrage veut s’inscrire dans la route tracée par Midsommar et Hérédité en la radicalisant avec un autre angle : celui de l’aventure. Mais la magie d’Ari ne prend pas.
En ce sens, nous sommes devant une avalanche de décors, une pléthore de cadres géographiques, une myriade de teintes et une infinité de personnages. Ce faisant le récit se perd dans un sprint continu qui s’essouffle la première heure close. Mais pourquoi cette présumée odyssée dysfonctionne-t-elle ? En partie à cause du rapport à la narration.
La narration de Beau Is Afraid tente de s’extirper de l’ordre narratif. Cette convention qui amincit l’épaisseur d’un sujet en lui soumettant un cheminement dramaturgique. En ce sens, le trouble de Beau Wassermann ne va jamais être élucidé. Il va rester 2 h 59 durant à l’état de mystère. Cette méthode en fait une thématique relativement intéressante. Par ce biais, l’effroi ne paraît plus : il est. On le ressent sincèrement, il n’est pas la composante étriquée d’un scénario codifié à la moelle. Cette singularité rend ce sentiment de trouble tout à fait saisissant et prenant. Toutefois, c’est bel et bien la seule entorse intéressante à l’ordre narratif étant soumise.
De l’autre côté, le motif de l’étrangeté est sabordé. Dans la première heure, compositions diégétiques et extra-diégétiques se confondent conférant un sentiment ébouriffant. L’habillage sonore est étouffant, bizarroïde et engageant. Mais ce qui semblait être une symbiose filmique entre un cinéaste et son compositeur tourne au vinaigre au point de devenir à petit feu une dissonance affligeante. Dès lors, on ne comprend plus rien. Dans l’absolu, il n’y a aucun problème à ce que le spectateur soit disposé dans cette situation, tant elle peut vectrice de fascination quand le motif est maîtrisé. Mais ici rien n’est tel. Nous sommes face à un pensum, à un schmilblick indémêlable.
Comment atteindre le champ sensitif avec un tel capharnaüm narratif? Impossible car la distance du film vis-à-vis du spectateur est trop importante. Les contours fantastiques et surréalistes de la fresque qu’il esquisse sont des remparts qui séparent l’auteur du spectateur. En temps normal, la maîtrise d’écriture fait le liant et permet de concilier les extravagances. Mais ici tout est compilé, ce ne sont pas d’audacieux éléments mais des écarts qui empilés fracassent le spectateur. Nous regardons 179 minutes durant un cinéaste qui s’entend parler et se regarde filmer, persuadé qu’il est avant-gardiste effectuant un épouvantable soliloque.
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La lumière au bout du (très long) tunnel ?
Ari Aster produit du bruit esthétique, en se servant en abondance de cadres anormalement fournis en couleur chaude. Ses histoires sont complètement expressionnistes. En cela elles regorgent d’une distorsion qui se place dans le dressage des portraits : et Beau Is Afraid n’échappe pas à la règle. Sur le fond d’un cheminement archétypal, Beau Wassermann se distingue par le temps étrangement conséquent qui lui est consacré. En effet, l’auteur étire les trois actes, il surligne donc le développement du personnage éponyme. Ce qui pourrait être intéressant si l’acteur le campant délivrait une performance signifiante. Mais Joaquin Phoenix semble totalement injuste, dans une forme d’exagération sous-jouée. Rien qui n’aille dans le sens de l’attachement ou de l’intérêt envers son rôle.
Quand Ari Aster parle d’épopée pour qualifier son film nous comprenons car événements extraordinaires il y a. Lorsqu’il parle d’atmosphère sombre, on comprend car le film est profondément tragique. Quand il parle de comédie aussi car on retrouve un convaincant usage comique. Mais ces genres se regardent de loin, aucun travail de conciliation n’a été émis. Donc, le film bascule constamment de genre en genre en se vautrant systématiquement puisqu’il n’a aucun équilibre. Les segments de ces genres s’en voient concrètement amoindris, leur impact est appauvri par l’absence de liaison.
On vit une expérience pour le moins atypique lorsque l’on découvre Beau Is Afraid et pour cause il est hyperactif. Il ne propose pas beaucoup mais trop sans conjuguer ses influences esthétiques. On passe de l’animation à des prises de vue réelles sans liant. Nous ne sommes toutefois pas suffisamment épris par cette expérience pour qu’elle soit procuratrice d’émerveillement. On reste complètement extérieurs non seulement à ce qui passe narrativement, mais aussi à la transcription audiovisuelle.
Mais l’échec le plus navrant de cette œuvre est son regard sur les crises psychotiques. Ari Aster va s’en servir comme un objet d’inquiétude, comme une incorporation de surréalisme et de l’imaginaire. Difficile de ne pas y voir un sensationnalisme, une extrapolation agaçante, une exagération fumeuse. Tout cela condamne la principale thématique à être d’une fausseté asphyxiante, les artifices sont remarquables et induisent un détachement : on ne croit pas à cette fresque pseudo-épique.
Nous sommes face à un objet de cinéma lourd en proposition qui se convainc qu’un cadre n’est que contraintes dogmatiques. Donc en s’opposant sans nuance à cette convention, il va en faire une négation d’autant plus poussive. Dès lors que l’on assimile cela le film devient très dérangeant et stupide. Il va amener ses messages avec inconfiance dans un tout-venant inadapté : en cela rien n’est édifiant, rien n’est puissant. S’il puise dans des thèmes forts comme la paranoia, le rapport à figure maternelle, le contact avec autrui, le trouble … il va investir ce large champ thématique sous forme de galerie sans idée directrice. Cette galerie thématique consume et broie les belles idées une par une. Cette proposition se fait à fortiori dévorer par sa largesse incontrôlée. C’est un trop-plein imbuvable.
Une chute stimulante
On ressort de Beau Is Afraid lessivés, complètement essoufflés par cette création bizarroïde aux allures enthousiasmantes. Puis, en y réfléchissant, on se demande si les qualités esthétiques et l’ambiance sonore sont faites pour nous endormir. À quel point ne sont-elles pas le masque d’un outrageant marasme narratif ? C’est à ce moment qu’on se rend compte qu’on a assisté une arnaque esthétique extrêmement stimulante mais substantiellement vide.
Twitter : @nsqa_razio

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